Saint Jean Baptiste
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Saint Jean Baptiste ©Getty
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Résumé

Prévisions de croissance à 5%, plan de relance, débats sur la dette ou le modèle consumériste, déblocage de l’épargne accumulée par les plus riches : l’économie est omniprésente dans les scénarios de sortie de crise et elle tient souvent de l’oracle.

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Daniel Cohen estime dans La Croix qu’il y aura « un rebond mécanique de la production » et que « nous devrions rapidement retrouver le niveau de PIB d’avant crise ». Sans postuler de nouvelles « années folles » comme après la Première Guerre mondiale et la grippe espagnole, l’économiste mise sur le potentiel technologique qui, tout comme à l’ère de l’électricité et du moteur à explosion, pourrait relancer la demande et la consommation. Un peu d’archéologie au sens foucaldien s’avère nécessaire.

L’esprit du capitalisme

Dans Généalogie de la morale économique (Zones sensibles), Sylvain Piron s’attache à « explorer les mythologies chrétiennes liées au travail dans le but de faire ressortir la profondeur temporelle de nos conditionnements et des idéologies qui nous les inculquent ». L’anthropologue Alban Bensa analyse sur le site En attendant Nadeau la réflexion du médiéviste sur « l’aliénation économique » et ses liens à l’histoire chrétienne. « Le paradoxe qui fait du travail à la fois une malédiction et une nécessité n’a cessé de préoccuper la réflexion occidentale » observe-t-il en rappelant que « Jésus a mis au premier plan les plus pauvres, voués au travail manuel ou à l’errance au sein d’un monde paysan de surcroît colonisé ». Ensuite, l’Église se constitue comme « une institution tout entière prise dans des hiérarchies sociales centrées sur les intérêts et le pouvoir de ceux qui, suffisamment riches, sont libres de s’adonner au seul travail de l’esprit ». C’est en associant le travail manuel à la prière, comme y invitent notamment les Apophtegmes des Pères du désert, qu’elle résoudra cette contradiction dans la vie monastique. Au Moyen Âge, l’avènement d’une société à ordres distingue, comme l’a montré Georges Duby, les gens de prière (oratores), les gens de guerre (bellatores) et les cultivateurs (agricultores), selon un modèle commun aux sociétés indo-européennes mis en évidence par Dumézil. Aux derniers incombe la morale de l’abnégation et du labeur. Mais très vite, « les profits qu’on peut tirer du travail sont source d’une tension entre capital privé et bien public ». Et c’est la Réforme qui va repenser « l’encadrement du profit par les exigences d’un équilibre minimum entre instances hiérarchisées ».

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La tentation est grande pour les commerçants des pays du nord de l’Europe de trouver à partir du XVIe siècle une légitimité religieuse à l’essor économique et à l’accumulation d’une fortune personnelle.

Une conception du salut par l’enrichissement qui fait du travail « une éthique religieuse en phase avec l’esprit du capitalisme », comme va la penser Max Weber. Sylvain Piron s’insurge contre l’expression : « le capitalisme n’a pas d’esprit, c’est même l’une de ses propriétés essentielles ». Le Geist des Kapitalismus que décrit Weber correspondrait plutôt « à l‘état d’esprit des entrepreneurs puritains de la Révolution industrielle ». Reste que l’expression rend bien compte de la manière dont « le religieux habite l’économie ».

L’incapacité dont témoigne la science économique à engager une réflexion critique sur ses postulats est due pour l’essentiel à l’héritage refoulé de sa provenance théologique. (Sylvain Piron)

Adam Smith est ici une référence, sa Théorie des sentiments moraux où il étudie l’influence de la religion et des croyances sur l’économie. Mais c’est encore Max Weber, avec son Introduction à l’éthique économique des religions universelles, qui met en évidence les liens des grandes religions avec l’économie, ouvrant la possibilité d’une modélisation économique des comportements religieux.

La part bénite

Philippe Simonnot désignait comme « La part bénite » les relations entre l’économie et la religion, un clin d’œil à ce que Georges Bataille appelait La Part maudite, celle de la dépense orgiaque dans le don, la fête ou la guerre. Dans Les Papes, l'Église et l'argent : histoire économique du christianisme des origines à nos jours (Bayard), il a appliqué à l’étude du fait religieux les outils de la science économique en montrant comment, sur le marché de « la part bénite », le christianisme naissant va « casser les prix », c’est-à-dire les contributions en termes de droits d’entrée imposés aux fidèles – même les esclaves ou les droit-communs étaient admis – pour se tailler au final la part du lion sur le marché, puis viser au monopole afin d’exploiter une rente et amortir ainsi ses coûts.

Par Jacques Munier

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