Xi Jinping et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis au Pirée, 11/11/2019
Xi Jinping et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis au Pirée, 11/11/2019
Xi Jinping et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis au Pirée, 11/11/2019 ©AFP - O. PANAGIOTOU
Xi Jinping et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis au Pirée, 11/11/2019 ©AFP - O. PANAGIOTOU
Xi Jinping et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis au Pirée, 11/11/2019 ©AFP - O. PANAGIOTOU
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Résumé

La diplomatie chinoise ne s’embarrasse plus de « bonnes manières », comme on l’a vu avec le tweet de sa représentation à Paris qualifiant de « petite frappe » le chercheur Antoine Bondaz qui dénonçait les pressions exercées sur le groupe d’échanges France-Taïwan du Sénat.

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Antoine Bondaz est membre de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) où il a lancé en janvier un programme « Taïwan sur la sécurité et la diplomatie ». Tweet pour tweet, Bruno Tertrais - le directeur de la Fondation - a répondu en citant un proverbe chinois : « Un mot venu du cœur tient chaud durant trois hivers ». Les propos de l’ambassadeur, dont ce n’est pas la première sortie, illustrent ce qu’on appelle désormais la diplomatie des « loups guerriers ». Et depuis que notre pays s’est exprimé plus fermement sur l’internement des Ouïgours dans le Xinjiang, le climat s’est tendu. 

Coopération scientifique ou pillage ?

Antoine Bondaz a eu en outre l’audace de publier en 2017 une étude sur les ambiguïtés de la coopération chinoise en matière de recherche scientifique alors que la distinction entre civil et militaire est de plus en plus floue dans le système universitaire chinois, voire purement et simplement effacée. Dans son enquête publiée par Le Point, Jérémy André évoque l’accord signé entre l’université de Pékin, Thales et Polytechnique, portant notamment sur un système laser de très haute puissance pour l’accélération de particules. En principe, cet accord exclut tout usage militaire de la technologie mais de nombreuses universités chinoises sont liées au complexe militaro-industriel. En Australie, plusieurs rapports du chercheur Alex Joske ont documenté « la volonté affichée par la Chine de mettre au service de son armée la recherche civile et les coopérations scientifiques internationales », ce qui n’exclut pas l’espionnage, comme l’ont montré des affaires récentes. Mais en France, la vigilance du fonctionnaire sécurité défense [FSD] au sein de chaque université est aléatoire. Laurent Grosclaude, maître de conférences à l’université de Toulouse en témoigne : dans une métropole en pointe dans les secteurs stratégiques de l’aéronautique et de l’aérospatiale, sur les centaines de boursiers chinois, seule une doctorante s’est vue opposer le veto sécurité défense. Elle venait d’une université rattachée à l’armée et voulait travailler dans un laboratoire de robotique dont une partie était classée zone à accès restreint.

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Le programme « 1 000 talents » qui visait à inverser la fuite des cerveaux chinois en ramenant les scientifiques expatriés s’est élargi pour cibler des « experts étrangers », en particulier dans des domaines intéressant l’armée. « Depuis 2018, les autorités américaines ont proscrit ces recrutements dans certains secteurs stratégiques. » En octobre 2019, une note de l’ambassade de France en Chine « a soulevé le problème pour la recherche française sans susciter de réaction ». Elle identifiait vingt universitaires français recrutés, dont huit continuent d’occuper un poste permanent dans leur institution d’origine. « Certains lauréats sont susceptibles de communiquer des informations particulièrement sensibles », alerte la note. L’un d’entre eux est habilité  confidentiel défense ; un autre avait suivi des formations de l’armée de l’air.

Les routes de la soie dans les Balkans

La Serbie, candidate à l’adhésion à l’UE, est en train de devenir le « sas d’entrée » de la Chine vers l’Europe, comme le montre le grand reportage de Jean-Baptiste Chastand dans Le Monde. À Bor, au sud de Belgrade, le géant minier chinois Zijin a racheté la mine de cuivre pour la transformer en un gigantesque complexe industriel. Pollution accrue malgré les intentions affichées, crainte de dumping social eu égard aux conditions de travail des ouvriers chinois présents, expropriations des habitants : « notre gouvernement a donné un trésor national aux Chinois, mais ils ne nous respectent pas ! » dénonce l’un deux, « entre deux glissements de terrain ». La présence chinoise dans le pays s’inscrit dans la stratégie des « nouvelles routes de la soie ». Son chantier le plus important est la ligne de chemin de fer reliant Belgrade à Novi Sad, un tronçon du grand projet ferroviaire chinois visant à connecter le port du Pirée, en Grèce, racheté en 2016, à Budapest, en Hongrie. « La Chine est ici parce que l’UE ne considère plus les Balkans comme une priorité », estime Vuk Vuksanovic, spécialiste de l’influence chinoise au Centre de Belgrade pour les politiques de sécurité. 

Et pour la Chine, la Serbie est un projet pilote qui permet de s’implanter dans un pays qui n’applique pas encore les standards légaux européens, mais qui sera peut-être un jour dans l’UE.

Par Jacques Munier

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