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Dans la grande mosquée de Strasbourg
Dans la grande mosquée de Strasbourg
© Reuters - Vincent Kessler

*Comme partout dans le monde les progrès de la religion sectaire des islamistes pose question en France : en témoigne le débat entre Pierre Manent et Alain Finkielkraut dans les pages Champs libres du * Figaro

Un débat parfois parasité par l’amertume d’une « défaite de la pensée », ou du naufrage présumé de l’idée d’une nation assimilatrice, mais qui se conclut par l’espoir d’un salvateur « sursaut » que ce nouveau « défi » provoquerait. Pour Pierre Manent, « ce qui rend le problème de l’islam si difficile à traiter, c’est que les musulmans sont nos concitoyens, d’une part, et de l’autre, membres de l’oumma, d’un ensemble musulman parcouru de mouvements puissants et, pour le moment, plus destructeurs qu’édificateurs. » Or le défi évoqué est partagé par les musulmans de France et par tous les autres citoyens de notre pays – je cite « la reconstitution d’une communauté d’action politique munie de tous les pouvoirs qui sont les attributs d’une véritable communauté politique ». On sait que Pierre Manent préconise pour cela une intervention accrue des musulmans dans l’espace public, voire la constitution de partis politiques musulmans, même si c’est contraire à notre conception de la laïcité politique. On voit bien des partis démocrates-chrétiens partout en Europe et le problème n’est pas là. Pour Pierre Manent « la liberté intellectuelle est aujourd'hui entravée par le gel de la parole sur l'islam au nom de la prohibition de «l'islamophobie». Dans la société qu’il appelle de ses vœux, le libre débat public permettrait d’entendre les arguments de chacun, en levant les inhibitions réciproques : l'intimidation de la discussion argumentée d’un côté, le sentiment de discrimination d’une communauté de l’autre. Quand on tend l’oreille dans les medias pour entendre des bribes de ce débat, on se dit qu’il y a en effet de l’espoir, et qu’il faut transformer l’essai. Nonobstant, le politologue disciple de Raymond Aron trace une ligne rouge pour notre société : la polygamie et le voile intégral, à quoi Régis Debray ajoute à juste titre la possibilité de quitter la religion, voire de se convertir à une autre sans être pour autant voué aux gémonies, et surtout la liberté reconnue pour les femmes musulmanes d’épouser un non-musulman sans qu’il soit contraint d’embrasser la religion de son épouse.

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Dans ce débat Alain Finkielkraut vient souligner l’importance de l’école pour former et ouvrir les jeunes consciences à l’éthique de la discussion

On peut du coup renvoyer à l’article d’Olivier Postel-Vinay dans les pages Idées de Libération . Le directeur du magazine Booksl’actualité à la lumière des livres – estime que les cours d’arabe à l’école sont une nécessité « pour mettre fin à un «apartheid » qui renforce le sentiment d’exclusion ». Foin de latin, donc, mais des humanités dans la langue d’Averroès : les « sauvageons » apprécieront… Et tous ceux qui dans les grandes écoles en suivent déjà l’enseignement en vue de développer les relations économiques et culturelles avec les pays arabes, aussi.

C’est un signe des temps, le Canada, pays du multiculturalisme, revoit sa politique d'accueil

Dans Le Monde Marc-Olivier Bherer signale que la politique officielle qui définissait « le rêve national d’une société apaisée devant s'épanouir grâce à un droit à la différence » semble basculer après le coup de boutoir de l’attentat au parlement il y a un an, et face à la menace islamiste mondialisée. Il est vrai que la photo du petit noyé syrien échoué dans le sable a suscité l’émotion au point que le premier ministre, Stephen Harper, a tenté de rassurer ses électeurs en prétendant que le Canada était l'un des pays les plus généreux en la matière. Mais cela n’est plus vrai. « Depuis 2010, le Canada est passé de la cinquième à la quinzième place dans le classement des pays industrialisés recevant le plus de réfugiés. » Et, conclut le journaliste, « jadis davantage préservée, la politique d'accueil s'est politisée au Canada et soulève des tensions que le pays croyait ne pas devoir connaître. »

Jacques Munier

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Jacques Munier
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Didier Pinaud
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