Le sommeil, "indispensable à la reconstitution de la nappe phréatique du soi"
Le sommeil, "indispensable à la reconstitution de la nappe phréatique du soi"
Le sommeil, "indispensable à la reconstitution de la nappe phréatique du soi" ©Getty - R. Weihrauch
Le sommeil, "indispensable à la reconstitution de la nappe phréatique du soi" ©Getty - R. Weihrauch
Le sommeil, "indispensable à la reconstitution de la nappe phréatique du soi" ©Getty - R. Weihrauch
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Résumé

C’est la journée internationale du sommeil. L’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV), qui l’organise pour la France, a publié une étude sur les conséquences du confinement sur le sommeil des Français : il aurait été moins perturbé pendant le 2e confinement.

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Avec une durée moyenne comparable à celle observée en temps normal, 7h09 en semaine et 7h46 le week-end. Le premier confinement avait donné lieu à « des horaires très tardifs de coucher ». Lors de la seconde période de restriction, les heures de coucher et de réveil ont peu varié. Mais 45% des Français ont présenté un trouble du sommeil et 26% une moins bonne qualité de sommeil, une proportion qui monte à 39 % chez les jeunes. Rien à voir avec les plus de 70 % de plaintes rapportées par certaines études sur le premier confinement. L'enquête montre aussi que ceux qui se plaignent d’une moindre qualité de sommeil ont également tendance à avoir davantage de troubles anxieux ou dépressifs. Concernant la fatigue, les Français ont déclaré un score de 5,1 sur 10 au cours du 2e confinement, plus élevé chez les femmes (5,4) et chez les moins de 25 ans (5,7). 17% ont présenté une très grande fatigue. « Une forme particulière d'impuissance pourrait se traduire par une forme de fatigue psychologique », à laquelle « contribuent la monotonie et la lassitude (répétition, absence de but...) qu'un tel statisme peut engendrer » estime Georges Vigarello, l’auteur d’une Histoire de la fatigue - Du Moyen Âge à nos jours (Seuil).

Sleep studies

« Les études internationales menées pendant les premiers confinements dans plusieurs pays avaient noté un temps global de sommeil un peu en hausse mais davantage de réveils nocturnes » ajoute Le Point. Dans La grande transformation du sommeil - Comment la révolution industrielle a bouleversé nos nuits (Éditions Amsterdam) Roger Ekirch rappelle que le sommeil était autrefois fractionné et que le modèle d’un bloc de 7 ou 8 heures ne s’est répandu que récemment, avec la généralisation de l’éclairage électrique, d’une nouvelle discipline du travail et l’heure plus tardive du coucher dans les zones urbaines. Avant cela, après s’être couché entre neuf et dix heures du soir, on dormait en deux temps, avec vers minuit, une période d’éveil d’une heure, au cours de laquelle on priait, méditait, faisait l’amour ou conversait, s’épouillait ou se retirait les puces, s’occupait des bêtes. « Notre histoire dans sa totalité n’est que l’histoire des hommes à l’état de veille » écrivait Lichtenberg. L’historien documente cet effacement progressif du sommeil biphasique, avec quelques curiosités au passage : pour les récalcitrants, l’Exposition universelle de 1851 à Londres présentait un « sommier réveil-matin » conçu par un artisan parisien.

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Les pieds à l’avant du lit se repliaient après une sonnerie, ce qui avait pour effet de déposer le dormeur au pied du lit.

Le passage du sommeil segmenté au sommeil consolidé a eu pour effet de réduire l’importance sociale et culturelle des rêves. Et ce n’est pas un hasard s’il correspond à la découverte de leur lien direct à l’inconscient par Freud. Aujourd’hui, des chercheurs sont parvenus à dialoguer avec des personnes en train de rêver. Florence Rosier en rend compte dans Le Monde.fr.

Toutes les expériences ont été réalisées sur des « rêveurs lucides » : ils avaient conscience d’être en train de rêver, durant la phase de sommeil dit paradoxal .

L’échange consistait en « des sons (parole ou bips sonores), des flashs lumineux ou des stimuli tactiles (en tapotant le dos de la main un nombre précis de fois). Pour les rêveurs, il a fallu ruser : des capteurs enregistraient leurs mouvements oculaires ou les contractions de leurs muscles faciaux. » En réponse à une question « le rêveur devait bouger les yeux de gauche à droite d’un mouvement très ample – différent du mouvement habituel des yeux durant le sommeil paradoxal. » Delphine Oudiette, chercheuse à l’Inserm et à l’Institut du cerveau, l’une des scientifiques de l’expérience, se félicite de cette remise en cause de l’idée que « le sommeil est un état de perte de conscience où l’on est coupé du monde ». L’expérience réalise aussi un vieux rêve de chercheur : « Avoir un accès direct à ce qui se passe dans la tête du rêveur ». Jusqu’à présent on se contentait d’étudier le rêve tel qu’il était raconté après le sommeil : « Un souvenir souvent biaisé, distordu par la conscience de l’éveil. » Désormais on pourrait tester l’hypothèse que le rêve favorise la créativité en demandant à des rêveurs « de résoudre des énigmes sur lesquelles ils ont buté » le jour. 

Par Jacques Munier

Programme de la 21e Journée du Sommeil®Sur le site de L’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV)

À réécouter : La fatigue et le sommeil

Références

L'équipe

Jacques Munier
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