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Université d'été, 2015
Université d'été, 2015
© Reuters - Stephane Mahe

On l’a souvent observé, les partis politiques ne sont pas forcément eux-mêmes des modèles de démocratie, ce qui expliquerait entre autres la désertion en leur sein des citoyens et sans doute aussi leur distance d’avec la « chose publique »

Dans les pages Forum de La Croix Géry Lecerf revient sur le récent rapport Winock-Bartolone « Refaire la démocratie »… Le chantier est ouvert et toutes les bonnes volontés sont requises. Le professeur à Sciences-Po Lille réquisitionne la pensée de Simone Weil, telle qu’elle s’exprime dans le texte désabusé de 1950 publié dans les Écrits de Londres et paru en revue sous le titre radical de Note sur la suppression générale des partis politiques . « Presque partout, l’opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s’est substituée à l’obligation de la pensée » constate-t-elle déjà. Pour la philosophe, tout parti est marqué par une tension totalitaire puisque « sa première et unique fin est sa propre croissance, et cela sans aucune limite ». Une logique qu’elle met à nu en montrant que c’est précisément l’absence de pensée, et l’impuissance corrélative face à la réalité, qui motive le besoin d’accroître son pouvoir et par conséquent son poids électoral. L’analyse est corroborée par René Girard : « ce ne sont pas les programmes qui engendrent l’opposition mais l’opposition qui engendre les programmes. Les idéologies ne doivent leur pouvoir de séduction qu’à l’appui secret que lui fournissent les contraires ». Géry Lecerf trouve là matière à expliquer « la crise actuelle des partis : réticence face au partage du pouvoir, faiblesse de la démocratie interne, panne intellectuelle, concurrence des think tanks et des groupes d’intérêt en termes de production d’idées… Autant d’éléments qui réduisent l’activité des partis « à la gestion électorale » (le spectacle navrant d’EELV en est une illustration) ou, pire, qui en font de simples écuries pour égos surdimensionnés », ajoute-t-il avant de citer le pape François qui, dans sa décidément grande clairvoyance politique, rappelait devant le Congrès américain en septembre qu’« un bon dirigeant politique choisit toujours d’initier des processus plutôt que d’occuper des espaces ».

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*Il faut sans doute replacer la critique de Simone Weil dans son contexte, celui de l’après-guerre marqué par la puissance d’un PCF inféodé à Moscou et par la république des partis, la IVe en l’occurrence *

Mais on peut rendre hommage à la vigueur de sa pensée, elle qui disait, dans une lettre à ses parents : « Il faudrait écrire des choses éternelles pour être sûr qu’elles soient d’actualité »… Force est de reconnaître que son analyse de la politique trouve aujourd’hui une désolante confirmation, en particulier dans les menées d’une formation jadis minoritaire, raciste et xénophobe mais qui voudrait se faire plus grosse que le bœuf en s’employant à normaliser son discours et dont les voiles sont toujours gonflées par le vent mauvais du ressentiment et de la peur. Dans les pages Débats de L’Humanité , l’historienne Valérie Igounet, spécialiste du négationnisme, conteste la prétention affichée du FN à représenter le peuple en revisitant la chronique d’un mensonge annoncé. S’il est vrai que près d’un tiers des ouvriers votent Le Pen alors qu’ils n’étaient que 3% en 1973, elle souligne que ceux-ci proviennent essentiellement de la frange droitière de cet électorat, alors qu’à gauche leurs votes se sont majoritairement reportés sur le candidat Hollande. Et le réalisateur Mourad Lafitte dénonce « un parti mutique lors des conflits sociaux majeurs ».

*Dans les pages Champs libres du * Figaro , on a le choix entre la résistible ascension de Marion Maréchal-Le Pen en Provence-Alpes-Côte d’Azur ou les visées présidentielles d’Arnaud Montebourg

Julien Chabrout a sondé à travers les rumeurs, les pronostics et les propos épars de ses proches ce que l’ex-ministre du Redressement productif aurait dans l’esprit en se rasant le matin. L’espace à la gauche de la gauche étant à la fois réduit et surinvesti, il lui faudrait s’entendre avec Mélenchon. Reste que comme le confie un fidèle « Il a une forte envie d’incarner quelque chose d’autre sur le renouvellement des pratiques politiques ».

Jacques Munier

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Jacques Munier
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Didier Pinaud
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