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Au seuil de cette rentrée qui s’annonce très politique, avec les élections régionales en ligne de mire, je vous propose de prendre un peu de champ et d’adopter un point de vue à peine décalé, celui du jeune sous-directeur du think tank britannique Policy Network – Renaud Thillaye – qui évoque dans les pages Débats du Monde l’irrésistible ascension du parlementaire Jeremy Corbin à la tête du Parti travailliste. Adhérents et sympathisants votent actuellement et jusqu’au 10 septembre pour élire leur leader, et le député d’inspiration keynésienne qui est resté fidèle aux recettes de l’économie dirigiste semble en passe de l’emporter. « Jeremy Corbyn à la tête du Labour, c'est un peu comme si Jean-Luc Mélenchon n'ayant pas quitté le Parti socialiste était sur le point de s'installer rue de Solférino » commente Renaud Thillaye, qui analyse le phénomène comme « un test pour la gauche démocratique européenne » en rappelant les difficultés rencontrées par Alexis Tsipras en Grèce, et non sans relever l’émergence en Europe d’une nouvelle gauche radicale déterminée à débouter la vieille garde social-démocrate. Le sud du continent n’est pas seul en cause. Aux succès de Podemos en Espagne et de Syriza en Grèce il faut en effet ajouter Die Linke qui, en Allemagne, gouverne désormais le land de Thuringe, ou encore les 16% obtenus au Danemark par les partis de la gauche alternative aux élections législatives de juin dernier.

« L’engouement suscité par les analyses de Thomas Piketty outre-Manche témoigne de la soif d'un retour aux fondamentaux après ce qui est désormais considéré par beaucoup comme la " parenthèse " blairiste » ajoute le politologue, qui met cependant en garde contre « l'illusion d'un retour aisé et rapide à une forme de souveraineté économique ». Il reste que ce retour aux fondamentaux inspire également la gauche française, comme en témoigne le mouvement des « frondeurs » au PS. « A bien des égards – conclut Renaud Thillaye – le phénomène Corbyn traduit la soif d'une défense plus ferme et moins ambiguë des valeurs de la gauche, ainsi qu'un désir de renouveler le corps et les pratiques politiques. De cela, le probable futur candidat Hollande devra nécessairement s'inspirer. » Une candidature que Jean-Luc Mélenchon himself estime quant à lui hautement improbable tant elle s’est déclarée liée à la baisse du chômage, c’est ce qu’il assure dans le grand entretien qu’il a accordé aux Inrockuptibles. « Je trouve la trace d’une demande d’une autre politique de gauche dans l’énormité de l’abstention. Le peuple a divorcé de toutes les institutions qui sont censées le représenter » précise-t-il dans l’hebdomadaire en désignant par là le gisement électoral « dormant » qui lui permettrait de figurer en haut de l’affiche…

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Populisme et souverainisme sont donc les deux mamelles de la pensée de cette gauche qui gratte ? Il y a là des connivences fâcheuses avec la droite extrême…

C’est en effet le sens de la réplique cinglante que l’anthropologue Jean-Loup Amselle adresse dans les pages Idées du journal Libération à la dérive qu’il avait eu l’occasion de dénoncer dans son dernier livre publié aux éditions Lignes sous le titre Les Nouveaux Rouges bruns . Il revient dans cette tribune sur l’appel lancé par l’économiste de gauche Jacques Sapir à une alliance de tous les partis opposés à la monnaie unique européenne, FN inclus. « Hors des bonnes ou des mauvaises intentions des uns et des autres – affirme-t-il – il n’existe pas contrairement à ce que pensent certains – Frédéric Lordon par exemple – de bonnes formes de souverainisme qui s’opposeraient à de mauvaises formes de cette figure du politique… » Car – je cite encore « on ne peut pas définir l’espace de la souveraineté indépendamment des luttes qui permettent aux acteurs sociaux de dégager un espace de liberté. » « Rabattre la souveraineté populaire sur le cadre de l’État-nation conduit donc à fétichiser celui-ci comme forme d’expression privilégiée du politique ».

Jacques Munier

amselle
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http://www.franceculture.fr/emission-l-essai-et-la-revue-du-jour-le-racisme-qui-vient-revue-lignes-et-la-revue-civique-2014-10-2

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Jacques Munier
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Didier Pinaud
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