"Il y aura probablement un défoulement du rire à la sortie de cette crise."
"Il y aura probablement un défoulement du rire à la sortie de cette crise." ©Getty - W. Kumm
"Il y aura probablement un défoulement du rire à la sortie de cette crise." ©Getty - W. Kumm
"Il y aura probablement un défoulement du rire à la sortie de cette crise." ©Getty - W. Kumm
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Le soleil radieux qui baigne nos jours en ce début de semaine inspire une chronique légère.

« Le rire augmente le bien-être, réduit le stress, élève le seuil de sensibilité à la douleur, renforce le système immunitaire... Un excellent anti-virus ! » souligne Aziliz Claquin dans La Croix L’Hebdo. « La faculté à trouver matière à rire dans son quotidien augmenterait même la longévité, pour peu qu’on ait envie de prolonger son séjour dans ce monde qui ferme à 18 heures… » Rire en temps de crise, c’est le titre de son article sur ce « lubrifiant de l’interaction sociale », ce « débrayage psychique qui offre une échappée du monde pour en devenir momentanément spectateur ». Et il est vrai que le rire s’est fait « viral » lui aussi, notamment sur les réseaux sociaux et surtout lors du premier confinement, les humoristes s’y sont mis : les attestations de déplacement, les masques faits main, le télétravail ou l’école à la maison... « Couvre-feu à 18 heures : le tapage nocturne avancé à 15 h 30 » titrait récemment Le Gorafi, site parodique qui promet « toute l’information selon des sources contradictoires ». L’effet papillon

Un mec qui bouffe un pangolin à Wuhan peut provoquer une pénurie de pâtes et de PQ au supermarché de Melun.

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Staline estimait qu’« un peuple heureux n’a pas besoin d’humour »... C’est sans doute la raison de toutes les vannes qui circulaient sous le manteau à l’ère soviétique. Mais Alain Vaillant, l’auteur de La Civilisation du rire (CNRS Éditions) observe que les élans d’humour sont rares dans les périodes les plus dures.  « Physiologiquement, mais aussi historiquement, le rire apparaît quand se relâche la tension. Il y aura probablement un défoulement du rire à la sortie de cette crise. » Au début, le choc du confinement a déclenché un déferlement de blagues, mais avec le temps, la surprise passée, dans cette « phase chronique » où le temps s’étire sans qu’on en voie le bout, c’est l’ennui qui prend le dessus et l’on ne se voit plus que « masqué, distancié et inquiet ».

Bises repetita

« La bise survivra-t-elle à la crise ? » se demande Dorane Vignando dans L’Obs. L’anthropologue David Le Breton prédisait sur France-Inter que « la pratique des poignées de main entre hommes perdurera, alors que la bise, rituel plus féminin, plus personnel et volontariste, pourrait faire les frais de cette période ». Il faut dire que ce rituel si français a connu des hauts et des bas dans l’histoire : « salutation solennelle chez les Romains, acte honni – car jugé impudique – par le concile de Carthage en 397, signe de reconnaissance réservée aux nobles chevaliers et aux clercs au Moyen-Âge, de nouveau banni au XIVe siècle pour cause d’épidémie de peste noire. Après un timide retour à la Renaissance et au XVIIIe siècle (avec les baisers galants), la bise en public est de nouveau blacklistée au XIXe. Elle va alors se cantonner à l’intimité des familles, d’où elle ne sortira vraiment qu’après Mai-68. » Et difficile de prévoir ce qui se passera demain, ou après-demain...

Bises repetita ou pas, le temps venu, embrassez qui vous voudrez.

Le distanciel serait-il plus gratifiant que la connexion charnelle à un ou une partenaire ? C’est la question posée par Maïa Mazaurette dans Le Monde, à la vue d’un sondage récent : « un tiers des Français préférerait passer une semaine sans sexe plutôt qu’une semaine sans smartphone ». Admettons avec elle qu’« il y a souvent plus de rebondissements sur notre fil Twitter que dans notre vie sexuelle, plus de confidences croustillantes dans nos textos que sur notre oreiller ». Comment échapper au spleen sexuel : la chroniqueuse s’y emploie en ces temps confinés. « De nombreux Français s’ennuient au lit et préfèrent assurer les classiques plutôt que se risquer à de nouvelles pratiques. Pourtant, le champ des possibles n’a jamais été aussi vaste pour susciter la surprise et le désir » assure-t-elle. 

On a tendance à oublier que les chemins de traverse sont le plus souvent très accessibles – ne demandant ni nouveaux partenaires ni outillage spécifique.

À l’heure qu’il est, je ne donnerai pas de détails, de peur de transformer le réveil en siestounette crapuleuse et de nuire au télétravail. D’autant que l’innovation sexuelle n’est pas forcément compatible avec la performance. Mais Maïa Mazaurette pose une bonne question sur « l’efficacité sexuelle » quand elle consiste « à générer un maximum de désir, ou de surprise, plutôt qu’un maximum de plaisir. Comment ferions-nous l’amour si nous arrêtions de cavaler après l’orgasme pour nous concentrer sur… tout le reste ? » Car l’ennui « n’est pas seulement une question de pratiques » mais résulte le plus souvent d’un défaut d’attention à la situation. Sous les oreillers, la plage !

Par Jacques Munier