L'ADN est une molécule trop fragile pour se conserver plus d'un million d'années.
L'ADN est une molécule trop fragile pour se conserver plus d'un million d'années. ©Getty - KTSDESIGN/SCIENCE PHOTO LIBRARY
L'ADN est une molécule trop fragile pour se conserver plus d'un million d'années. ©Getty - KTSDESIGN/SCIENCE PHOTO LIBRARY
L'ADN est une molécule trop fragile pour se conserver plus d'un million d'années. ©Getty - KTSDESIGN/SCIENCE PHOTO LIBRARY
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Au menu du journal des sciences : des génomes ancestraux reconstitués, les violences corporelles pendant la fin du paléolithique, les risques d’infections fongiques avec les coupes menstruelles et la découverte d’une étoile binaire pauvre en fer.

Des génomes ancestraux reconstruits à partir d'espèces modernes

On sait que les fossiles peuvent être datés de plusieurs dizaines voire centaines de millions d’années, et sont témoins du passé, en tout cas de certaines adaptations morphologiques. Mais pour reconstruire les génomes à l’origine de l’évolution des espèces il faut ruser… parce que l’ADN est une molécule trop fragile pour résister au temps… On retrouve bien sûr de l’ADN ancien sur certains fossiles, mais il y a une limite infranchissable estimée à un million d’années et dans des conditions de conservation bien particulières.

Donc pour contourner ce problème, ces chercheurs et chercheuses ont travaillé sur l’ADN d’espèces modernes en utilisant un programme informatique nommé, AGORA. Il s’appuie sur les ressemblances entre les génomes d’espèces modernes pour reconstruire automatiquement la structure des génomes de leurs ancêtres. En clair, deux espèces proches partagent certaines structures communes dans leur génome, elles portent donc les traces de leur ancêtre passé…

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Résultat, plus de 600 génomes ont ainsi été reconstitués, ce qui pour certains nous permet de remonter à plus de 400 millions d’années… et nous donne une idée de la vitesse d’évolution des génomes.

Entretien avec Hugues Roest Crollius, directeur de recherche CNRS à l’Institut de Biologie de l’ENS à Paris et co-auteur de l’ étude

La sédentarisation a augmenté les conflits entre humains

Les restes humains portent les traces de ces luttes. Pour le mettre en évidence, des scientifiques ont étudié plus de 2.300 restes provenant de 180 sites en Europe, de la Suède jusqu’à l’Espagne, datés entre 8000 et 4000 ans… soit au moment de la révolution néolithique européenne et des débuts de l’agriculture.

Et ils ont regardé si certains présentaient des blessures par arme à la tête. Résultat, plus d’un sur 10 portent des traces de traumatisme potentiellement mortels… avec des armes contondantes comme des haches en pierres, ou pénétrantes comme des flèches. Certains de ces fossiles blessés sont enterrés dans le même lieu, ce qui laisse penser à la destruction de communautés entières par endroits.

Au-delà des chiffres, cela montre que la violence était répandue à cette époque, et que cette période, contrairement à ce qui a été avancé, n’était pas uniquement marquée par une coopération entre communautés. Impossible en revanche de connaître les raisons exactes de ces violences. Les auteurs pensent que le changement de mode de vie, d'une économie de prédation, de chasse et de cueillette à une économie de production, de cultures et d’élevage "a peut-être jeté les bases d'une guerre formalisée".

Sans oser le demander
58 min

Les infections fongiques sont plus fréquentes chez les porteuses de coupes menstruelles

Pour le mettre en évidence, des chercheurs et chercheuses du CNRS au CHU de Montpellier ont utilisé les données de l’étude clinique PAPCLEAR… un essai initialement créé pour suivre les infections aux papillomavirus. En plus d'analyses biologiques, les participantes ont rempli des questionnaires détaillés portant sur le type de produits menstruels utilisés et ont déclaré leurs infections vaginales.

Résultat, sur les 183 femmes âgées de 18 à 25 ans étudiées, les utilisatrices de coupes menstruelles présentent davantage d’infections fongiques…. Bien qu’au niveau biologique, on ne remarque pas de variation de leur composition du microbiote vaginal. Le nombre de participantes reste faible, mais ces résultats appellent à de plus amples études sur l'impact des produits menstruels sur la santé des femmes, qui sont pour l’heure encore trop peu nombreuses.

La découverte d’une étoile binaire pauvre en fer

Une étoile binaire, c’est une étoile double… soit deux étoiles qui tournent l’une autour de l’autre. C’est très commun dans l’univers, on estime qu’au moins la moitié des étoiles de l’univers sont doubles. Mais ce système situé à 46.000 années-lumières et découvert par le VLT, le Very Large Telescope au Chili présente une particularité : il est très pauvre en fer… il en contient 1 million de fois moins que le soleil.

Et le fer est un élément lourd, qui s’est produit “tard” dans l’histoire de l’Univers, ce qui signifie que ces étoiles binaires sont très anciennes, formées très peu de temps après le Big Bang… Pour l’étudier en profondeur, des chercheurs et chercheuses, dont certains du CNRS à l'Observatoire de Paris ont utilisé un spectrographe très précis nommé ESPRESSO… ce qui leur a permis d’estimer la quantité d’un autre élément : le carbone.

Résultat, cette étoile binaire contient peu de fer mais beaucoup de carbone… et tout indique qu’elles n’ont pas produit ce carbone elles-mêmes… cela signifie que cette paire d’étoiles s’est formée tôt, mais bien après que d’autres étoiles suffisamment massives aient formé du carbone et aient explosé pour que cet élément atteigne le nuage de poussière dans lequel elles se sont formées.

Merci à Hugues Roest Crollius, Samuel Alizon, Piercarlo Bonifacio et Elisabetta Caffau pour leurs précieuses explications.

Pour aller plus loin

L’étude sur les génomes ancestraux (Nature Ecology & Evolution, en anglais)

Les génomes de centaines d’espèces éteintes reconstruits automatiquement (Communiqué de presse, CNRS)

Néolithique : violence et agriculture se seraient répandues au même moment, suggère une étude (GEO)

L'étude sur la violence entre humains pendant la révolution néolithique (PNAS)

L'étude sur l'association entre infections fongiques et coupes menstruelles (Molecular Ecology, en anglais)

L’étude sur l’étoile binaire (A&A, en anglais)

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