Pourquoi les chauves-souris hébergent-elles des virus sans tomber malades ?

Les chauves-souris sont des réservoirs à virus, elles hébergent à peu près toutes les familles de virus existant
Les chauves-souris sont des réservoirs à virus, elles hébergent à peu près toutes les familles de virus existant ©Getty - John Carnemolla
Les chauves-souris sont des réservoirs à virus, elles hébergent à peu près toutes les familles de virus existant ©Getty - John Carnemolla
Les chauves-souris sont des réservoirs à virus, elles hébergent à peu près toutes les familles de virus existant ©Getty - John Carnemolla
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Au menu de ce journal des sciences, des chauves-souris qui ne tombent pas malades, les cancers tuent davantage les personnes de bas niveau d’éducation, une nouvelle extinction de masse identifiée, et des ancêtres de teckels retrouvés au Colisée.

Les chauves-souris sont des réservoirs à virus, comme les virus de la famille des coronavirus bien sûr, mais en réalité elles hébergent à peu près toutes les familles de virus existantes. Et cela sans présenter de symptômes, contrairement aux autres mammifères.

Alors ces chercheuses et chercheurs ont fait l’hypothèse que les chauves-souris présentent un système immunitaire particulier. Première étape de leur étude : comparer les génomes de chauves-souris et ceux d’autres mammifères. Parmi tous les gènes, un a particulièrement retenu leur attention : le gène PKR qui permet de bloquer la synthèse de protéines virales. Une étape-clé dans le cycle de vie du virus, et qui est présent chez tous les mammifères. Mais chez certaines chauves-souris, il se trouve qu’il y a plusieurs copies de ce même gène.

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Seconde étape de l’étude, in vitro, sur des cellules, les scientifiques ont montré que certains gènes PKR de chauves-souris parviennent à contrer et à résister à l’infection de certains virus, ce qui n’est pas le cas de tous les autres gènes PKR du règne animal.

Et troisième et ultime étape de l’étude : reconstituer l’histoire évolutive et fonctionnelle de ce gène. Résultat, les multiples copies et les multiples infections dans le passé ont permis à l’animal de diversifier son répertoire antiviral et en clair de mieux s’adapter que les autres mammifères aux virus.

Entretien avec Lucie Etienne, chercheuse CNRS au Centre International de Recherche en Infectiologie à Lyon et dernière autrice de l’étude.

LES MATINS DE CULTURE - itw lucie etienne JDS alex

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La Méthode scientifique
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Les cancers tuent davantage les personnes les moins éduquées

Ce sont les résultats d’une vaste étude réalisée par le Centre International de recherche sur le cancer (CIRC), une des agences de l’OMS. Pour cela, ces chercheurs ont étudié les données de mortalité pour chaque cancer dans 18 pays européens et les ont corrélé au niveau d’éducation, à partir de la classification internationale type de l’éducation. Avec trois niveaux : bas, jusqu’à la maternelle ou la primaire, moyen, jusqu’au collège ou lycée, et élevé, après le BAC.

Et ce qui fait la force de cette publication, c’est le volume des données utilisées. Elles s'étalent sur 25 ans, récoltées entre 1990 et 2015, et sur toute la population entre 40 et 79 ans. Cela signifie que ces données couvrent près de 70 % de la mortalité par cancer en Europe.

Résultat, près de 1/3 des décès par cancer chez les hommes, et 1 sur 6 chez les femmes sont associés aux inégalités en matière d’éducation. Une proportion qui varie fortement d'un pays à l’autre. Et l’étude détaille ces corrélations pour une dizaine de cancers différents. Par exemple, les hommes moins éduqués ont plus de deux fois plus de risque de mourir d’un cancer du poumon, et les femmes de bas niveau d’éducation ont un risque trois fois plus élevé de mourir d’un cancer du col de l’utérus que les autres. On sait que la moitié des cancers sont attribués à un facteur de risque “évitable” comme l’alcool ou la cigarette. Mais cela montre que les politiques de lutte contre le cancer doivent tenir compte de ces inégalités.

La découverte d'une 7ème extinction de masse

Il s’agirait de la première que notre planète ait connu c'est-à-dire la première fois que la Terre a connu une chute drastique de sa biodiversité sur une courte période de temps. Elle remonterait à 550 millions d’années dans une période appelée l’Ediacarien. Ce n’est pas la première fois qu’on suspecte une crise pendant cette période-là. On sait par exemple que dix millions d’années plus tard, la biodiversité change du tout au tout, près de 80% des espèces ne sont pas retrouvées. Seulement les scientifiques avaient du mal à comprendre pourquoi tout simplement car il y a peu de fossiles de cette époque.

Alors, des chercheurs de l’Université de Californie et de Virginie ont classé à nouveau ces fossiles, ceux qui ont perduré et ceux qui se sont éteint, en fonction de différents facteurs : lieu, taille, mode d'alimentation, conservation du fossile etc… Résultat, pas de différence notable de préservation des fossiles, ni de mode d’alimentation, mais un point commun entre toutes les espèces qui ont survécu : la taille du corps, où plutôt le rapport surface sur volume. Cela paraît être un détail, mais selon les auteurs, cela permettrait à des organismes de résister à des niveaux d’oxygène faibles. Cette crise aurait donc été provoquée par un taux plus faible d’oxygène dans les océans.

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Des ancêtres des teckels retrouvés dans les égouts du Colisée

C’est une découverte qui nous renseigne davantage sur ce qu’il se passait durant les spectacles à Rome il y a 1500 ans. Ces restes d’ancêtres des teckels ont été découverts dans les égouts grâce à des robots filaires guidés. Ces chiens étaient tout aussi petits que l’espèce actuelle, 40cm maximum de haut. Mais ils n’étaient probablement pas des animaux de compagnie. Les chercheurs pensent qu’ils étaient présents pour divertir les foules, à faire des acrobaties et étaient probablement voués à perdre la vie dans des combats avec d’autres animaux. On retrouve notamment à leurs côtés d’autres chiens, des léopards, des lions, des ours et des autruches mais aussi des restes alimentaires - des "snacks". Mais également des melons, figues, olives, noisettes que les spectateurs devaient grignoter devant ce mortel spectacle.

Merci à Lucie Etienne pour ses précieuses explications

Pour aller plus loin

L’étude sur le gène PKR chez les chauves-souris (Science Advances, en anglais)

Pourquoi les chauves-souris hébergent de nombreux virus sans développer de symptômes ? (CNRS)

L’étude sur les inégalités d’éducation et la mortalité par cancer (The Lancet, en anglais)

Cancer : les inégalités d’éducation en cause dans la mortalité (Le Monde)

L’étude sur la nouvelle extinction de masse répertoriée pendant l’Ediacarien (PNAS, en anglais)

L'extinction de masse de la biodiversité sur Terre pourrait finalement être la septième - et non la sixième (GEO)

Des restes de « chiens saucisses » découverts dans les égouts du Colisée (Trust My Science)

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