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L'égalité économique et sociale n'est pas achevée, malgré la lutte contre les écarts de salaire. / Après la Vague rose des années 2000, la gauche revient en force en Amérique latine.

Avec
  • Sophie Binet co-secrétaire générale de la CGT des cadres et techniciens (UGICT-CGT).
  • Lucile Quillet Journaliste
  • Pauline Grosjean Économiste, professeure à l’université UNSW à Sydney
  • Christophe Ventura Directeur de recherches à l'Iris
  • Maud Chirio Historienne

L’égalité économique entre les femmes et les hommes n’est toujours pas d’actualité. Le sujet dépasse la seule question de l’égalité salariale. Les blocages sont nombreux, et nécessitent réflexion et action. Le capitalisme n’a pas inventé l’oppression des femmes. Mais force est de constater : son couplage avec le patriarcat bloque l’accès à l’égalité. Après des progrès économiques importants pour les femmes dans les années 1980, la situation a été à la stagnation, voire à la régression. Ecarts de salaire, plafond de verre, métiers féminins sous-considérés... Les femmes possèdent moins de capital, moins de patrimoine, et gagent de plus petits salaires.

La recherche, elle, continue de pointer les multiples lieux des inégalités. On s’aperçoit que la famille ne se réduit pas à des liens, mais concerne aussi... des biens. Institution économique qui produit des richesses, et en organise la circulation et le partage. Et selon des études récentes, les inégalités au sein du couple auraient même progressé depuis les années 1990.

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La militante féministe Mélusine écrivait dans la revue La Déferlante, “Les féministes ne parlent plus beaucoup d’argent. Peut-être parce que le courant matérialiste, qui envisageait le patriarcat sous l’angle de l’exploitation économique des femmes, est passé de mode. Ou parce que, à l’exception de l’antienne de l’égalité salariale, l’argent est absent de l’agenda féministe institutionnel, tourné vers les femmes actives des classes moyennes et supérieures. Ou encore parce qu’il faudrait remettre en cause la structure de nombreuses politiques publiques, que l’on croit aveugles au genre quand elles contribuent activement au maintien de l’ordre patriarcal.”

Les rapports économiques et sociaux structurent les inégalités entre les hommes et les femmes et jouent sur des sujets comme les violences sexistes. Ainsi " En bas de l'échelle des revenus il n'y a presque plus d'écart entre les femmes et les hommes mais tout en haut de l'échelle -et ces revenus se sont envolés avec le creusement des inégalités économiques tout court- on observe que ça s'est creusé entre les sexes : les femmes sont maintenant plus représentées en bas de l'échelle sociale, dans la précarité, et donc moins représentées en haut. Donc quand l'on observe qu'en moyenne les écarts n'ont pas changés, cela masque une réalité." nous explique Pauline Grosjean.

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Virage à gauche en Amérique latine

Si l’élection présidentielle brésilienne d’octobre fait basculer le pays à gauche, les six premières économies du sous continent pourraient être dirigées par des gouvernements progressistes et relancer les projets d’intégration continentale initiés par la gauche, finalement répudiée des suites de la crise des subprimes.

Après la Vague rose des années 2000, qui avait vu le continent entier basculer à gauche dans la foulée de l'élection d’Hugo Chavez en 1998, portée par un commerce mondial alors florissant, l'Amérique latine semble de nouveau portée par la marée. Si la crise de 2008 à vu apparaître un phénomène d’alternance avec le retour au pouvoir des droites conservatrices revendiquant l’héritage des dictatures militaires, il faut rester prudent : après une décennie passée dans l’opposition les gauches sud-américaines se sont diversifiées, et la santé économique du sous continent est en très mauvais état.

"Effectivement en Amérique latine et depuis la moitié des années 2010 il y a des vagues populaires qui effectivement sanctionnent les gouvernements sortant. Et on observe bien un basculement à gauche mais dans un mouvement qui n'est pas aussi homogène que l'expression "vague" pourrait le laisser penser." insiste Christophe Ventura. Tandis qu'à propos de l'élection présidentielle brésilienne d'octobre, Maud Chirio affirme que l'enjeu n'est pas "strictement électoral mais bien celui de la tenu du scrutin. Il y a vraiment l'enjeu de la poursuite du système démocratique au Brésil : la question de savoir si le Brésil va vraiment rester dans le camp de la démocratie."