

Nos villes vont-elles devenir invivables ? Adapter les villes afin de lutter contre les îlots de chaleur urbains est nécessaire. Mais quelles stratégies pour demain ? Ce magazine reviendra aussi sur l'assassinat de Shinzo Abe ce vendredi. Quel héritage cet ancien Premier ministre laisse-t-il ?
- Erwan Cordeau Ingénieur environnemental
- Cécile Asanuma-Brice Sociologue, chercheuse au CNRS
- Guibourg Delamotte Chercheuse en science politique
- Morgane Nicol Directrice du programme Territoires de l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE)
Les villes sont plus chaudes que les périphéries. Plus minérales. Plus polluées. Plus bâties. Plus sombres. Elles additionnent les inconvénients face au réchauffement climatique. Entre un centre-ville et sa périphérie, la différence est de plusieurs degrés. Et lors des épisodes caniculaires, les populations paient le prix : la surmortalité est une réalité.
Nos villes étouffent
Comment adapter les villes pour les rendre plus agréables et viables ? Les solutions sont nombreuses et vont de la végétalisation à l’innovation dans le bâti. Mais le budget est parfois élevé. Sortir une rivière de son sarcophage de béton peut coûter des millions d’euros et obliger à envisager de détruire du bâti. Et les spécialistes mettent en garde : gare aux solutions d’adaptation qui sont contre-productives dans la lutte contre l’émission des gaz à effet de serre.
Nos invités appellent quoi qu’il en soit à ce que les spécialistes de l’environnement soient associés aux réflexions des élus et des urbanistes pour penser les villes de demain, des villes adaptées à un réchauffement dont on ressent déjà les effets.
"Je pense qu'il y a deux principaux freins à l'accélération de l'adaptation : la complexité de 'faire autrement' qui demande de la formation et des moyens humains, et le manque de portage politique de ces questions d'adaptation au changement climatique", nous explique Morgane Nicol.
Mais la planification urbaine n'est pas le seul horizon d'action. "Quand on parle d'adaptation, il y a un principe de diagnostique de vulnérabilité : la fragilité par l'âge, la maladie, le niveau de bas revenus. On peut aussi agir sur la solidarité", nous rappelle Erwan Cordeau.
Le Japon sous le choc
Shinzo Abe avait 52 ans quand il est devenu chef du gouvernement pour la première fois en 2006, le plus jeune de l'après-guerre dans son pays. Il a marqué les esprits durant son deuxième passage au pouvoir (2012-2020) avec une politique de relance économique audacieuse et une intense activité diplomatique, mais qui ont laissé un profond sentiment d'inachevé.
Il laisse derrière lui un pays en plein questionnement sur sa place dans le monde. Tandis que ses alliés occidentaux sont en proie à des crises profondes, le Japon doit faire face à ses propres difficultés qui pavent son entrée dans l’ère Reiwa : le vieillissement de la population, l'augmentation des catastrophes naturelles qui résulte du changement climatique, les hikikomori ou la réclusion des jeunes face au malaise social croissant d'une société coincée dans le conservatisme et dont le taux de suicide reste le plus élevé parmi les pays développés.
Guibourt Delamotte rappelle qu'avec sa longévité politique, Shinzo Abe a marqué la vie politique japonaise. Il était devenu "un monument politique", issu qui plus est, d'une famille de politiciens de premier plan. "Avec sa disparition, c'est toute une frange du parti central de la vie politique japonaise qui est maintenant dépourvue de chef. Elle aura donc des conséquences politiques encore difficiles à mesurer, mais réelles."
La violence politique est plutôt rare au Japon. "Il faut remonter à 1960 pour retrouver un scénario proche, avec l'assassinat du leader socialiste Inejiro Asanuma par un ultra-nationaliste, dans un contexte très différent. C'est aussi ce qui explique peut-être que la sécurité des hommes politiques est légère", nous explique Cécile Asanuma-Brice.
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