Eva Illouz ou la systématique tragédie d'aimer

L'amour ça fini mal, systématiquement
L'amour ça fini mal, systématiquement ©Getty - mammuth
L'amour ça fini mal, systématiquement ©Getty - mammuth
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Si cela ne va pas fort aujourd'hui, dites-vous bien que ça aurait pu être pire : vous auriez pu être amoureux, ou pire, amoureuse.

La thèse d'une sociologue, Eva Illouz, dans Pourquoi l'amour fait mal ?, explique pourquoi, selon elle, le verbe aimer se conjugue difficilement à l'époque contemporaine, en particulier pour les femmes. 

Pour cette théoricienne féministe, si les histoires d'amour finissent mal en général, ce n'est pas parce que les individus ont eu une enfance difficile, un papa qui les aimait trop ou pas assez, c'est parce que l'institution amoureuse elle-même est devenue une institution dysfonctionnelle. 

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Et cet échec pèse de manière beaucoup plus forte sur les femmes que sur les hommes. L'amour romantique est même, dit-elle, l'un des socles de la domination des hommes sur les femmes. Tout se passe comme si l'amour romantique était devenu une tragédie, une tragédie au sens originel du terme : autrement dit un échec, dont l'échec est inscrit d'emblée dans le commencement. 

Pour Eva Illouz, si la passion amoureuse est devenue pratiquement impossible, ce n'est pas parce que nous n'avons pas le choix de notre partenaire amoureux, c'est au contraire parce que nous avons trop le choix. C'est le trop-plein de choix qui a rendu problématique cette relation amoureuse.

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Le pire du pire, selon Eva Illouz, c'est Tinder et autres applications de rencontres, parce qu'elles marquent la décomposition achevée du marché matrimonial. Alors oui, marché matrimonial ce n'est pas une expression très poétique, mais, d'une part, les sociologues ne sont pas des poètes, d'autre part, cela désigne bien l'offre amoureuse et la demande amoureuse, lesquels se rencontrent, ou peuvent se rencontrer, sur un site de rencontres.

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Or ces sites ont complètement changé notre relation aux relations. Jadis, la rencontre de l'être cher obéissait à des mécanismes mystérieux : la providence, pour ceux qui étaient romantiques, à des logiques sociales, pour ceux qui l'étaient beaucoup moins. Cette providence, ces arrière-pensées sociales qui présidaient aux unions ont disparu, du moins en théorie. 

Du coup est née l'idée selon laquelle notre choix en matière amoureuse est infini, pourquoi supporter le moindre petit défaut, la moindre frustration quand une palanquée de partenaires vous attendent à trois clics de chez vous ? 

D'après Eva Illouz, les femmes sont les grandes perdantes du bouleversement du marché matrimonial. C'est paradoxal parce que les études montrent que ce sont les hommes qui ont le plus à gagner à se marier en termes de niveau de vie et d'espérance de vie. Oui mais pourtant, ce sont les hommes qui font le plus preuve d'une phobie de l'engagement.

Et maintenant bonne journée surtout si vous n'êtes ni amoureux, ni amoureuse. 

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