Selon l'association e-Enfance, 12 à 15 % des jeunes du CE2 à la Terminale sont confrontés au cyberharcèlement ©Getty - KARRASTOCK
Selon l'association e-Enfance, 12 à 15 % des jeunes du CE2 à la Terminale sont confrontés au cyberharcèlement ©Getty - KARRASTOCK
Selon l'association e-Enfance, 12 à 15 % des jeunes du CE2 à la Terminale sont confrontés au cyberharcèlement ©Getty - KARRASTOCK
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Résumé

C'est un phénomène qui touche de nombreux jeunes et contre lequel les recours restent peu nombreux : le cyberharcèlement. Quelles sont les caractéristiques du harcèlement sur internet ? Peut-on quantifier ce phénomène ? Quelles sont les nouvelles modalités du cyberharcèlement ? Comment lutter ?

avec :

Laura Pereira Diogo (Co-fondatrice du collectif "Stop Fisha"), Justine Atlan (Directrice de l’Association e-Enfance), Bruce Benamran (Créateur de la chaîne YouTube de vulgarisation scientifique e-penser), Anne Cordier (maîtresse de conférences HDR en Sciences de l'Information et de la Communication à l'université INSPE de Rouen Normandie, auteure de "Grandir connectés").

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Dans ce Meilleur des mondes, nous explorons une face obscure des réseaux sociaux, lorsqu’ils sont utilisés au service de la haine, de l’humiliation et de la vengeance. Nous parlons du cyberharcèlement qui touche un nombre croissant d’adolescents. Des nouvelles pratiques se sont installées lors du confinement, et il est souvent difficile pour les victimes de briser le silence. Il en est de même pour les nombreux témoins, en classe comme en ligne qui restent trop souvent silencieux.

Quelles sont les spécificités du cyber harcèlement ? Quels sont les recours juridiques et politiques ? Quid de la responsabilité des plateformes ? Comment sortir de la vague pour reprendre la main sur son identité numérique ?

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Nous en parlons avec : 

Justine Atlan, directrice générale de l'association e-Enfance 

Anne Cordier, professeure des universités en Sciences de l'Information et de la Communication à l’Université de Lorraine 

Laura Pereira Diogo, co-fondatrice du collectif « Stop Fisha », en lutte contre le cybersexisme 

Bruce Benamran  créateur de la chaîne Youtube e-penser et auteur de Lola doit mourir (Ed. Flammarion, 2021

Le cyberharcèlement : un phénomène difficile à définir 

La notion de "cyberharcèlement" est encore aujourd'hui difficile à définir : d'une part parce que le harcèlement en ligne est souvent associé à un harcèlement dans les cercles de sociabilité de la vie réelle, comme l'école, et d'autre part parce que la violence sur internet prend parfois la forme de cyberviolences plus ponctuelles L'on peut néanmoins retenir quelques éléments pour caractériser ce phénomène : 

On est face à une caisse de résonance finalement, avec une problématique : cette question de la porosité des temps et des espaces sur lequel le cyberharcèlement repose. Avec aussi une autre particularité, avec le cyberharcèlement, on a la victime, le harceleur mais aussi tous les témoins, qui en likant, en partageant, en rediffusant vont continuer à alimenter ce flux. Anne Cordier, professeure des universités en Sciences de l'Information et de la Communication

Autre caractéristique du cyberharcèlement : la pérennité des contenus une fois que ceux-ci sont diffusés sur internet et tombent entre les mains de personnes mal intentionnées. C'est la logique qui sous-tend une nouvelle forme de cyberharcèlement : les "comptes fisha" (affiche en verlan) sont des comptes créés sur les réseaux sociaux par des internautes pour diffuser des photos/vidéos de jeunes personnes à caractère sexuel sans leur consentement. Ces comptes ont proliféré lors du confinement, et les recours juridiques pour les stopper sont peu nombreux : 

Il y a beaucoup de comptes qui ne sont pas dits comme publics. Ils sont "privés", et dès lors que ces comptes ne sont pas publics - pour les voir il faut être abonné ou il faut les suivre - et bien ils sont considérés juridiquement comme de la correspondance privée. Ce qui veut dire que la modération des plateformes ne va pas aller vérifier. Justine Atlan, directrice générale de l'association e-Enfance

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Pour certains observateurs, le phénomène de cyberharcèlement est encore trop mal appréhendé par le personnel éducatif notamment, qui ne dispose pas d'une formation  approfondie sur ces questions. 

Cette culture numérique pour les enseignants, elle est nécéssaire dès le début de la formation mais aussi tout au long. Parce qu'on est face à des outils qui évoluent extrêmement vite, donc elle comprend une culture technique, mais aussi une connaissance des pratiques numériques de enfants et des adolescents. Anne Cordier, professeure des universités en Sciences de l'Information et de la Communication

Depuis plusieurs années, l'association e-Enfance propose un service d'écoute pour les victimes de cyberharcèlement au 3018, et d'autres initiatives sont apparues pour combler le déficit de solutions sur la question. Le collectif "Stop fisha" par exemple, fondé en 2020, accompagne les personnes victimes de "compte fisha" :  

Nous on propose - comme e-Enfance - de discuter. Ce qui est caractéristique de notre association Stopfisha c'est que dans les bénévoles il y a des personnes qui ont déjà été victimes de différents types de cyber violences - dont moi-même. Il y a un lien de proximité qui se fait. Laura Pereira Diogo, co-fondatrice du collectif « Stop Fisha »

Mais le coeur du problème réside dans l'impulsion donnée par les plateformes de réseaux sociaux pour lutter activement contre ce phénomène. Si e-Enfance bénéficie aujourd'hui d'un accord avec les plateformes pour signaler les comptes et les contenus problématiques, une politique de modération plus ambitieuse et plus stricte des plateformes permettrait selon certains observateurs, d'endiguer plus efficacement ce phénomène. 

Une émission en partenariat avec Numerama. Retrouvez chaque semaine les chroniques de Marie Turcan et Marcus Dupont-Besnard

Références

L'équipe

François Saltiel
François Saltiel
Juliette Devaux
Collaboration
Vanessa Nadjar
Réalisation
Marie Turcan
Chronique