Tous les ans, l'Éducation nationale organise une Semaine de la presse à l'école pour permettre aux jeunes de découvrir l'univers de l'information. ©Radio France
Tous les ans, l'Éducation nationale organise une Semaine de la presse à l'école pour permettre aux jeunes de découvrir l'univers de l'information. ©Radio France
Tous les ans, l'Éducation nationale organise une Semaine de la presse à l'école pour permettre aux jeunes de découvrir l'univers de l'information. ©Radio France
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Résumé

À l'occasion de la 33e édition de la Semaine de la presse et des médias dans l'École, Le Meilleur des mondes donne la parole à cinq élèves du collège de Sèvres pour partager leur vision du numérique, à travers différentes chroniques.

avec :

Anne Cordier (maîtresse de conférences HDR en Sciences de l'Information et de la Communication à l'université INSPE de Rouen Normandie, auteure de "Grandir connectés").

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À l'occasion de la 33e édition de la semaine de la presse et des médias dans l'école, nous ouvrons les portes et les micros du Meilleur des mondes aux élèves de troisième du collège de Sèvres en banlieue parisienne. Cinq collégiens audacieux et téméraires vont nous livrer en direct leurs chroniques d'une vie connectée. Grâce à eux, nous en saurons davantage sur leurs visions et usages du numérique. 

Pour débattre autour de la question de l'éducation au numérique, François Saltiel reçoit également la chercheuse Anne Cordier et l'enseignant Franck Dubois.

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La fracture numérique, la captologie et le cyberharcèlement à travers les yeux des adolescents 

À rebours des idées reçues sur le rapport que les adolescents entretiennent avec le numérique, les interventions des collégiens ont été préparées dans le cadre de leur « option classe médias » enseignée par Franck Dubois : "L’objet de cette option c’est de faire découvrir la production médiatique aux élèves, notamment par la réalisation de reportages et d’interviews tout au long de l’année"

Ayman a questionné notre égalité face au numérique, évoquant les difficultés rencontrées par de nombreux Français dépourvus de matériel ou de compétences numériques, voire ne maîtrisant pas les bases. Des difficultés qui peuvent concerner les personnes âgées, les personnes sans diplôme, mais aussi les jeunes, contrairement à ce que l’on pourrait penser. La notion de digital natives - qui désigne la génération ayant grandi en même temps que le développement d’Internet - mériterait d’être nuancée selon Anne Cordier, enseignante chercheuse en Sciences de l'Information et de la Communication à l'université de Lorraine : "On peut avoir un équipement et ne pas savoir s’en servir, ce qui est quand même quelque chose d’essentiel à comprendre. Il peut y avoir une grande appétence pour le monde numérique, on le voit aujourd’hui effectivement chez les enfants et les adolescents mais pas que, pour autant l’appétence ne vaut pas expertise. Pendant le confinement notamment, certains élèves se sont retrouvés en grande difficulté parce qu’on leur a demandé d’effectuer des tâches qu’ils ne savaient pas forcément réaliser"

Yaelle s’est penchée sur la captologie, "un terme qui désigne entre autres les techniques visant à capter l’attention des utilisateurs" sur les plateformes. Elle a souhaité répondre à tous ceux qui se demandent pourquoi les adolescents passent autant de temps sur les réseaux sociaux. "Lorsque nous voyons quelque chose, nous avons tendance à le prendre en photo pour le partager et ainsi être accepté socialement. Cette acceptation sociale mène à un afflux de like et donc l’approbation des autres utilisateurs. On se sent donc aimé et cela fait grandir l’estime de soi. C’est exactement ce que les adolescents recherchent. En pleine construction, nous sommes souvent en quête de validation d’autrui". Anne Cordier rappelle que "l’envie d’être reconnu(e) est tout à fait normale. Il ne faut pas y associer la culpabilisation. Je trouve insupportable d’entendre ces adultes, qui sont accros eux-mêmes à leur téléphone, dire que les jeunes y sont addicts. Je pense que c’est important que l’éducation, que je préfère au terme de régulation, soit compréhensive, bienveillante, et constructive."

Maxime, quant à lui, a décrypté le phénomène de cyberharcèlement qui touche particulièrement les jeunes à l’école. "Dans le cyberharcèlement, il y a une différence matérielle entre la victime et l’auteur des faits, électronique ou numérique dans le cas précis". En France, il existe un service e-enfance pour lutter contre le cyberharcèlement, joignable au 3018. 

Peut-on opposer vie réelle et vie virtuelle ?

Être présent sur les réseaux ou passer plus de temps avec ses proches ? Un dilemme qui nous tiraille quasiment tous. Pour Yara, qui porte un regard très critique à l’égard du monde numérique, il est important de se prémunir face aux dangers que comporte le fait de vivre à travers les écrans. "Parlons des touristes tellement attirés par leurs écrans qu’ils ne prennent pas le temps d’admirer les lieux et monuments qu’ils visitent. Voilà pourquoi le numérique n’a pas que du bon en lui, il faut savoir prendre du temps pour soi et non pas que pour ses écrans"

Anne Cordier y voit un sujet à débattre : "Internet c’est la vraie vie. On fait des rencontres, on se dispute, on vit des choses dramatiques, on vit des joies, on vit des rires, bref on vit. J’ai du mal avec la différenciation entre une vie fausse sur Internet et une vraie vie avec de la transparence. Je pense que c’est beaucoup plus complexe que ça. La chronique de Yaelle montre en tous cas que contrairement à ce que l’on dit sur les adolescents, ils ont un regard réflexif sur le monde, et le monde numérique en particulier". 

Pour finir, Charlotte a d'ailleurs montré la continuité de nos vies virtuelles avec nos vies réelles, à travers l’impact environnemental de nos objets numériques. Les data centers, ces lieux physiques qui stockent nos données, sont en effet nécessaires pour assurer l'ensemble de nos interactions numériques (mails, messages sur les réseaux sociaux, …). 

43 min

Les invité(e)s

Anne Cordier, enseignante chercheuse en Sciences de l'Information et de la Communication à l'université de Lorraine, auteure de Grandir connectés (C&F Éditions, 2015).  

Franck Dubois, enseignant en “option classe médias” et formateur au CLEMI (Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information)   

Cinq élèves du Collège de Sèvres : Ayman, Yaelle, Maxime, Yara et Charlotte

Une émission en partenariat avec Numerama. Retrouvez chaque semaine les chroniques de Marie Turcan et Marcus Dupont-Besnard.