La représentation du clitoris a longtemps été absente des manuels scolaires, certains comptes féministes sur les réseaux sociaux en ont fait un symbole ©Getty - Serg Myshkovsky
La représentation du clitoris a longtemps été absente des manuels scolaires, certains comptes féministes sur les réseaux sociaux en ont fait un symbole ©Getty - Serg Myshkovsky
La représentation du clitoris a longtemps été absente des manuels scolaires, certains comptes féministes sur les réseaux sociaux en ont fait un symbole ©Getty - Serg Myshkovsky
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Résumé

Si l'éducation sexuelle prodiguée en classe paraît encore largement insuffisante, peut-on faire son éducation sexuelle sur internet ? Comment le numérique permet de penser une sexualité plus inclusive et plus positive ? Quel est l'impact de la pornographie mainstream sur les plus jeunes ?

avec :

Arthur Vuattoux (Sociologue, maître de conférence à l'Université Sorbonne Paris-Nord et membre de l'Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux), Camille Aumont Carnel (Entrepreneuse et autrice), Laura Berlingo (Gynécologue obstétricienne à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris).

En savoir plus

Dans cette émission, François Saltiel propose de s'intéresser à l’éducation sexuelle et à la vague des comptes Instagram qui apportent leur pierre à l’édifice en permettant aux jeunes et particulièrement aux femmes de mieux comprendre leurs corps, leur plaisir et leurs droits. Un contre discours qui apparaît dans un univers numérique encore fortement marqué par l’imaginaire pornographique.

Alors que l’éducation sexuelle reste très largement insuffisante dans les classes, peut-on réellement faire son éducation sexuelle sur internet ? Comment ces nouveaux médias sociaux accompagnent une génération ? Et au-delà d’une libération de la parole salutaire, quelles pourraient être leurs nouvelles injonctions ?

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Enfin, comment les pratiques sexuelles de l’époque vont-elles s’inscrire dans les univers virtuels et immersifs que l’on nous promet ?

Des questions passionnantes avec Camille Aumont Carnel, entrepreneuse, créatrice du compte instagram Je m’en bats le clito et autrice de #AdoSexo (Ed. Albin Michel Jeunesse, 2022), Laura Berlingo, gynécologue obstétricienne et autrice de Une sexualité à soi (Ed. Les Arènes, 2021) et Arthur Vuattoux, Sociologue, maître de conférence à l'Université Sorbonne Paris-Nord et co-auteur de Les jeunes, la sexualité et internet (Ed. Les Peregrines, 2020)pour y répondre !

Se former à l'éducation sexuelle par divers moyens

Si longtemps la sexualité des plus jeunes - et notamment des jeunes filles - relevait du tabou, l'émergence et la multiplication des comptes féministes visant à informer sur les sujets liés à la sexualité à la fin des années 2010, constituent pour beaucoup une forme de nouvelle "révolution sexuelle". Camille Aumont Carnel, créatrice du compte instagram Je m’en bats le clito participe à la normalisation de cette parole et nous explique ce qu’a apporté ce genre de contenus : "Instagram a permis une contre proposition pornographique qui était vraiment excessive. Quand j'ai mené une enquête auprès de 26 000 ados, la troisième raison pour laquelle les adolescents regardent du porno, c'est pour apprendre.(...) Cela représente un problème puisque la pornographie est la traduction de beaucoup d’injonctions qu’il faut déconstruire très tôt : le contenu met en scène très peu de petits pénis, très peu de vulves qui ne sont pas épilées et des rapports qui durent 40 minutes.» explique-t-elle.

Pour la gynécologue Laura Berlingo, ces comptes sur les réseaux sociaux sont d'une utilité majeure pour les jeunes, mais restent complémentaires d'une approche plus institutionnelle : « Lorsque les réponses ne sont pas sur les réseaux, on y répond par le biais de l’éducation institutionnelle, via l’école, la vie scolaire ou les cabinets médicaux. Mais il faut savoir qu’il y a très peu de séances d’éducation sexuelle qui sont mises en place. Pourtant, la circulaire relative à la contraception qui date de 2001, recommande ces trois séances d’éducation sexuelle par an et par classe d’âge à partir de l’école. »

Des formats pornographiques plus exigeants

La pornographie mainstream, celle proposée par les principaux sites gratuits sur internet, est un vecteur important violences de genre au sein de la sexualité. Camille Aumont Carnel évoque des alternatives à cette pornographie, comme celle produite par Olympe de G, qui a développé des podcasts érotiques payants :  « Ce qui est bien avec l'audio, c'est qu'il n’y a pas de place à une image qui est déjà toute dictée. (...)  Aussi, il y a quelque chose de plus inclusif et de plus respectueux dans la manière dont ces productions sont menées. Les personnes sont payées, on sait qu'il n'y a pas de violence, pas d'abus et pas d'agression. Donc c'est aussi une façon presque militante de consommer de la pornographie aujourd'hui.»

Arthur Vuattoux, sociologue, réagit aux propos de Camille Aumont Carnel et explique qu’il y a effectivement chez certains jeunes une volonté de consommer des contenus plus exigeants, mais qui sont confrontés à la barrière du prix. « Cela me fait penser aux propos d’une adolescente, qu’on a vu en entretien avec ma collègue et qui nous disait avoir appris à aller vers du porno plus exigeant. Néanmoins, même si elle sait qu’il y a d’autres choses qui existent, tels que du porno féministe, elle continue le contenu pornographique accessible à tous, et nous a dit «c'est comme les T-shirts: j'aimerais acheter des t shirts équitables tous les jours, mais on va chez H&M parce qu'on n'a pas le choix.»

Les invité(e)s

Camille Aumont Carnel, entrepreneuse, créatrice du compte instagram Je m’en bats le clito et autrice de #AdoSexo (Ed. Albin Michel Jeunesse, 2022)

Laura Berlingo, gynécologue obstétricienne et autrice de Une sexualité à soi (Ed. Les Arènes, 2021)

Arthur Vuattoux, Sociologue, maître de conférence à l'Université Sorbonne Paris-Nord et co-auteur de Les jeunes, la sexualité et internet (Ed. Les Peregrines, 2020)

Une émission en partenariat avec Numerama. Retrouvez chaque semaine les chroniques de Marie Turcan et Marcus Dupont-Besnard.

Références

L'équipe

Juliette Devaux
Collaboration
Delphine Lerner
Stagiaire
Marie Turcan
Chronique