L'homme d'affaires le plus riche du monde a fait une proposition de rachat aux principaux actionnaires, pour un montant total de 43 milliard de dollars
L'homme d'affaires le plus riche du monde a fait une proposition de rachat aux principaux actionnaires, pour un montant total de 43 milliard de dollars
L'homme d'affaires le plus riche du monde a fait une proposition de rachat aux principaux actionnaires, pour un montant total de 43 milliard de dollars ©Getty - SOPA Images
L'homme d'affaires le plus riche du monde a fait une proposition de rachat aux principaux actionnaires, pour un montant total de 43 milliard de dollars ©Getty - SOPA Images
L'homme d'affaires le plus riche du monde a fait une proposition de rachat aux principaux actionnaires, pour un montant total de 43 milliard de dollars ©Getty - SOPA Images
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Résumé

L'homme le plus riche du monde, l'entrepreneur libertarien Elon Musk s'est lancé à la conquête de Twitter début avril. Mais pourquoi s'intéresse-t-il à ce réseau social peu rentable ? Sa vision absolutiste de la liberté d'expression pourrait-elle représenter une menace pour la communauté Twitter ?

avec :

Olivier Lascar (Rédacteur en chef du pôle numérique de "Sciences & Avenir").

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Ce soir, on s’intéresse à un sujet d’actualité, une saga de la tech, celle d’Elon Musk qui cherche à s’emparer d’un réseau social: Twitter. Le milliardaire a déjà acquis plus de 9% des parts du réseau en bourse, ce qui fait de lui l’actionnaire principal. Il devait intégrer le conseil d’administration avant de faire volte face et aujourd'hui, il propose d’être seul maître à bord, en rachetant Twitter pour 43 milliards de dollars. 

Mais pourquoi le fantasque homme d'affaires cherche-t-il à mettre la main sur une entreprise à peine rentable ? Si il venait à réussir, quelle vision de la liberté d'expression imposerait-il ? Quel projet politique se cache derrière cette opération ? Qu’attend-t–il de l’oiseau bleu, lui le libertarien qui cherche dans tous les domaines à se substituer à l’État ? 

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Voici les questions que pose l’hypothèse d’un Twitter Muskien, avec le Rédacteur en chef du pôle digital de Sciences et Avenir, Olivier Lascar, le chercheur associé à l’université de technologie de Compiègne, Irénée Regnauld et Leila Mörch, coordinatrice du projet de recherche, content Policy and Society Lab à l’université de Stanford en Californie. 

Les motivations d'Elon musk 

L'intérêt porté par Elon Musk pour la plateforme Twitter suscite quelques interrogations : quel intérêt pour l’homme le plus riche du monde de racheter une plateforme à peine rentable ? Pour de nombreux observateurs,cet intérêt s'explique par la volonté du milliardaire de définir les règles du débat public. Mais selon la spécialiste Leïla Mörch, la conception de la liberté d'expression promue par Elon Musk pour le réseau social témoigne d'une vision quelque peu dépassée des réseaux sociaux, et plus généralement d'internet : "Elon Musk vit dans une espèce de vision un peu romancée de l'internet comme étant une frontière à conquérir, à dépasser, afin d’être libre, alors qu’au final, ça n'a jamais été ça.” explique-t-elle. 

Elon Musk est un fervent utilisateur du réseau social à l'oiseau bleu : tweets spontanés pour provoquer ou faire rire, l'homme d'affaires utilise aussi la plateforme pour influencer les utilisateurs et pour communiquer sur ses activités d'entrepreneur. Et parfois, cette utilisation frénétique du réseau social lui a causé quelques torts, c'est ce qu'explique le journaliste Olivier Lascar :C’est un instrument d'influence pour lui. Il l'a utilisé avec Tesla et parfois à très mauvais escient. Il y a eu un célèbre tweet de sa part en 2018 dans lequel il disait qu’il allait sortir Tesla de la bourse. Au même moment, le gendarme de Wall Street s’est insurgé et a expliqué que c’était une information mensongère. À l'issue du conflit qui s’est ouvert, Musk a été condamné à une amende de 20 millions de dollars et a perdu son titre de président du comité d’administration de la société.”. 

La vision libertarienne de Elon Musk, une limite à la modération ? 

Porte-parole de l'idéologie libertarienne, Elon Musk se veut le défenseur d'une conception absolutiste de la liberté d'expression. Le rachat potentiel de Twitter par le milliardaire suscite ainsi certaines inquiétudes à l’égard du système de modération de la plateforme. Selon Irénée Régnauld, Elon Musk “ré-interroge des problématiques qui ont été posées il y a une quinzaine d’années par les fondateurs même des réseaux sociaux. Ils ont tous eu, comme Musk aujourd’hui, cette vision d’un internet libre, où tout le monde pourrait dire n’importe quoi.” Néanmoins, Irénée Régnauld, explique “que de façon très opérationnelle, cette liberté d’expression absolue ne fonctionne pas sur les réseaux et que c’est bien pour cela qu’on a besoin de modérer.” 

Selon Leila Mörch, l'application de la vision muskienne de la liberté d'expression se ferait au détriment des minorités et pourrait mener à des dérives lourdes sur la plateforme :  “Q_uand  Elon Musk dit qu'il veut du débat, il tolère quelque chose qui n'est pas du tout de l’ordre du débat, c’est de l’ordre du harcèlement, du spam. À aucun moment, un débat ne peut être considéré comme tel quand des fermes de trolls déversent des quantités de haine avec des messages automatiques_.” C’est donc pour protéger la liberté des autres que la modération a été inventée. “On peut avoir la possibilité de tout dire, sans atteindre la liberté de l’autre” nous dit Leila Mörch

Les invité(e)s

Olivier Lascar, Rédacteur en chef du pôle digital de Sciences et Avenir La Recherche et auteur de Enquête sur Elon Musk, l'homme qui défie la science (Ed. Alisio, à paraître en juin 2022)   

Irénée Regnauld, chercheur associé à l’université de technologie de Compiègne, blogueur sur Mais où va le web ? Et co-auteur de Technologies partout, démocratie nulle part (Ed. FYP, 2020)    

Leila Mörch, coordinatrice du projet de recherche, Content Policy and Society Lab à l’université de Stanford en Californie

Une émission en partenariat avec Numerama. Retrouvez chaque semaine les chroniques de Marie Turcan et Marcus Dupont-Besnard.

Références

L'équipe

Juliette Devaux
Collaboration
Louise André
Réalisation
Marie Turcan
Chronique