En France, la doctrine militaire rejette les méthodes « invasives » d’amélioration des performances physiques des militaires
En France, la doctrine militaire rejette les méthodes « invasives » d’amélioration des performances physiques des militaires ©Getty - Colin Anderson Productions pty ltd
En France, la doctrine militaire rejette les méthodes « invasives » d’amélioration des performances physiques des militaires ©Getty - Colin Anderson Productions pty ltd
En France, la doctrine militaire rejette les méthodes « invasives » d’amélioration des performances physiques des militaires ©Getty - Colin Anderson Productions pty ltd
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Alors que les attaques par drones tendent à se généraliser, que la compétition pour se doter de missiles hypersoniques fait rage, peut-on dire que nous sommes entrés dans une nouvelle ère de la guerre ? Que font l'intelligence artificielle et la robotique à la configuration des conflits ?

Avec
  • Hervé Grandjean Porte-parole du ministère des Armées
  • Virginie Tournay Directrice de recherche CNRS, enseignante à Sciences Po
  • Thierry Berthier Maître de conférences en mathématiques à l’Université de Limoges et chercheur en cyberdéfense et cybersécurité
  • Amélie Ferey Chercheuse en science politique au Centre de Recherches Internationales de Sciences Po (CERI), résidente à l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (IRSEM).

Ce soir nous analyserons comment les nouvelles technologies transforment les conflits armés.  Si lors de la Grande Guerre - dont nous célébrions l'armistice hier - les obus explosifs, le gaz moutarde et les zeppelins représentaient la pointe de l'innovation, quelles sont les grandes innovations de notre temps ? 

La guerre se fait désormais davantage à distance, avec des drones tueurs ou des armes autonomes. Le corps du soldat semble aujourd'hui préservé derrière la technologie mais ces armes high-tech pourraient-elles se retourner contre lui ?

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Nous questionnerons également les frontières éthiques qui entourent l’usage de ces nouvelles techniques.

Pour en parler nous recevons : 

Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées  

Amélie Ferey, politiste, chercheuse à l’IFRI, enseignante à à Saint-Cyr Coëtquidan et à Sciences Po. 

Thierry Berthier, enseignant et chercheur associé au CREC Saint-Cyr, co-directeur du groupe « Sécurité – Intelligence Artificielle » du Hub national France IA 

Et dans une seconde partie, Virginie Tournay, sociologue et autrice, membre de la “Red Team”  

La difficile conciliation entre éthique et innovations technologiques 

En décembre 2020, la ministre des armées Florence Parly avait posé une limite claire dans l'augmentation des forces armées, rejetant les méthodes dites "invasives" notamment pharmacologiques, pour privilégier les innovations sur les équipements. Et les progrès dans le domaine, semblent majeurs : 

On a déjà des jumelles à vision nocturne, on peut travailler sur des lentilles qui permettent de mieux voir la nuit. On travaille sur des radars qui permettent de voir à travers les murs et de détecter s'il y a une personne de l'autre côté du mur (...). On travaille aussi sur des techniques de protection, avec des bariolages de treillis qui s'adaptent à la luminosité ambiante pour être le plus furtif possible. Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées

Si la France s'est dotée d'un Comité d'éthique de la défense début 2020, chargé de rendre des avis sur l'acceptabilité des innovations technologiques dans l'armée, certaines puissances militaires à travers le monde ne s'embarrassent pas de telles restrictions : 

Si on se place du coté chinois, l'éthique c'est avant tout celle de la performance. Tout ce qui est performant au niveau tactique, opérationnel, va être éthique. Côté russe, on est sur la même longueur d'ondes et côté américain on y vient, même s'il y a eu des réticences dans un premier temps. Thierry Berthier, enseignant et chercheur associé au CREC Saint-Cyr

Vers une nouvelle ère de la guerre ? 

Si dans les années 80, émergeait une nouvelle doctrine militaire consistant à privilégier la technologie aux effectifs humains (RMA), certains observateurs considèrent que nous sommes récemment entrés dans une nouvelle phase de la guerre. Cette nouvelle doctrine se caractérise par la place prépondérante occupée par l'intelligence artificielle et par une connexion poussée entre l'homme et la machine, pouvant mener à certaines problématiques nouvelles : 

Plus on a de la technologie dans les armées, plus on a de la donnée à gérer et plus on a des problématiques de surcharge cognitive pour les soldats, qui doivent gérer toutes ces données sur un champ de bataille. La question c'est comment on fait pour que la technologie soit véritablement un équipier qui puisse être en synergie avec les opérateurs ? Amélie Ferey, politiste et chercheuse à l’IFRI

De nouvelles menaces sont apparues avec le développement de l'intelligence artificielle, comme les attaques de drones "en essaim" c'est à dire une charge simultanée de plusieurs  milliers de drones armés sur une cible. Ces attaques, notamment utilisées par des forces non officielles, mettent la majeure partie des armées en difficultés. Autre menace majeure pour les armées aujourd'hui, la possibilité que leurs machines connectées soient piratées : 

Dans le cadre du conflit, ça fait partie de l'armement. Les grandes armées par exemple américaines ou russes sont capables aujourd'hui de saturer de manière électromagnétique une zone de l'espace pour brouiller toute communication entre la base et une machine. Thierry Berthier, enseignant et chercheur associé au CREC Saint-Cyr

En dernière partie d'émission Virginie Tournay, autrice de la Red Team, présentait l'un des derniers scénarios imaginés par les auteurs de science fiction pour éclairer l'armée : Chronique d'une mort cultuelle annoncée. 

Une émission en partenariat avec Numerama : Retrouvez chaque semaine les chroniques de Marie Turcan et Marcus Dupont-Besnard