Les réseaux sociaux ont attiré les politiques dès leur essor dans les années 2000. ©AFP - François Lo Presti, Jean-François Monier, Ludovic Marin, Sylvain Lefèvre
Les réseaux sociaux ont attiré les politiques dès leur essor dans les années 2000. ©AFP - François Lo Presti, Jean-François Monier, Ludovic Marin, Sylvain Lefèvre
Les réseaux sociaux ont attiré les politiques dès leur essor dans les années 2000. ©AFP - François Lo Presti, Jean-François Monier, Ludovic Marin, Sylvain Lefèvre
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Résumé

À l'approche du premier tour de l'élection présidentielle, la campagne bat son plein. Quel rôle jouent les réseaux sociaux dans cette campagne ? Quel est leur impact sur la participation politique ? Comment les partis utilisent-ils la data ?

avec :

Anais Theviot (politiste à l'université catholique de l’ouest à Angers au sein du laboratoire ARÈNES).

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Un mois, un archi favori et quatre candidats qui peuvent prétendre au second tour, voici l’équation de cette élection où les réseaux sociaux peuvent être le facteur X, celui qui peut éventuellement faire basculer une campagne.

Omniprésents dans la stratégie politique des candidats, ils changent leur manière de communiquer et sont utilisés comme de précieux outils pour toucher les électeurs dans leur quotidien, dans leur intimité dans l’espoir de manipuler une opinion en leur faveur. Les réseaux sociaux sont-ils pour autant un miroir pertinent de l’électorat français ?

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Aux côtés du candidat, comment changent-ils également la manière de faire du militantisme ? Comment le Big Data est-il exploité pour le compte d’un parti et quels sont les garde-fous contre les techniques de manipulation pas toujours très nettes ?

Pour en débattre, François Saltiel reçoit la maîtresse de conférence Anaïs Theviot, le journaliste Vincent Bresson, et la spécialiste en communication Véronique Reille Soult.

La communication politique en ligne : une numérisation au service ou au détriment du débat politique ?

Jean-Luc Mélenchon sur Twitch, Marine Le Pen sur Tik Tok, Éric Zemmour sur You Tube, Emmanuel Macron au centre d’une web-série intitulée "Le Candidat" dont les codes se rapprochent de ceux de Netflix… Les politiques ont largement investi Internet et les réseaux sociaux pour faire campagne dans la course à la présidentielle 2022. Anaïs Theviot, maîtresse de conférence en sciences politiques, rappelle que l’utilisation du numérique remonte à une vingtaine d’années déjà : "Faire campagne sur Internet ce n’est pas nouveau : aux municipales de 2001, les campagnes électorales sont rythmées par les innovations numériques, en 2004 les régionales sont marquées par l’utilisation de blogs… Il y avait vraiment une volonté de mettre le numérique sur le devant de la scène."

Le numérique et les réseaux sociaux donnent la possibilité aux politiques de travailler leur notoriété. Dans le camp de Zemmour, les équipes en charge de la campagne numérique mettent en place de nombreuses stratégies pour susciter l’adhésion au candidat. En témoigne Vincent Bresson, journaliste et auteur de Au Cœur du Z, une enquête en infiltré dans la campagne de Zemmour, avec le projet "Wikizedia" : "Wikizedia est une cellule composée d’une dizaine de personnes qui essayaient de modifier en ligne la page Wikipedia d’Éric Zemmour et celles qui peuvent graviter autour. Certains militants ont aussi essayé de relativiser l’implication du Maréchal Pétain et de Pierre Laval dans la Shoah ou de supprimer la mention "extrême-droite" de la page d’Éric Zemmour".

Si la sociologue Jen Schradie se demandait récemment dans un livre (The revolution that wasn’t, 2019_)_ si Internet était de droite, l'on peut également se demander si les réseaux sociaux favorisent l’expression des extrêmes compte tenu de la viralité de leurs contenus sur les plateformes. À cela, Véronique Reille Soult, présidente de Backbone Consulting, répond que "Les réseaux sociaux sont des outils de désintermédiation qui ont permis à de nombreuses personnes de s’exprimer là où elles n’arrivaient pas à le faire avec les médias traditionnels, c’est le cas des extrêmes mais aussi des associations". Pour autant, trouver un relai dans les médias n’est pas perdu de vue par les politiques, l’objectif étant aussi d’influer sur l’agenda médiatique. L’"astroturfing", une technique de manipulation de l’opinion consistant à donner l’impression qu’il y a une prise de position collective sur un sujet, a d’ailleurs été développée dans ce sens et est particulièrement utilisée par les militants du parti d'Eric Zemmour.

L’usage de la data électorale et le militantisme en ligne, entre ruptures et permanences

L’exploitation de la data à des fins électorales était une pratique assumée il y a quelques années. Aujourd’hui, les politiques en parlent avec davantage de précautions, notamment après le scandale de Cambridge Analytica : en 2016, les données de millions d’utilisateurs du réseau social Facebook ont été utilisées sans leur consentement pour servir des objectifs politiques.

Cette utilisation de la data existe depuis longtemps mais a connu une évolution majeure ces dernières années, comme l’explique Anaïs Theviot : "La récolte des données se faisait de manière artisanale lors des réunions publiques et lors des meetings. Ce qui change en 2022, c’est qu’il y a des outils qui permettent de récupérer les données de manière massive. L'on a aussi une accentuation de la professionnalisation autour des outils de big data électoral et une prise de conscience des politiques de l’enjeu stratégique que ces données représentent". NationBuilder fait notamment partie des logiciels utilisés par les politiques en France, l'outil propose un ciblage électoral efficace grâce notamment à la géolocalisation et à l'utilisation des données de l'INSEE sur l'historique des votes.

Quant au militantisme actuel, il présente une hybridation entre des formes anciennes et des formes plus modernes. Un phénomène observé sur le terrain par Vincent Bresson « Il faut être visible à la fois sur Facebook et au porte-à-porte. Les anciennes formes de militantisme sont toujours d’actualité au sein du mouvement Génération Z : l’une des principales préoccupations, ça reste le collage ».

5 min

Les invité(e)s 

Anaïs Theviot, maîtresse de conférence en sciences politiques, et autrice de Faire campagne sur Internet (Ed. Presses de Septentrion, 2018) et Big data électoral. Dis-moi qui tu es, je te dirai pour qui voter ? (Ed. Bord de l’eau, 2019)

Vincent Bresson, journaliste et auteur de Au cœur du Z (Ed. Goutte d’or, 2022), une enquête en infiltré dans la campagne de Zemmour

Véronique Reille Soult, spécialiste en communication et e-réputation, présidente de Backbone Consulting

Une émission en partenariat avec Numerama. Retrouvez chaque semaine les chroniques de Marie Turcan et Marcus Dupont-Besnard.

> Découvrez notre dossier "2022 : une présidentielle sur les réseaux sociaux"