.
. ©Getty - PeopleImages
. ©Getty - PeopleImages
. ©Getty - PeopleImages
Publicité

Si l'on en croit les récentes études parues sur le sujet, Facebook comptera en 2070 plus de comptes de personnes décédées que de personnes vivantes. Que fait le numérique à notre rapport à la mort ? Entre cimetière numérique et quête d'immortalité, le rendez-vous avec la mort a-il changé ?

Avec
  • Dominique Pon Directeur général de la Clinique Pasteur et fondateur du projet Eternesia
  • Frédéric Simode Fondateur de Grantwill
  • Jean-Gabriel Ganascia professeur à la faculté des sciences de Sorbonne Université et Président du comité d’éthique du CNRS
  • Fiorenza Gamba Sociologue, anthropologue à l'université de Genève

A quelques jours de la Toussaint, on s’interroge sur la manière dont le numérique, les réseaux sociaux et les différentes plateformes spécialisées modifient la perception de notre finitude.

Peut-on d’ailleurs véritablement mourir sur internet ? Que reste-t-il de notre identité numérique une fois que notre corps n’est plus ? Comment faire son deuil quand les images de l’être aimé survivent sur les réseaux sociaux. Que penser des interactions post mortem qui se développent et comment interpréter le rêve transhumaniste qui peut vite basculer en cauchemar ? 

Publicité

Pour en parler, nous recevons : 

Fiorenza Gamba, sociologue et anthropologue à l'Université de Genève 

Dominique Pon, directeur général de la Clinique Pasteur et fondateur du projet Eternesia 

Jean-Gabriel Ganascia, professeur à la faculté des sciences de Sorbonne Université et Président du comité d’éthique du CNRS

Frédéric Simode, fondateur de la société Grantwill  

La mort à l'ère numérique : rites funéraires en ligne et cimetière de données 

Le numérique a entraîné des bouleversements majeurs dans notre façon de vivre le deuil. L'on assiste notamment à une "virtualisation" de certains rites funéraires comme les enterrements, virtualisation qui s'est largement démocratisée lors de la crise sanitaire. Et cette pratique nouvelle a des chances de se généraliser dans les années à venir : 

On vit dans des sociétés mobiles, donc c'est très difficile de garder la manière traditionnelle de faire son deuil, de se rendre par exemple au cimetière. Parce qu'on est tous plus ou moins impliqués dans une situation de grande mobilité : on change de villes, on change de pays, on se déplace. Fiorenza Gamba, chercheuse 

Autre changement de grande ampleur : la gestion du deuil dans un contexte où les avatars numériques des personnes décédées continuent à exister sur les réseaux sociaux. Si Facebook a mis en place un système permettant de léguer son compte à une personne désignée, la suppression des comptes reste en pratique une démarche difficile à réaliser. Quelques entreprises proposent ainsi d'accompagner les personnes endeuillées pour faciliter cette démarche de suppression, à l'instar de Grantwill, leader sur le marché français : 

On est souvent sollicité par les familles et on se bat avec nos avocats pour clôturer les comptes, souvent avec la CNIL, qui nous appuie sur la fermeture des comptes. On se bat en ce moment avec une personne qui perdu son frère et qui reçoit encore aujourd'hui des messages : "Souhaitez-lui un bon anniversaire !", c'est toujours délicat. Frédéric Simode, fondateur de Grantwill 

Outre les difficultés pour les personnes endeuillées, le stockage des données de personnes décédées risque d'engendrer un problème de pollution de notre environnement, le stockage des données n'étant pas neutre écologiquement. 

La mort à l'ère des nouvelles technologies : quête d'immortalité ? 

Si la série Black Mirror nous donnait un aperçu des dérives que pourraient entraîner la commercialisation de robots pour remplacer des êtres disparus dans l'épisode "Be Right Back" (2020),  certains acteurs proposent déjà des services pour continuer à faire vivre une personne décédée. La société Grantwill propose par exemple de programmer l'envoi de messages à des proches après sa mort. 

On propose de délivrer des témoignages de vie ou des expériences de vie, par exemple à ses enfants si on se sait atteint une maladie, et que l'on atteindra pas les 18 ans de son fils par exemple, pour pouvoir lui exposer sa vision de la vie. Frédéric Simode, fondateur de Grantwill 

Mais d'autres expérimentations se basent sur des technologies plus avancées, comme la réalité virtuelle, pour faire revivre les personnes décédées. C'est le cas d'une société de production sud-coréenne qui a proposé à une mère endeuillée de revoir sa fille en hologramme en 2020, expérience que l'on peut voir en vidéo. Mais des ambitions plus grandes encore dans ce domaine ont vu le jour, proposant de créer son propre robot virtuel, censé nous remplacer une fois notre heure venue. 

Il y a une autre idée plus forte, c'est que le numérique va nous permettre de continuer à exister. C'est à dire que l'on va pouvoir être conscient, vivre d'une autre vie, jeter notre corps et que notre âme continue à être présente. Là ça dit quelque chose d'autre, c'est vraiment un refus de la mort. Jean-Gabriel Ganascia, philosophe 

Une émission en partenariat avec Numerama. Retrouvez chaque semaine les chroniques de Marie Turcan et Marcus Dupont-Besnard

L'équipe

François Saltiel
François Saltiel
François Saltiel
Production
Juliette Devaux
Collaboration
Vanessa Nadjar
Réalisation