3,5 millions de Français.e.s possèdent une montre connectée et l'utilisent pour leur vie quotidienne et leurs activités sportives (Etude Kantar TGI France 2021)
3,5 millions de Français.e.s possèdent une montre connectée et l'utilisent pour leur vie quotidienne et leurs activités sportives (Etude Kantar TGI France 2021) ©Getty - Westend61 / Uwe Umstätter
3,5 millions de Français.e.s possèdent une montre connectée et l'utilisent pour leur vie quotidienne et leurs activités sportives (Etude Kantar TGI France 2021) ©Getty - Westend61 / Uwe Umstätter
3,5 millions de Français.e.s possèdent une montre connectée et l'utilisent pour leur vie quotidienne et leurs activités sportives (Etude Kantar TGI France 2021) ©Getty - Westend61 / Uwe Umstätter
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Montres GPS, trackers, florilège d'apps… Le sport est plus que jamais connecté aujourd'hui. Comment cela a-t-il modifié nos pratiques ? Que signifie ce besoin irrépressible de datas sportives ? Comment les entreprises utilisent-elles nos données ?

Et ce soir on chausse les baskets, on monte en selle et on plonge dans nos pratiques sportives qui sont de plus en plus connectées. Montres intelligentes, bracelets, smartphones vissés au bras, on court vers la data. On scrute nos performances pour mieux les comparer avec celles du voisin, on analyse notre rythme cardiaque tout en écoutant parfois les conseils santé d’une Intelligence artificielle.

Que disent ces usages de notre société ? Comment s’intègrent-ils dans l’histoire du sport et comment ces données livrées à la sueur de notre front servent-elles les intérêts du marketing ? Quelles sont les dérives possibles de cette surveillance de nos activités sportives ?

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Pour en discuter, nous recevons :

Paul-Emile Saab, CEO de Sport Heroes et co-président de la French SporTech,

Raphaël Verchère, docteur en philosophie et triathlète, auteur du livre "Philosophie du triathlon" (Ed. Du Volcan, 2020),

Bastien Soulé, sociologue, professeur des universités à l’Université Claude Bernard Lyon 1, chercheur au sein du Laboratoire sur les Vulnérabilités et l’Innovation dans le Sport (L-ViS).

Une émission en partenariat avec Numerama. Retrouvez chaque semaine les chroniques de Marie Turcan et Marcus Dupont-Besnard.

Apps, objets connectés, culture des données : vers une professionnalisation du sport amateur ?

Pour voir apparaître les premières mesures de performance et premiers suivis de progression, il faut remonter au 19e siècle au moment où se développent différents types de gymnastique. Aujourd’hui le phénomène s’est largement démocratisé. Et pour cause, les objets connectés et applications sportives en tous genres sont devenus accessibles à tous. Une démocratisation qui va de pair avec la démultiplication des acteurs du marché de la SporTech et le développement des réseaux sociaux, auxquels se sont greffés la mesure et le partage de la data.  Au centre des applications sportives, on retrouve la promesse du «quantified-self», soit le fait de mieux se connaître, d’objectiver sa pratique, et de faire partie d’une grande communauté à travers la compétition et la comparaison. Cette promesse varie cependant d’une application à une autre :

« Les apps sont des produits digitaux qui ont un design, une expérience utilisateur, et qui vont pousser le curseur différemment en fonction de leur business model : si elles s’appuient sur la publicité, elles pousseront le curseur vers le coté addictif, mais ce sera très différent si elles reposent sur le décryptage de performances, comme Garmin Connect, ou sur le côté sociabilisant comme Running Heroes », Paul-Emile Saab, CEO de Sport Heroes et co-président de la French SporTech

L’objectivation de la pratique sportive par les données recueillies (fréquence cardiaque, taux d’oxygène, nombre de kilomètres parcourus, dénivelés, …) met en lumière une certaine distanciation que connaissent les sportifs professionnels, mais aussi, les sportifs amateurs.

« Le corps on le vit à la première personne. Mais sitôt qu’on est appareillé on va être davantage tenté non pas d’écouter son corps, mais de le lire à travers les indicateurs proposés par les différents objets connectés, on se lit à la troisième personne. (…) De fait, le sportif du dimanche peut être dans le même rapport au corps que le sportif professionnel », Raphaël Verchère, docteur en philosophie et triathlète

Le devenir de nos données, entre dérives réelles et potentielles

Si l’obsession de la data au sein de la pratique sportive peut être à l’origine d’abandons sur de nombreuses applications, la majorité des utilisateurs sont indifférents au devenir de leurs données :

« La praticité, la gratuité, le design offerts par les applications sportives opèrent une séduction qui rendent assez peu méfiantes les personnes qui y recourent », Bastien Soulé, sociologue

Pourtant, l’exploitation des données fait l’objet d’une certaine opacité de la part de l’industrie du sport. Entre 2014 et 2017, des applications très utilisées ont été acquises par les géants de cette industrie : Runtastic par Adidas, Runkeeper par Asics, ou encore Endomundo par Under Armour. Des rachats qui sous-tendent des enjeux stratégiques bien réels car les acquéreurs ont ainsi accès à des données très précises sur les utilisateurs des applications.

« Ces géants ne cherchent pas forcément à revendre de la data comme on le fantasme parfois mais ça leur donne plein d’informations très précises sur les usages, lieux, habitudes, pratiques, communautés de lieux, qui leur permettent de faire du marketing prédictif, c’est-à-dire d’identifier des comportements et des intentions d’achats », Bastien Soulé, sociologue

Autre dérive possible, les récentes expérimentations dans le domaine des assurances et des mutuelles. Aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, le secteur a déjà pu développer des collaborations avec des industriels d'objets connectés. Le but : équiper leurs clients de bracelets connectés afin de récompenser leur mode de vie sain, en leur faisant bénéficier de réductions sur les primes d’assurances. En réaction à ces dérives, certaines communautés comme RunnerUp développent des alternatives plus transparentes sur l'utilisation des données des sportifs.

L'équipe

François Saltiel
François Saltiel
François Saltiel
Production
Juliette Devaux
Collaboration
Vanessa Nadjar
Réalisation
Marie Turcan
Chronique