La démocratisation des applications de rencontres redéfinit les modèles amoureux, offrant la trouvaille accélérée d'une relation sérieuse ou non.
La démocratisation des applications de rencontres redéfinit les modèles amoureux, offrant la trouvaille accélérée d'une relation sérieuse ou non. ©Getty - Malte Mueller
La démocratisation des applications de rencontres redéfinit les modèles amoureux, offrant la trouvaille accélérée d'une relation sérieuse ou non. ©Getty - Malte Mueller
La démocratisation des applications de rencontres redéfinit les modèles amoureux, offrant la trouvaille accélérée d'une relation sérieuse ou non. ©Getty - Malte Mueller
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L'application de rencontres Tinder a vu le jour en 2012. L'année suivante, elle s'invitait sur les téléphones des Français, reconstruisant alors les modèles amoureux. Dix ans après, comment se porte le secteur du "dating" ? Doit-on embrasser la thèse du consumérisme amoureux ?

Avec
  • Judith Duportail Journaliste
  • Jessica Pidoux Sociologue et docteurès sciences, chercheuse post-doctorale à Sciences Po et directrice de PersonalData.IO

Cette semaine, François Saltiel et ses invitées fêtent à leur manière les dix ans de l'application de rencontres Tinder. Au cours de cette émission, ils reviendront sur le rôle et les conséquences de ces applications depuis leur création. Si les applications de rencontre se sont imposées comme le troisième "lieu" de rencontre amoureuse aux Etats-Unis et en Allemagne, sommes-nous entrés dans une période de banalisation des apps de rencontre ?

Alors que l’application de rencontre Tinder a été accusée d’apposer une note de "désirabilité" sur ses utilisateurs en 2019 par notre invitée, Judith Duportail, comment fonctionne son algorithme aujourd’hui ? En quoi la hiérarchisation des profils promue par son algorithme participe-t-elle à une invisibilisation des personnes issues de la communauté LGBT ?

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Des questions auxquelles répondront Judith Duportail, journaliste, créatrice du podcast "Self Care ta mère" et autrice de Dating Fatigue. Amours et solitudes dans les années (2020) (Ed. Observatoire, 2021) et Jessica Pidoux, sociologue et docteurès sciences, chercheuse postdoctorale à Sciences Po, et directrice de l’association PersonalData.IO.

Tinder, une application ludique

Il y a dix ans, en mai 2012, l’application de rencontres Tinder voit le jour. Créée par des entrepreneurs américains, l'application arrive sur le téléphone des Français l’année suivante.

Si Tinder a autant de succès, c’est grâce à ses algorithmes très développées et à son interface ludique. Le principe du « swipe » (balayer à droite ou à gauche) transforme l’application en jeu, qui peut mener à une certaine forme d'addiction. La facilité du geste permet en un coup de pouce soit d’avoir un match (lorsque les deux personnes se « like »), soit au contraire de passer à une autre proposition de prétendant(e). La sociologue, Jessica Pidoux, revient sur le fonctionnement de l'application : « Le swipe a créé un mode de réactivité où on est en permanence sur l'application puisque c'est très facile et très rapide de de dire oui ou non et continuer à avoir des profils. Ce qui provoque une excitation, une envie de rester sur l'application, une envie de savoir si on n'est pas en train de louper une opportunité. »

Algorithmes au schéma patriarcal, "dating fatigue" et "ghosting"

Des études menées sur l'algorithme développé par Tinder révèlent que le système a tendance à amplifier certains biais présents dans la société. Dans une société où les structures amoureuses évoluent, les algorithmes de Tinder resteraient ancrés dans des schémas traditionnels qui empêcheraient la rencontre selon la journaliste et autrice, Judith Duportail : « Il existe une statistique noire que les applications de dating n'ont pas du tout envie de sortir, c'est que plus vous restez sur ces applis, moins vous avez de chances d'en sortir un jour » Dans un récent article du journal Le Monde, Jessica Pidoux dénonce qu’en plus de cet "emprisonnement" dans l’application, les algorithmes invisibiliseraient les personnes homosexuelles, en leur proposant systématiquement des individus du genre opposé malgré leurs orientations sexuelles.

En parallèle de ces problématiques liées au fonctionnement de l'application, de nombreux témoignages d'utilisateurs vont dans le sens d'une vague de "déconnexion" de ces apps, mettant en avant la frustration que peut engendrer une utilisation trop systématique de ces solutions de rencontre en ligne. L’autre conséquence produite par les applications de rencontre, c’est une vague de "ghosting" qui déferle de plus en plus fréquente chez les utilisateurs. Comme l’explique Judith Duportail : "Le ghosting, ça veut dire disparaître sans laisser de trace, arrêter de répondre. C'est l'équivalent de sortir acheter un paquet de clopes et de ne jamais revenir, en version numérique."

Les invité(e)s

Judith Duportail, journaliste, créatrice du podcast "Self Care ta mère" et autrice de Dating Fatigue. Amours et solitudes dans les années (20)20 (Ed. Observatoire, 2021)

Jessica Pidoux, sociologue et docteurès sciences, chercheuse post-doctorale à Sciences Po, et directrice de l’association PersonalData.IO

Une émission en partenariat avec Numerama. Retrouvez chaque semaine les chroniques de Marie Turcan et Marcus Dupont-Besnard.

L'équipe

François Saltiel
François Saltiel
François Saltiel
Production
Juliette Devaux
Collaboration
Peire Legras
Réalisation
Marie Turcan
Chronique
Heloïse Robert
Stagiaire