75% des 18-34 ans choisissent leur destination de vacances en fonction des contenus partagés sur les réseaux sociaux selon une étude de l'agence Expédia (2018)
75% des 18-34 ans choisissent leur destination de vacances en fonction des contenus partagés sur les réseaux sociaux selon une étude de l'agence Expédia (2018)
75% des 18-34 ans choisissent leur destination de vacances en fonction des contenus partagés sur les réseaux sociaux selon une étude de l'agence Expédia (2018) ©Getty - Artur Debat
75% des 18-34 ans choisissent leur destination de vacances en fonction des contenus partagés sur les réseaux sociaux selon une étude de l'agence Expédia (2018) ©Getty - Artur Debat
75% des 18-34 ans choisissent leur destination de vacances en fonction des contenus partagés sur les réseaux sociaux selon une étude de l'agence Expédia (2018) ©Getty - Artur Debat
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Résumé

Instagram est bien connu pour être le théâtre de la mise en scène de nos voyages. Il devient de plus en plus influent dans le choix de nos destinations. Comment a-t-il modifié l'offre touristique ? L'éco-tourisme peut-il être favorisé par Instagram ?

avec :

Saskia Cousin (anthropologue, maîtresse de conférence à l'Université Paris Descartes).

En savoir plus

Et ce soir nous partons en balade sur Instagram pour questionner la mise en scène de nos voyages, comment le réseau social du bonheur et des filtres en couleurs modifie le récit de nos vacances ?

Instagram est devenu au fil des ans un acteur incontournable de l’industrie touristique et nous verrons comment le marché l’utilise pour dessiner nos imaginaires. Du recours à des influenceurs spécialisés à l’exploitation de la big data.

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Instagram est-il le bouc émissaire facile du tourisme de masse ? Le réseau social peut-il favoriser un tourisme éthique et durable ?

Pour en discuter, nous recevons :

Saskia Cousin, anthropologue, professeure de sociologie à l’Université de Paris Nanterre et co-autrice avec Bertrand Réau de Sociologie du tourisme (Ed. La découverte, 2016), également coordinatrice du numéro Tourisme et Pandémies de la revue Mondes du tourisme publié en décembre 2021.

Cyril Blanchet, doctorant en sciences de l’information et de la communication, spécialiste des mutations numériques du tourisme

Nicolas de Dianous, directeur associé de We Like Travel, agence de communication spécialisée dans le secteur du tourisme

Une émission en partenariat avec Numerama. Retrouvez chaque semaine les chroniques de Marie Turcan et Marcus Dupont-Besnard.

Le mimétisme de masse au cœur du tourisme sur Instagram 

Carnets de voyage, albums photos, soirées de projection de photos de vacances entre amis : on a toujours voulu mettre en scène les récits de nos voyages. Mais les réseaux sociaux et Instagram en particulier leur donnent une autre dimension : 

Le récit de voyage est consubstantiel au voyage touristique mais aussi d’exploration. Ce que ça change c’est plutôt une différence de degré qui est telle, et qui est tellement concentrée, que ça va avoir des conséquences sur les populations locales, sur les lieux qui vont être notamment pratiqués, photographiés. Saskia Cousin, anthropologue

A cela s’ajoute un changement de temporalité : aujourd’hui les moments du voyage et de l’histoire se superposent, ce qui donne des récits plus raccourcis et morcelés car on rend compte des choses instantanément. Et si le tourisme va de pair avec une multitude de « filtres » - ceux de notre imaginaire, nos habitudes, nos valeurs - avec Instagram, on se crée un écran supplémentaire : 

Ce qu’on va chercher, c’est plus uniquement le fait de vivre cette expérience que de la restituer avec une photo qui vise à reproduire une photo qui a déjà été prise avant. Saskia Cousin, anthropologue

Avec 33 millions de visiteurs uniques en France en décembre 2021, et le #travel qui compte parmi les hashtags les plus partagés, Instagram fait désormais légion auprès des agences de tourisme pour faire connaître leurs offres. Pour les usagers, le réseau est devenu un prescripteur de poids. Mais la version améliorée et ostentatoire du réel qu’on leur propose n’est pas sans conséquence en matière de tourisme de masse et de pression sociale : 

On parle beaucoup de "travel porn", qui est une référence à la gastronomie. On parlait de « gastro porn » en 1977 en faisant référence à la cuisine de Paul Bocuse pour dire que c’était une cuisine très généreuse, qui était dans l’excès mais qui donnait envie. Plus tard, dans les années 1980 on a commencé à lui associer une ambivalence : on parlait de "food porn" (…) comme d’une cuisine qui donne envie mais qui crée un sentiment de culpabilité parce qu’on sait qu’elle va avoir des effets négatifs… Cyril Blanchet, doctorant en sciences de l’information et de la communication  

Le tourisme 2.0, entre tendances et quête d’authenticité

Ces dernières années, l’industrie du tourisme travaille main dans la main avec les instagrameurs, des créateurs de contenus qui se révèlent être de précieux intermédiaires pour développer son activité. A l’instar de @vutheara, ce sont souvent des amateurs de photographie qui se sont professionnalisés, ou d’anciens blogueurs qui ont affiné leurs codes esthétiques. 

Peut-être qu’un des grands enseignements de la crise sanitaire, c’est ce retour à une vraie authenticité. Je pense que dans les codes narratifs en vogue, le vlog - vidéo en direct face caméra, sans filtre - est aujourd’hui un format qui cartonne tout simplement parce qu'avec lui, ces destinations, ces marques, ces influenceurs (…) apportent une lecture, une analyse plus conforme à la réalité. » Nicolas de Dianous, directeur associé de l’agence We Travel

A travers cette marchandisation notamment, l’expérience de l’intermédiaire peut-elle être authentique dans sa restitution ? Une question qui ne date pas d’hier car la notion d’authenticité se trouve aux fondements des travaux de sociologie sur le tourisme… En témoigne l’ouvrage « The Tourist » écrit par Dean MacCannell en 1976. Autres innovations du secteur : le métavers, qui nous permettrait de voyager sans avoir à nous déplacer grâce à la magie du numérique et la réalité virtuelle, et l’écotourisme, très relayé sur Instagram, promouvant un tourisme responsable, de proximité, le retour au train, la diminution des vols en avion… Une tendance qui pour l’heure n’a pas de réels effets sur l’environnement, le nombre de ses adeptes étant minoritaire. Sans oublier que l’imaginaire du tourisme reste associé au tourisme international et que l’enjeu est politique : la convention de Chicago permet au trafic international de ne pas être taxé sur le carburant depuis 1944...