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La pédophilie, si longtemps tolérée sinon niée est considérée aujourd’hui comme la principale menace pesant sur les enfants, paroxysme de l'abject qui révolte l'opinion. Mais ce n'est pas sans paradoxes...

Illustration salle de classe
Illustration salle de classe
- Fred Haslin

Parmi ceux qui aiment trop les enfants, je veux parler des pédophiles, il y a trois cas de figures : soit le pédophile sévit en famille. C’est le grand-père, le père, le beau-père, l’oncle, le frère, le cousin ou le voisin, plus rarement la mère ou la belle-mère. Soit le pédophile est un loup solitaire. Il kidnappe, viole un ou une enfant qu’il ne connaît pas. Il lui arrive d’avoir une complice ou de recruter ses proies sur internet. Dans le troisième cas, le pédophile dépend d’une institution qui le met en contact avec les enfants. Il (ou elle mais c’est plus rare) est éducateur, instituteur, professeur, moniteur, surveillant d’internat, brancardier, infirmier, psychologue, curé mais aussi mari ou fils de la nourrice. Quant aux militaires et personnels des ONG, ils sont incidemment en contact avec les enfants.Dans tous les cas, ces affaires suscitent une réprobation unanime. Pensez à la petite Berenyss, 7 ans, kidnappée et relâchée quelques heures plus tard dont le ravisseur présumé était –semble-t-il - déjà visé pour agression sexuelle sur des mineures. À Villefontaine, un directeur d’ école a été mis en examen pour des faits présumés de viol sur ses élèves. En Centrafrique, des militaires français sont suspectés d’abus sexuels envers plusieurs mineurs en échange d’argent et de nourriture. Sans parler des abus sexuels dans l’Eglise catholique ou de l’affaire d’Outreau qui sont dans toutes les mémoires.La pédophilie, si longtemps tolérée sinon niée est considérée aujourd’hui comme la principale menace pesant sur les enfants. Pour en arriver là, il a fallu d’une part que les enfants puissent être entendus quand ils se plaignent et de l’autre, que les adultes puissent être mis en cause. On a surtout pris la mesure des conséquences de ces transgressions sur les victimes. Aujourd’hui, la société entière s’identifie à l’enfant dont elle sacralise la pureté au point de traquer la perversité chez les enfants qui jouent entre eux, aussi jeunes soient-ils.Le paradoxe vient de ce qu’on donne beaucoup de conseils aux parents sur ce qu’ils devraient dire à leurs enfants comme si la menace venait de l’extérieur. Or la majorité des affaires de pédophilie sont intra-familiales. Elles ne vont pas toutes devant la justice. Dans les cas les moins graves et pour autant que l’enfant ne soit pas désavoué et puisse être protégé, il n’y a pas lieu de le regretter.Le loup solitaire entretient tous les fantasmes mais peu d’enfants auront le malheur de le rencontrer.Aujourd’hui l’Education nationale est sur la sellette. D’autres institutions le seront. À part Ségolène Royal qui avait déclaré en 1997, « un enfant ne ment pas » alors que justement le dit gamin avait menti et que l’enseignant s’était suicidé, c’est la première fois que l’institution réagit au plus haut niveau pour éviter que les récidivistes continuent de sévir. En 2001, une affaire similaire n’avait pas suffi à provoquer un électrochoc. Un instituteur de Cormeilles avait été condamné pour viols sur plusieurs générations de mineurs entre 1989 et 2001. La directrice et l’inspecteur avaient cru bon entre temps de classer les plaintes de quelques parents. Les écoles - sauf exceptions dont on n’entend pas parler - ont continué comme si de rien n’était à changer d’établissement les enfants qui se plaignaient et à déplacer les enseignants incriminés quelques kilomètres plus loin. La campagne de communication pour réhabiliter les colonies de vacances ne pouvait plus mal tomber car la crainte « qu’il se passe quelque chose » entre pour une bonne part dans la désaffection dont elles font l’objet.Il me semble néanmoins que lorsqu’un enfant se plaint d’actes relevant de pédophilie hors du milieu familial, disons à partir de l’âge de raison car plus l’enfant est jeune plus il est crédible, les parents doivent certes l’écouter sans le harceler de questions et l’emmener faire une déposition mais aussi l’informer des conséquences de ses allégations sur la personne qu’il désigne. Non pour le culpabiliser mais pour lui offrir une porte de sortie au cas où, ayant une bonne raison de se plaindre, il aurait trouvé que la dénonciation était la meilleure façon d’être entendu.Même dans l’armée, la pédophilie occupe la première place dans l’échelle des transgressions si l’on en juge par les fortes déclarations du président de la République et du ministre de la défense concernant les soldats français qui seraient impliqués dans une sinistre affaire de fellation contre nourriture qui date quand même d’au moins un an. Pour preuve, on n’a pas entendu la moindre déclaration à propos des femmes tutsis qui ont porté plainte en 2005 s’estimant victimes de viols commis par des militaires français au cours de l’opération Turquoise en 1994. Vingt ans après les faits, l’enquête n’est toujours pas close !Si l’on arrive à tenir à l’écart les pédophiles récidivistes que va-t-on faire d’eux ? Au sud de la Floride, les anciens condamnés pour délinquance sexuelle n’arrivent pas à se réinsérer vu les restrictions qui leur sont imposées. Ils ont fondé leur propre ville nommée « city of Refuge ». Le croirez-vous ? Ils se marient et ont beaucoup d’enfants.

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