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JE CROIS SAVOIR QUE LA DÉMOGRAPHIE VOUS INTÉRESSE ET CES DERNIÈRES SEMAINES PLUSIEURS ÉTUDES SONT SORTIES

Oui, c’est vrai quand on s’occupe des personnes individuellement, il est intéressant d’avoir une vision globale des comportements humains. Le démographe de la famille produit des statistiques mais essaye aussi de comprendre les causes et les conséquences de ces comportements.

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Et le mois dernier, plusieurs études différentes sont sorties avec un point commun direct ou indirect: les enfants.

Pour commencer le chiffre le plus scruté et le plus commenté : celui des naissances. On sait déjà qu’en octobre 2015 il y a 16.000 naissances de moins qu’en 2014. Dans ce domaine, la France s’est toujours distinguée de ses voisins : au 18 et au 19ème siècle, la France a entamé sa transition démographique à l’envers en diminuant d’abord sa fécondité avant que la mortalité ne commence à baisser. Tandis que la population explosait en Europe, seule celle de la France diminuait, en l’absence de contraception efficace. Actuellement la France est, à l’inverse championne européenne du nombre d’enfants par femme. À quoi attribuer la légère inflexion de la courbe des naissances si elle se confirme ? Depuis 1994, le nombre de femmes de 20 à 40 ans en âge de procréer diminue. Combien auront-elles d’enfants, nul ne le sait encore. Car en même temps, les mères de plus de 40 ans sont deux fois plus nombreuses qu’il y a vingt ans et mettent aujourd’hui au monde 5% des bébés. Alors, faut-il incriminer une politique familiale moins généreuse ? il me semble, mais c’est une remarque personnelle, que si les couples pensent au coût de l’enfant, le chômage pour les uns et l’augmentation des impôts pour les familles aisées a eu plus d’impact que la baisse des allocations familiales.

Pendant ces années « fécondes » le discours nataliste de l’Etat est passé au second plan sans toutefois perdre de vue les statistiques des naissances. La priorité s’est déplacée sur la diminution des inégalités entre les hommes et les femmes qui devait, entre autres, permettre aux femmes et de travailler ET d’avoir des enfants.

IL ME SEMBLE QUE LES INÉGALITÉS ONT LA VIE DURE…

En effet, Selon l’étude de l’INSEE parue dans la revue *Economie et Statistique * le 29 octobre, vous ne serez pas surpris d’apprendre que les femmes continuent d’assumer 65% des tâches parentales ce qui n’est pas très bon pour leurs activités professionnelles. Pour autant, les choses ont quand même bien changé entre 1974 et 2010 : les hommes consacrent davantage de temps à leurs enfants surtout depuis 10 ans et les femmes en consacrent nettement moins aux tâches ménagères comme la vaisselle, l’entretien des vêtements et les repas. Ce sont d’autres femmes, elles-mêmes moins occupées chez elles qui ont trouvé du travail dans le secteur du ménage, de l’aide aux personnes, jeunes ou âgées et de la restauration.

Les chercheurs se demandent pourquoi les hommes et les femmes effectuent des choix aussi conformes à la tradition, autrement dit, pourquoi on n’observe pas un renversement des rôles. On l’observe néanmoins jusque dans les statistiques quand l’homme est au chômage où quand les deux conjoints travaillent avec des contraintes horaires. Il me semble aussi que les perceptions ont changé : certes les hommes en font moins que les femmes mais ne perdent pas leur virilité en soignant leur bébé, en conduisant les enfants à l’école, en faisant les courses ou la cuisine. Les jeunes gens font du baby-sitting comme les filles et les métiers dits féminins comme celui de sage-femme ou d’assistant maternel commencent à intéresser les hommes. Et last but not least : les inégalités de diplôme se sont renversées dans plusieurs pays dont la France : les femmes les plus diplômées sont aussi souvent en couple que les autres mais avec des hommes moins diplômés qu’elles.

CROYEZ-VOUS QUE L’ÉDUCATION Y SOIT POUR QUELQUE CHOSE ?

Certainement. En famille, ce que les enfants voient a plus d’effet que les discours. Si c’est toujours exclusivement la mère qui s’occupe de la maison et si c’est toujours à la fille qu’on demande une aide domestique, ils trouveront ça « naturel ». Si tant est que la fille soit sollicitée car différentes études récentes montrent qu’en Occident, les enfants participent de moins en moins aux tâches domestiques pas plus qu’à leur propre entretien. Les parents qui prônent l’autonomie sont les mêmes qui font le lit de leurs enfant, les réveille tous les matins, ramasse leur linge sale et vérifient qu’ils n’ont rien oublié. Et plus les mères travaillent, moins elles en demandent comme si elles se sentaient coupables de ne pas être à leur service. Et ceux qui prônent l’égalité entre garçons et filles ne les traitent pas toujours de la même façon, ce qui, dans mon esprit ne signifie pas qu’une éducation « indifférenciée » représente un idéal. Bref nous sommes dans une période de transition et concernant les sujets évoqués, j’espère que nous n’allons pas régresser.