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LA SEMAINE DERNIÈRE, VOUS NOUS AVEZ PARLÉ DES VIEUX ET CETTE SEMAINE, VOUS ALLEZ NOUS PARLER DES JEUNES.

Ces jeunes pour qui les rites de passage à l’âge adulte qu’étaient le service militaire pour les garçons et le mariage pour les filles n’ont plus cours. En revanche, quitter le foyer familial est considéré comme un signe d’émancipation pour autant que les jeunes ne rapportent plus leur linge sale à laver en famille ! En d’autres temps, plusieurs générations de toutes les couches sociales cohabitaient dans la maison familiale aujourd’hui, chaque génération vit dans des espaces spécialisés par âge, de la crèche à la maison de retraite, comme le remarque avec pertinence le pédopsychiatre Patrice Huerre dans La Croix.

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ALORS, QUEL EST L’ÂGE DE CETTE ÉMANCIPATION ?

Il bouge ! Dans la dernière étude de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France, la démographe Juliette Dupoizat constate qu’à 25 ans, seule la moitié des jeunes de la région a quitté le logement de ses parents. Les Franciliens partent plus tard qu’il y a 5 ans et trois ans plus tard que les provinciaux, probablement parce qu’ils ont davantage besoin de bouger pour leurs études ou leur travail. À titre de comparaison, en Espagne, l’émancipation retardée existe depuis toujours mais la crise a amplifié ce phénomène : actuellement 80 % des jeunes de moins de 30 ans vivent encore chez leurs parents.

Les causes extérieures sont connues : ce sont les étudiants et les chômeurs de 20 à 29 ans qui habitent le plus souvent chez leurs parents : Et si la proportion des étudiants est restée stable à 76%, celle des jeunes chômeurs, 62%, et des actifs précaires, 39% , est en augmentation.

L’origine sociale est déterminante : les familles dont les enfants décohabitent le plus tard sont les moins aisées et les plus touchées par le chômage. Les parents n’ont pas les moyens d’aider au financement d’un premier logement autonome ou de se porter garant pour une location rare et chère. Si les parents sont immigrés, ils ont deux fois plus de chance, si l’on peut appeler ça une « chance » d’avoir leur enfant à domicile. Si les parents sont descendants d’immigrés, la différence s’estompe.

EST-CE QU’IL N’Y A QUE DES CAUSES SOCIALES QUI FREINENT LA DÉCOHABITATION ?

Bien sûr que non. J’ignorais en quoi l’entourage parental influait de façon statistiquement significative sur l’envie ou la capacité à acquérir une autonomie résidentielle. L’analyse de l’INSEE menée en 2011 à l’occasion de l’enquête sur le recensement apporte un éclairage sur les caractéristiques familiales qui freinent ou favorisent le départ des jeunes franciliens. Elle montre que la situation du couple parental est assez déterminante : la présence d’un beau-parent fait quitter le domicile deux ans plus tôt. Quand les parents vivent ensemble, l’enfant reste plus longtemps et lorsque les parents sont séparés, le départ se fait sept mois plus tôt que la moyenne. La taille et le rang dans la fratrie jouent également un rôle : les enfants de familles nombreuses partent plus tôt que les enfants uniques et légèrement plus tôt s’il n’y a que deux enfants. Quant au rang dans la fratrie, on apprend sans surprise que le petit dernier s’en va plus tard que les aînés et profite ainsi de l’espace laissé vacant. Car, plus le logement est petit, plus les jeunes s’en vont tôt. Tandis qu’ils restent plus longtemps s’ils ont une chambre à eux.

ET ALORS, ÇA SE PASSE COMMENT ?

Cette étude ne le dit pas car ce n’est pas son objet. Mais il y a des témoignages et ce que nous entendons dans nos cabinets. Si l’on considère que la majorité à 18 ans et l’âge moyen de la première relation sexuelle, 17 ans pour les garçons comme pour les filles, marquent aussi le passage à l’âge adulte, la relation parents/enfants doit évoluer. Finie l’éducation, la surveillance et les conflits de l’adolescence. Le jeune est un adulte mais pas un invité. Il est chez lui tout en étant chez eux. Il reste sous le regard de ses parents qui ont parfois du mal à ne plus être des « éducateurs » souvent critiques, parfois maladroits pour trouver la bonne distance. Le respect ou le non-respect de l’intimité et de la vie privée des parents et des jeunes est au cœur du malaise ou des conflits engendrés par la cohabitation tardive sans parler de l’organisation de la vie quotidienne. Avoir des relations sexuelles ou recevoir ses amis sous le toit de ses parents n’est facile ni pour les uns, ni pour les autres. Les parents restés en couple ou séparés peuvent apprécier, surtout s’ils n’ont plus de vie intime, de ne pas se trouver confrontés au syndrome du « nid vide » d’autres préfèreraient s’éloigner du regard critique de leurs enfants et mener leur vie avec la liberté que confère l’absence d’enfants à domicile.

JE PRESSENS QUE VOUS TROUVEZ DES VERTUS À LA DÉCOHABITATION ?

Vous voyez juste. Je lui trouve des vertus thérapeutiques quant à la relation parents/enfants adultes et c’est même parfois le seul traitement efficace en cas de conflit.

Références

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