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L’adultère porte-t-il atteinte à l’ordre public voire aux bonnes moeurs? En assignant Gleeden, un site de rencontre pour personnes mariées en quête de relation extraconjugale, l’Association des familles catholiques prétend contester la légalité du site qui selon elle, je cite « favorise l’adultère en faisant le promotion publique de la duplicité, du mensonge et de la violation de la loi »fdc. Le rêve des plaignants serait de transformer une disposition d’ordre législatif qui ne s’impose qu’entre époux (l’article 212 du code civil dispose que les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance ») en une règle d’ordre public qui s’imposerait à tous. Vaste programme !

La campagne publicitaire de Gleeden n’est pas la première et, à ma connaissance, elle n’avait pas suscité de protestation. Dans le métro ou à l’arrière des bus vous avez peut-être remarqué les slogans : « contrairement à l’antidépresseur, l’amant ne coûte rien à la sécu » ou « par principe nous ne proposons pas de carte de fidélité » ou « et si cette année, vous trompiez votre amant avec votre mari ». Ils ont mis cette fois le feu aux poudres dans les banlieues huppées et quelques arrondissements parisiens. Pour moraliser les couloirs du métro, 170 élus d’Ile-de France ont co-signé une tribune intitulée « la fidélité n’est pas à vendre » adressée au président de la RATP et ils ont obtenu partiellement gain de cause. En matière de publicité, les promoteurs de cette campagne n’auraient pas pu rêver mieux !

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COMME JE VOUS CONNAIS, JE SUIS SÛR QUE VOUS ÊTES ALLÉE VOIR DE QUOI IL RETOURNAIT…

Gleeden se prétend pensé par des femmes cela signifie que seuls les hommes payent de 15 à 500€ pour s’inscrire ce qui n’est pas très égalitaire ! Le site créé par un homme, Teddy Truchot a été lancé en 2009. Il est loin d’être seul dans ce créneau qui veut se démarquer des sites de rencontre pour célibataires : le « Guide pour tromper », mais oui, on trouve tout sur internet ! recense en France 450 sites de rencontres extraconjugales en ligne. Il évalue les meilleurs et ceux qu’il faut éviter dont Gleeden fait d’ailleurs partie. Un autre site réservé aux femmes mariées, aimer et tromper.com, se veut protecteur des liens du mariage en promettant « le feu de la passion sans le divorce ».

MAIS EST-CE QUE CE GENRE DE PROMESSE DIT QUELQUE CHOSE SUR LE STATUT SOCIAL DE L’INFIDÉLITÉ ?

Si l’infidélité existe depuis que le couple existe, son statut a changé tant dans les mentalités que dans la loi. Depuis 1975, l’infidélité n’est plus une faute pénale elle ne trouble donc plus l’ordre public et n’oblige plus le juge à prononcer le divorce sur cette seule constatation. À moins que ce comportement voire le seul fait de fréquenter des sites de rencontre rende intolérable le maintien de la vie commune. Cela montre que le devoir de fidélité garde une force juridique mais seulement entre époux et est apprécié en fonction de ses conséquences sur la vie du conjoint. Quant aux bonnes mœurs qui relèvent de l’article 6 du code civil rédigé en 1804 sous Napoléon, maître Graftieaux dans une interview publiée sur le point.fr note que la jurisprudence a une approche fort tolérante des « bonnes mœurs » en citant l’exemple d’un arrêt de la cour de cassation de 2004 jugeant légal un contrat de donation d’un époux en faveur de sa maîtresse.

Dans les mentalités, on observe un double mouvement : d’un côté l’adultère, considéré comme un service, engendre un marché mondialisé se développant de façon exponentielle. La promotion de l’adultère des femmes peut être entendue comme une forme d’égalité dans un couple car si les époux infidèles sont égaux devant la loi, ce n’était pas encore tout à fait le cas socialement. Sur les sites de rencontre il est acquis que les femmes peuvent, si elles le souhaitent, dissocier sans culpabilité sentiments et activité sexuelle ce qui était l’apanage des hommes. L’adultère décomplexé et discret se veut le meilleur garant de la continuité du couple qu’il s’agit de préserver et non de briser.

D’un autre côté, tandis que les couples se marient de moins en moins et que la fidélité n’est pas un devoir entre personnes pacsées, cet idéal reprend du poil de la bête chez les jeunes alors qu’il était plutôt dévalué dans les années 80. Les couples de concubins ou de pacsés qui se jurent fidélité par un choix purement privé lui accordent une valeur plus contraignante qu’un bon vieux contrat de mariage. L’infidélité n’est plus le premier motif de séparation – ce sont les violences qui ont pris cette place – et elle est de moins en moins sanctionnée judiciairement. La majorité des rencontres se faisant sur le lieu de travail, les femmes ont autant de possibilité que les hommes d’avoir des aventures. C’est dire que le pacte doit être sans cesse renouvelé : émanant de la seule volonté de chacun, il n’est pas interdit de changer d’avis.

On peut être choqué par la marchandisation de l’adultère voire par sa promotion. Mais c’est probablement une erreur d’y voir un délitement de la famille et du couple : paradoxalement, l’adultère égalitaire se veut le garant de la longévité du couple; autre idéal qui n’a pas pris une ride même si ceux qui l’atteignent sont de plus en plus rares tout au moins au premier essai.

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