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Depuis hier, la taxe à 75% sur les « très hauts revenus » appartient au passé...
En effet, comme prévu, deux ans après sa création, cette surtaxe temporaire passe à la trappe, c’est hier que les derniers chèques devaient être envoyés au fisc au titre de ce qui était, je le rappelle, une surtaxe frappant via les employeurs et à hauteur de 75% la part des revenus dépassant le million d’euros. C’est un épisode très spectaculaire du quinquennat de François Hollande qui s’achève, et un épisode à rebondissements puisque, vous vous en souvenez peut-être, le Conseil constitutionnel avait d’abord retoqué la mesure, ce qui avait fort contrarié l’exécutif d’autant que les Sages en avaient profité pour juger qu’une taxation aussi gigantesque était spoliatrice, et à ce titre anticonstitutionnelle, constat d’évidence mais grande première en France.

On ne trouve d’ailleurs là que l’une des nombreuses bizarreries de ce feuilleton singulier, pourquoi diable, en 2012, le candidat Hollande, pourtant réputé être ce qu’il y avait de plus modéré au PS, de plus « deuxième gauche » depuis le retrait de Michel Rocard de la vie politique, pourquoi François Hollande, donc, a-t-il sorti de son chapeau une mesure à ce point typique de l’extrême-gauche et qui ressemblait si peu à cet amateur de motions de synthèses? Et quand je dis : « sorti de son chapeau », ce n’est pas sans raison, Marc - il se trouve que j’ai involontairement été le témoin, au hasard des préparatifs d’un plateau télé, d’une scène extraordinaire, Jérôme Cahuzac, qui était alors le conseiller économique et budgétaire du candidat, venait d’apprendre que son patron avait annoncé la taxe à 75% sur une autre chaîne, il tombait des nues et il était doublement furieux, furieux, d’abord, qu’on ne lui ait rien dit, a lui normalement en charge de ces questions, furieux, ensuite, qu’on dégaine cette mesure qu’il qualifiait lui-même, je l’ai entendu le dire éructant au téléphone - de « pure connerie »… pardon pour ce mot !

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Pour comprendre l’origine de cette idée qui était donc à 100% celle de François Hollande, il faut se remettre dans l’ambiance de l’époque, on est alors à trois ou quatre mois de l’élection présidentielle et, dans les sondages, le candidat socialiste voit monter jour après jour un certain Jean-Luc Mélenchon. Et bien les 75%, c’était l’ arme de Hollande pour ramener à lui les électeurs de gauche tentés par Méluche, et peu lui importaient à ce moment là et Cahuzac, et les principes, c’est aussi cela, la politique…

La « surtaxe millionnaires » a-t-elle du moins permis à Hollande de gagner ?

Pas sûr car, même si on ne le savait pas encore, le soufflé Mélenchon était alors déjà en train de retomber, il n’empêche, les 75% étaient devenus une promesse de campagne, Hollande l’a tenue, hélas… Hélas, pourquoi ? D’abord parce que, si le produit de la surtaxe a été assez faible, 420 millions d’euros sur la période, c'est-à-dire une goutte d’eau dans la mer de nos déficits, du point de vue de l’image de notre pays, en revanche, ce chiffre de 75% a été dévastateur, ce fut un véritable épouvantail vis-à-vis des investisseurs tant il était manifestement déraisonnable – d’ailleurs, Emmanuel Macron lui-même avait déclaré en privé en mai 2012, il n’était pas encore ministre, que cette taxe faisait de la France, (je cite), « Cuba sans le soleil », on se saurait mieux dire.

Mais depuis quelques jours, la presse internationale mentionne comme il se doit la fin de cet impôt…

Oui, mais dans de petits articles qui ne compenseront certainement pas l’effet répulsif de son annonce laquelle, elle, avait fait à plusieurs reprises les Unes de tous les grands journaux internationaux. Cette folie marketing s’est d’ailleurs payée, tous les chasseurs de tête le disent, par le refus de nombreux cadres très qualifiés de venir travailler en France, et aussi par le développement à Londres d’équipes financières qui auraient sinon été basées par leurs employeurs à Paris – tout cela nous ayant à coup sûr coûté bien plus cher que le produit de la taxe. Il y a en fait dans notre politique fiscale un masochisme extraordinaire dont la taxe à 75% n’est que l’illustration la plus remarquable, par exemple, l’impôt sur les sociétés est, en France, officiellement bien plus élevé que dans presque tous les pays comparables, mais toutes sortes d’exemptions et de règles de calcul le réduisent dans les faits pour les grandes entreprises, le problème étant que les investisseurs étrangers ne voient eux, de Toronto ou de Djakarta, que le taux élevé qui les fait fuir, et pas les dérogations qui le rendent moins douloureux…

Mais il y a pire, c’est que cette taxe folle aurait pu rendre des services insignes, et que François Hollande n’en n’a pas du tout tiré tous le bénéfice possible. Imaginez, par exemple, que le pouvoir ait pris en 2012 des mesures drastiques de redressement des finances publiques en relevant la TVA plus que symboliquement, et en taillant dans les dépenses sociales et les aides à nos collectivités locales dont les finances sont à la dérive. Alors, pour faire passer la pilule, la taxe à 75%, aussi obscène soit-elle, aurait eu un vrai sens, politiquement, elle aurait montré que les gros revenus étaient fortement mis à contribution, que tout le monde y passait et que les plus aisés y passaient plus que les autres. Mais non, même pas, en même temps qu’il surtaxait les gros revenus, le président accroissait la dépense publique et annulait la hausse de TVA décidée par son prédécesseur, tout le contraire de la politique courageuse qui seule aurait pu tactiquement justifier la surtaxe à 75%…

Avec cette surtaxe, François Hollande ne s’est donc pas seulement montré un piètre économiste, il s’est aussi révélé un bien médiocre politique, autant dire qu’il était plus que temps, pour son image comme pour celle de la France, que les fameux 75% disparaissent du paysage…