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Toute la planète finance attend avec angoisse la décision ce mercredi, d’une petite femme...

Janet Yellen faisant une déclaration télévisée dans une salle de la bourse de New York
Janet Yellen faisant une déclaration télévisée dans une salle de la bourse de New York
© Radio France - Brendan McDermid

« Une petite femme mais avec un gros QI », c’est ainsi qu’on a parfois surnommé Janet Yellen, car c’est bien d’elle qu’il s’agit, et, de fait banquiers et traders du monde entier retiennent actuellement leur souffle avant le communiqué, publié demain, mercredi, par la patronne de la fameuse « Fed », la banque centrale américaine à la fin de la réunion trimestrielle du Federal Open Market Committee … Du haut de son mètre cinquante-huit, celle qu’on décrit souvent comme la femme la plus puissante du monde fera savoir demain si la Fed envisage de relever les taux d’intérêt américains dès juin prochain, ou au contraire seulement à l’automne. Or, de cette décision dépendent énormément de choses dont l’évolution des marchés boursiers et le cours des devises, bien sûr, mais aussi, moins anecdotique, la croissance et l’emploi des deux côtés de l’Atlantique – on comprend que cela suscite un certain intérêt

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Mais, ces réunions sont trimestrielles, alors qu’est-ce celle-ci a de particulier ?

C’est vrai, la réunion de mercredi est apparemment banale puisque c’est tous les trois mois que la Fed annonce d’éventuelles inflexions à sa politique monétaire, mais il y a au moins deux bonnes raisons pour lesquelles la décision annoncée demain est d’une importance cruciale. D’abord, depuis la crise de 2008, le taux de base américain n’a pas bougé, voilà presque 7 ans que la banque centrale américaine l’a ramené au niveau de 0,25%, c’est à ce prix ultra-compétitif que les banques commerciales se refinancent, ce qui leur permet à leur tour de prêter dans des conditions très attractives aux ménages et aux entreprises américains. Si Janet Yellen devait annoncer demain une prochaine hausse des taux, ce serait donc la fin d’une très longue parenthèse de taux-cadeaux – en période normale, les taux sont plutôt quelque part entre 4 et 6% - ce serait aussi en quelque sorte la fin officielle de la crise aux Etats-Unis, ce n’est pas tout à fait rien…

Une seconde bonne raison de suivre la réunion de demain de près…

Oui, cette raison, c’est le cours du dollar qui ne cesse de grimper, depuis 9 mois, l’euro est ainsi tombé de 1,40 dollar pour un euro à pratiquement 1 pour 1, ce sont là des mouvements comme on en voit vraiment très rarement. Alors il est vrai que tout converge pour que les capitaux filent outre-Atlantique, à commencer par un redémarrage américain spectaculaire face à un enlisement de la zone euro qui donne assez peu envie d’y investir, mais aussi, des taux d’intérêt très peu rémunérateurs en Europe – l’Allemagne emprunte même à taux réel négatif, ce qui est purement délirant - alors que, justement, tout le monde s’attend à une remontée des taux américains qui permettra aux épargnants en dollars de trouver aux Etats-Unis de meilleurs rendements.

Mais alors, où est le problème, les taux américains remontent comme prévu, et le dollar remonte comme prévu…

C’est vrai que c’est un scénario qui était attendu, le problème, c’est le rythme qui est bien plus rapide que prévu – en fait, l’envolée du dollar a beaucoup tardé, après tout, le redémarrage américain, il date déjà de 3 ou 4 ans, mais quand elle s’est déclenchée, elle a pris tout le monde de cours par sa puissance. Alors il y a des acteurs économiques pour lesquels c’est une bénédiction, en particulier chez nous en Europe. Si vous êtes un exportateur français, ou allemand ou espagnol, tout à coup, vous devenez très compétitifs par rapport à vos concurrents, à la fois chez vous où vous reprenez des marchés, aux Etats-Unis où vos pairs locaux sont tout à coup sur la défensive, et sur les marchés tiers où vous pouvez tailler des croupières aux exportateurs yankee. Cerise sur le gâteau, si vous réalisez des profits en zone dollar, ils se trouvent, en plus, gonflés dans vos comptes par l’effet change une fois transcrits en euro – que du bonheur... Mais vu du côté américain, c’est exactement le contraire, la fonte de l’euro commence à handicaper les industriels et l’économie US tout entière. Pendant longtemps, les Américains disaient au monde : « Le dollar, c’est notre monnaie, mais c’est VOTRE problème », et bien là, c’est tout le contraire, comme le relevait il y a quelques jours Paul Krugman, l’euro, c’est notre monnaie, mais c’est en train de devenir… le problème des Américains.

D’où l’importance de la décision de demain !

Exactement ! En temps normal, la décision de Janet Yelen s’imposerait : le taux de chômage américain est retombé aux environs de 5%, la croissance est à peu près de 3%, même si on n’en voit actuellement aucun signe, il est probablement temps de prévenir l’inflation et la surchauffe en remontant les taux d’intérêt. Le problème c’est que tout ce qui risque encore d’affermir le dollar risque maintenant aussi d’interrompre, en tout cas d’affaiblir la reprise américaine, on comprend que la Fed hésite à appuyer sur la gâchette même si, elle l’a dit, c’est simplement une question de temps, un jour ou l’autre il faudra bien que l’Amérique se ré-habitue à un environnement de taux normaux. Alors, Janet Yellen redira-t-elle demain que la Fed est disposée à faire preuve de « patience » - c’est l’expression consacrée depuis quelques mois, et cela signifierait que les taux remonteront en septembre seulement ? Ou bien pointera-t-elle, avec ses collègues, les signes d’embellie persistants sur le font de l’emploi pour justifier une remontée des taux s’amorçant bien plus vite que cela, ce qui doperait encore le dollar ? Et bien il reste un peu plus de 24 heures de suspense, Marc, attendez-vous ensuite sur tous les marchés à une période plutôt agitée…