Deux pyrrhocores, plus communément appelés "gendarmes", en train de s'accoupler
Deux pyrrhocores, plus communément appelés "gendarmes", en train de s'accoupler
Deux pyrrhocores, plus communément appelés "gendarmes", en train de s'accoupler - AfroBrazilian, via Wikipédia
Deux pyrrhocores, plus communément appelés "gendarmes", en train de s'accoupler - AfroBrazilian, via Wikipédia
Deux pyrrhocores, plus communément appelés "gendarmes", en train de s'accoupler - AfroBrazilian, via Wikipédia
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Résumé

Qui n'a pas observé enfant ces petites punaises rouges et noires agglutinées au pied des murs ensoleillés ou des tilleuls ? Saviez-vous que ce qu'on appelle le "gendarme" doit son surnom à la garde du Roi du 17e et 18e siècles dont l'uniforme était d'un rouge écarlate à parements noirs ?

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Stendhal a intitulé son roman le plus célèbre « Le rouge et le noir ». J’ose l’hypothèse qu’Henri Bayle enfant aurait contemplé au sol l’étrange ballet auquel se livrent en plein soleil de petits insectes inoffensifs joliment décorés de rouge et de noir, et qu’on appelle « gendarmes ». Son subconscient en aurait gardé la mémoire et, de là, Julien Sorel, etc. 

Soyons sérieux et observons. S’agitant en amas, parmi les adultes d’un centimètre, des plus petits de forme plus ronde, avec un patron de marques noires sur fond rouge différent. Ce sont leurs petits ! On dirait une grande famille ! Ces animaux sont grégaires, et s’agglutinent au pied de murs ensoleillés, des tilleuls, des roses trémières, des hibiscus. Ils ne se cachent pas, car ils aiment les bains de soleil, d’où le nom de « cherche-midi » qu’on leur attribue parfois ! 

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L’espèce est commune. Il s’agit d’une punaise, Pyrrhocoris apterus, le pyrrhocore en français. Ornés de noir et de rouge vif, les gendarmes se signalent et, question camouflage, c’est raté. Mais c’est une tactique comme le chantait Bourvil. Leurs couleurs sont dites aposématiques : elles ont valeur d’avertissement à l’encontre des prédateurs, les animaux rouges étant identifiés comme âcres ou toxiques. Voilà pourquoi les gendarmes, ne se cachent pas ! 

Ces jolies punaises se nourrissent de petites graines, d’œufs d’insectes, éventuellement d’autres insectes morts. Mais leur plat préféré, ce sont les fruits du tilleul, qu’elles percent de leur rostre suceur. Cette préférence leur est presque exclusive. En effet, les fruits des tilleuls contiennent du farnésol, une substance qui provoque une perturbation hormonale chez les autres insectes. Les gendarmes n’y sont pas sensibles et profitent de ce monopole ! La digestion de la chair des graines est très longue : elle dure trois à quatre jours. Elle s’effectue grâce à une bactérie symbiotique spécifique de leur tube digestif, Coriobacterium glomerans qui neutralise les substances toxiques ingurgitées. 

Temps d'accouplement du gendarme : de douze heures à sept jours

Certains gendarmes se déplacent deux par deux, accolés par leur extrémité postérieure. Les enfants pensent qu’ils dansent ou s’embrassent ! En réalité, ces coquins sont en train de s’accoupler ! Ils restent collés ainsi très longtemps… entre douze heures et sept jours. Oui, quand même ! Mais ils trichent un peu car cette posture prolongée est un moyen de limiter la compétition entre mâles. Sachant que chez les insectes, le lot de sperme légué par un mâle peut en chasser un autre, ici le mâle pratique la politique du « j’y suis, j’y reste ! » et que personne ne vienne mettre ses gènes à la place des miens.  

Mais au fait, pourquoi les appelle-t-on « gendarme » ? Parce que leurs couleurs rouge et noire étaient celles des gendarmes de la garde du Roi du 17e et 18e siècles. Ce corps d’élite était pourvu d’un uniforme rouge écarlate à parements noirs ! Donner le nom d’un corps prestigieux de soldats à des punaises qui ne piquent pas, il fallait oser ! En même temps ils vont deux par deux, ne se cachent pas et ont une tactique. 

Références

L'équipe

Bruno David
Production
Charlotte Roux
Réalisation
Jules Crétois
Collaboration
Guillaume Lecointre
Collaboration