Entraînement d'un novillero (jeune torero qui n'est pas encore matador), dans une arène en Andalousie, en Espagne.
Entraînement d'un novillero (jeune torero qui n'est pas encore matador), dans une arène en Andalousie, en Espagne.
Entraînement d'un novillero (jeune torero qui n'est pas encore matador), dans une arène en Andalousie, en Espagne.  ©Getty - SOPA Images
Entraînement d'un novillero (jeune torero qui n'est pas encore matador), dans une arène en Andalousie, en Espagne. ©Getty - SOPA Images
Entraînement d'un novillero (jeune torero qui n'est pas encore matador), dans une arène en Andalousie, en Espagne. ©Getty - SOPA Images
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Résumé

Même après l’avoir domestiqué, l’Homme a continué à voir dans le taureau un animal sauvage.

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Il gratte le sol avec fureur avant de s’élancer. L’homme se cambre tout en plantant une banderille. Il saigne, mais s’obstine et repart à l’assaut de cette chose rouge. Dans quelques minutes, le sable chaud de l’arène recueillera son dernier soupir sous les vivats de la foule. Triste fin. 

Vous aurez deviné que je vais évoquer le taureau. Dans la nature, le taureau affronte avec violence ses congénères pour conquérir la vache. Sa fougue a fasciné les Hommes et le taureau a été convoqué depuis l’Antiquité lors des jeux du cirque, puis dans les corridas, courses et rodéos un peu partout dans le monde. 

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Le taureau est le mâle de la vache, Bos taurus. Il descend de Bos primigenius domestiqué voici 10 500 ans. Même domestiqué il est à peine assagi. En effet, depuis l’Antiquité, le taureau est réputé « voir rouge ». Il est impulsif, symbole de puissance, de force et de fécondité. Le taureau passe pour sauvage, fougueux, emporté. 

Il est redoutable, mais honoré pour sa force, voire déifié. Les vases grecs témoignent de l’affrontement entre Hercule et le taureau de Crète, ou évoquent le Minotaure, créature fabuleuse qui se repait de chair humaine. 

Descendu de son piédestal antique, sa dépréciation remonte aux premiers siècles de notre ère. La diffusion du culte de Mithra, religion rivale du christianisme naissant, avait réintroduit au cœur de l’empire romain l’ancienne idole du taureau issue des religions de Crète et du Proche-Orient. 

Le taureau et le bœuf

La chrétienté contre-attaqua en faisant du taureau un être diabolique. Dans les bestiaires médiévaux le taureau est un animal infernal à la vigueur sexuelle un peu trop apparente. La preuve, on faisait macérer dans une eau additionnée de miel ses testicules séchés et pilés, pour obtenir une boisson favorisant la vigueur masculine. 

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Plus sérieusement, le taureau s’est immiscé en biochimie en 1827 avec la découverte de la taurine dans sa bile. La taurine est un dérivé d’acide aminé qui contribue à prolonger l’effet d’autres substances. Elle est naturellement synthétisée par notre organisme et elle a fait le succès d’une boisson tonifiante ayant pour emblème un taureau rouge. 

Mais le taureau ne pouvait être complètement éradiqué, parce qu’il était aussi un animal utile, ne serait-ce que comme reproducteur. Alors on distingua de manière plus tranchée la symbolique du taureau de celle du bœuf. Castré et devenu bœuf, il est paré de toutes les vertus : patient, travailleur, obéissant, utile, chaste et vigoureux. Sur les nativités peintes à la fin du Moyen-Âge, le bœuf de la crèche veille et réchauffe le nouveau-né de son souffle. 

Pour finir, est-il vrai que le taureau voit rouge ? La corrida lui impose un face-à-face avec une muleta écarlate. La couleur vive du tissu exciterait l’animal. Il n’est est rien. Comme la plupart des mammifères, et tout particulièrement les ongulés dont les bovins font partie, le taureau distingue mal les couleurs. En revanche, il a une excellente vision des mouvements et le toréador qui agite la muleta le fait voir rouge. Il entre dans ce jeu cruel et fonce.