Le jus des baies a été utilisé pour rehausser la couleur de vins de mauvaise qualité.
Le jus des baies a été utilisé pour rehausser la couleur de vins de mauvaise qualité.
Le jus des baies a été utilisé pour rehausser la couleur de vins de mauvaise qualité.  ©Getty - Pilar Azaña Talán
Le jus des baies a été utilisé pour rehausser la couleur de vins de mauvaise qualité. ©Getty - Pilar Azaña Talán
Le jus des baies a été utilisé pour rehausser la couleur de vins de mauvaise qualité. ©Getty - Pilar Azaña Talán
Publicité
Résumé

Venue des Amériques, elle n’est pas encore présente sur tout le territoire français, mais s'implante vite, profitant paradoxalement des perturbations : grands chantiers et grosses tempêtes.

En savoir plus

« Promenons-nous dans les bois pendant que le Phytolacca n’y est pas… » Je me permets de détourner la comptine enfantine de son loup réglementaire pour une espèce que vous ne connaissez sans doute pas, même si, contrairement au loup, vous l’avez peut-être déjà croisée. 

Phytolacca americana est une grande plante de trois à quatre mètres de haut, venue comme son nom l’indique, des Amériques. Elle se remarque en été le long des chemins forestiers, dans les clairières ou dans les friches et talus par son port altier, ses tiges d’un beau rose tyrien, son feuillage bien vert et ses fleurs blanches qui donnent en fin d’été des grappes de fruits ronds semblables à de grosses myrtilles. Du fait de cette belle allure, elle est parfois utilisée comme une plante ornementale, initialement en Angleterre. 

Publicité

Elle tirerait son nom vernaculaire anglais « pokeweed » du terme indien « pok » qui signifie « sang », en référence à la couleur des tiges et des baies. Quant à ses noms français de raisin des teinturiers, d’herbe à laque ou « phytolaque », ils évoqueraient une laque colorante. Tout cela nous ramène aux baies qui, lorsqu’on les écrase, libèrent un jus très coloré. 

Des propriétés variées

La phytolaque américaine a été introduite dans de nombreuses régions pour des raisons commerciales dès le XVIIe siècle. Ses feuilles sont vaguement comestibles, en particulier lorsqu’elles sont jeunes et cuites successivement dans plusieurs eaux. Le jus des baies a pu servir de teinture violette aux tisserands. Plus intéressant, il était parfois utilisé pour rehausser la couleur de vins de mauvaise qualité. Cela fut le cas au Portugal, en Espagne ou encore en Corse. 

J’espère que les doses utilisées étaient faibles car le jus a des propriétés purgatives et qu’à plus forte dose, la plante est toxique, tout particulièrement sa racine dont la consommation peut être mortelle. Mais, comme souvent, une toxicité cache des propriétés thérapeutiques intéressantes. C’est le cas de notre plante qui recèle une protéine aux propriétés antivirales prometteuses pour traiter, entre autres, le SIDA. 

À réécouter : Du vent dans les akènes

Les oiseaux semblent immunisés contre les toxines présentes dans les baies et ils contribuent grandement à la dispersion de la plante car elle est très prolifique. Mais ce sont surtout les perturbations environnementales comme les chantiers routiers ou les coupes forestières qui, en ouvrant les espaces, favorisent son succès. 

D’une manière similaire, cette plante opportuniste, au fort pouvoir de dispersion, tirerait profit des ouragans fréquents aux États-Unis et des tempêtes qui frappent occasionnellement l’Europe. Non seulement l’ouragan contribue à disperser ses graines, mais il perturbe des zones forestières qui deviennent propices à la Phytolacca

En France, elle n’est pas encore présente partout, mais elle est en expansion. La grande tempête de 1999 a ainsi accéléré son implantation dans les Landes et en Gironde. Une des rares plantes qui apprécie le changement climatique et les épisodes météorologiques extrêmes qu’il induit.