La façade principale de la Sagrada Familia en 2016 ©AFP - YANN GUICHAOUA / ONLY WORLD / ONLY FRANCE
La façade principale de la Sagrada Familia en 2016 ©AFP - YANN GUICHAOUA / ONLY WORLD / ONLY FRANCE
La façade principale de la Sagrada Familia en 2016 ©AFP - YANN GUICHAOUA / ONLY WORLD / ONLY FRANCE
Publicité
Résumé

Le vaste chantier de la dernière cathédrale d'Europe fait encore et toujours débat à Barcelone.

avec :

Frédéric Bonnet (Journaliste au Journal des Arts), Corinne Rondeau (Maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique d'art).

En savoir plus

Un des plus anciens chantiers en Europe, il s’agit de la Sagrada Familia à Barcelone, cette gigantesque cathédrale voulue par l’architecte catalan Antoni Gaudi, commencée en 1882, et toujours entourée de grilles, de bâches et de grues, en plein coeur de la ville. Les travaux durent donc depuis 134 ans - on est encore loin des 182 ans de construction de Notre Dame de Paris - et devraient s’achever selon les dernières prédictions en 2026, soit à l’heure pour fêter le centenaire de la disparition de Gaudi. Personnellement je n’y ai pas mis les pieds depuis une dizaine d’années, donc j’ai regardé où en était la construction, il y a aujourd’hui trois façades qui sont achevées, et huit campaniles - il y en aura à termes dix-huit. Il faut rappeler que lorsque Gaudi est mort en 1926 il n’y avait qu'une façade, la plus connue celle de la Nativité, et une seule tour, tout a été par la suite construit par des architectes et des artistes successifs, notamment Josep Maria Subirachs, dont on considère que son travail est fort éloigné des idées modernistes de Gaudi. Cet automne le conseiller municipal à l’urbanisme Daniel Modol s’était exclamé “on dirait un oeuf de Pâques géant!”, provoquant de sérieux débats à Barcelone, où la Mairie s’était jusque là abstenue de toute intervention et même de toute critique quant à l’avancée des travaux de la Sagrada Familia. Il faut dire qu’une nouvelle maire a été récemment élue, Ada Colau, sous les couleurs du parti de gauche Podemos, et que cette nouvelle équipe entend intervenir dans le chantier. Elle évoque des problèmes urbanistiques: si au début du 20e siècle, le chantier se situait en dehors du centre-ville, il est désormais au coeur de Barcelone, provoquant des problèmes de circulation et des nuisances pour les riverains d’autant plus sérieux que le flux touristique augmente aux abords de la cathédrale devenue emblème de la ville. La Sagrada Familia est gérée par une Fondation totalement en dehors du contrôle administratif de la ville, et donc apparemment sans permis, sans comptes à rendre, financée quasi uniquement par les recettes de la billetterie, un billet vaut en moyenne 20 euros, tout de même. Ce qui se joue là c’est donc un bras de fer bien connu en Espagne entre les autorités et l’Eglise, et ce bras de fer redouble un débat esthétique qui existe à Barcelone depuis bien des années sur ce qu’est aujourd’hui l’édifice: les plans dessinés par Gaudi ont été perdus, restent des croquis qui servent de base mais souvent fort lointaine aux nouveaux ajouts, et beaucoup considèrent qu’on devrait laisser l’édifice tranquille avant qu’il ne soit complètement dénaturé. A cet argument les partisans de la poursuite du chantier oppose celui, historique, d’une tradition qui veut que la construction d’une cathédrale, forcément longue, épouse les évolutions architecturales et accueille des idées nouvelles au fil des décennies.En bref, à qui appartient La Sagrada Familia ?

Références

L'équipe

Lucile Commeaux
Production
Daniel Finot
Réalisation