La Terre promise - JUL et Achdé, Dargaud, 2016
La Terre promise - JUL et Achdé, Dargaud, 2016
La Terre promise - JUL et Achdé, Dargaud, 2016
La Terre promise - JUL et Achdé, Dargaud, 2016
La Terre promise - JUL et Achdé, Dargaud, 2016
Publicité
Résumé

Comment reprendre des héros mythiques en évitant le débat fidélité/trahison?

avec :

Antoine Guillot (journaliste, critique de cinéma et de bandes dessinées, producteur de l'émission "Plan large" sur France Culture), Joseph Ghosn (directeur de la rédaction de Vanity Fair).

En savoir plus

Ces derniers jours a paru un nouvel opus des aventures de Lucky Luke, le cowboy qui tire deux fois plus vite que son ombre. Alors le dessin est signé Achdé, qui est le dessinateur officiel de Lucky Luke depuis une quinzaine d’années, et le scénario pour la première fois signé JUL, l’auteur notamment de Silex and the City. L’album s’appelle La terre promise, et à l’intérieur le héros vacher doit accueillir et accompagner dans le midwest une famille de Juifs ashkénazes qui arrive tout droit d’Europe de l’Est. Une aventure qui donne lieu à de très nombreux sketchs sur la culture juive.

Lucky Luke célèbre cette année ses soixante-dix ans, il a survécu à la disparition de son créateur Morris, à celle de son scénariste René Goscinny. Et ça fait plusieurs années qu’il vivote, notamment sous la plume de Laurent Gerra, dont beaucoup d’afficionados considèrent qu’il est indigne de lui. On attendait donc beaucoup de ce nouvel opus, et de JUL, dont beaucoup considèrent qu’il est plus dans l’esprit de Morris et Goscinny.

Publicité

C’est en effet une caractéristique des héros de bande dessinée, cette capacité à survivre à leur créateur. Parmi les grandes figures qu’on connaît tous seules deux échappent aux reprises, Tintin évidemment, et Gaston Lagaffe, dont les créateurs ont exigé qu’ils seraient enterrés avec eux. Les autres connaissent des fortunes diverses, on pense à Corto Maltese ou à Boule et Bill. Un cas d’école est sans doute Black et Mortimer: deux héros qui étaient complètement tombés dans l’oubli, dans les années quatre-vingt dix c’était fort compliqué de trouver un tome de leurs aventures en librairie, aujourd’hui chaque nouvel opus est tiré à 400 000 exemplaires. Cette bonne fortune est surtout celle de son éditeur Dargaud, ce phénomène de survie des héros de bande dessinée est surtout le signe du pouvoir des maisons d’édition: elles se retrouvent à l’initiative de la création autant finalement que les auteurs, qui eux se retrouvent un peu dans une posture de mercenaire. Toute nouvelle aventure d’Astérix par exemple - la dernière Astérix chez les Pictes a paru en 2013 - est un énorme coup commercial, quelque soit sa valeur. Parlons-en quand même de cette valeur: chaque sortie d’un nouvel opus de ce type est extrêmement commenté par la critique, et la question c’est systématiquement: est-il fidèle à son créateur, en est-il digne? Comment le héros en question évolue-t-il? C’est sans surprise à nouveau le cas de ce nouveau Lucky Luke, une réaction d’ailleurs largement encouragée par JUL lui-même, qui revendique ouvertement l’héritage de Goscinny. L’accueil de la presse est d’ailleurs assez bon dans l’ensemble, Libération toutefois émet quelques réserves sur le côté succession de blagues qui va à l’encontre de l’esprit originel d’aventure. La question que je voulais poser est donc la suivante: cette survivance des héros de bande-dessinée nous condamne-t-elle à poser éternellement cette question de la fidélité?

Références

L'équipe

Lucile Commeaux
Production
Daniel Finot
Réalisation