Krystian Kupa au théâtre de la Coline en novembre 2016 ©AFP - LOIC VENANCE / AFP
Krystian Kupa au théâtre de la Coline en novembre 2016 ©AFP - LOIC VENANCE / AFP
Krystian Kupa au théâtre de la Coline en novembre 2016 ©AFP - LOIC VENANCE / AFP
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Résumé

Il y a quelques jours, et au terme d'un processus opaque et largement manié par les autorités locales, a été nommé à la tête du théâtre Polski de Wroclaw Cesary Morawsky. Le metteur en scène Krystian Lupa est à la tête de la contestation, mais pour le moment le gouvernement fait la sourde oreille.

avec :

Fabienne Pascaud (Directrice de la rédaction de Télérama), Anna Sigalevitch (Journaliste et auteure).

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Une fois n’est pas coutume, on ne parlera pas en cette rentrée théâtrale de nomination dans les grandes scènes françaises, du moins pas encore, mais de la nomination à la tête d’une scène polonaise en l’occurrence celle de Wroclaw. Wroclaw, la ville aux 12 ponts ou la Venise polonaise pour les clichés, qui disent la richesse de la ville, richesse architecturale et culturelle, la ville a été nommée capitale européenne de la culture cette année. Une ville très étudiante, qui abrite un grand musée d’art contemporain, et un théâtre, un théâtre qui est à la pointe de la création depuis des dizaines d’années.

Enfin qui était. Le 30 août dernier, a été nommé à la tête du théâtre Polski un certain Cezary Morawski, dont la nomination fait débat depuis des semaines. Il faut dire que cette nomination fait suite au limogeage du précédent directeur du théâtre de Wroclaw, Krzysztof Mieszkowski, qui a payé cher son engagement croissant dans l’opposition au gouvernement conservateur, et subi la dérive autoritaire d’un gouvernement qui inquiète ces derniers mois les élites culturelles et pro-européennes dont il s’était fait le porte-voix.

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Alors qui est donc Cezary Morawski, nouveau directeur d’un des théâtres les plus novateurs d’Europe? La plupart des polonais le connaissent pour un rôle dans une série télévisée, mais surtout parce qu’il a incarné dans un film de 1981 la personnalité sans doute la plus populaire et surtout la plus revendiquée par le parti nationaliste au pouvoir à savoir, Jean-Paul II, enfant du pays s’il en est. Morawski n’est cependant pas complètement étranger au milieu, puisqu’il a été trésorier pendant un temps de l’Union des artistes des scènes polonaises, à noter quand même qu’il a été condamné pour sa gestion calamiteuse des finances.

Bref. Krystian Lupa, metteur en scène polonais dont on a pu voir un spectacle à Avignon et qui est l’invité du festival d’automne à Paris, est aux abois, il est l’un des leaders de la contestation, au nom d’une certaine idée du théâtre mais aussi de l’Europe dans un temps de crispation des identités qui n’épargnent pas la culture. En fait si on examine le processus de plus près, cette nomination n’est pas vraiment le fait de Varsovie mais d’une décision locale, auquel ses opposants reprochent son opacité. Krystian Lupa, qui faisait partie de la commission dénonce des irrégularités dans le processus - la décision aurait été prise à l'avance, et les discussions une mascarade.

Ces protestations n’ont pas abouti, Krystian Lupa a finalement décidé d’annuler la première du spectacle qu’il devait créer en octobre au théâtre Polski, après six semaines de répétitions, et qui était - ironie du sort - une adaptation du Procès de Kafka. Krystian Lupa est aujourd’hui faut-il le rappeler un metteur en scène "star”, ses spectacles tournent partout, en ce moment à Barcelone ou au Japon. Si le théâtre Polski perd Lupa, on peut imaginer quel sera le désastre: alors fallait-il quitter la scène dans ces conditions, ou rester sur place et résister?

Références

L'équipe

Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Production
Daniel Finot
Réalisation