Dans une librairie à Rome
Dans une librairie à Rome
Dans une librairie à Rome  ©AFP - GABRIEL BOUYS / AFP
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Dans une librairie à Rome ©AFP - GABRIEL BOUYS / AFP
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Résumé

L'affaire "Elena Ferrante", dont un journaliste italien croit avoir découvert l'identité, a réactivé les débats sur la question de l'anonymat en littérature.

avec :

Philippe Chevilley (Chef du service culture des Echos), Daniel Martin.

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Dimanche dernier, un journaliste italien nommé Claudio Gatti révèle pouvoir donner des éléments sur l’identité d’Elena Ferrante. Elena Ferrante est une écrivaine italienne qui a publié huit romans depuis 1992, dont une série sur une famille napolitaine qui a connu un immense succès, et a été traduite dans près de trente langues. Elena Ferrante est un pseudonyme, seul son éditeur italien, les “Edizioni E/O” connaissent sa véritable identité. Identité qui est l’objet de rumeurs et de coups journalistiques depuis déjà quelques années. Claudio Gatti lui, s’appuie principalement sur des paiements effectués aux dates de parution et sur l’achat d’un appartement luxueux à Rome pour pointer du doigt le couple Starnone-Raja, Domenico Starnone étant romancier, et Anita Raja traductrice.

Alors toute la presse estime de manière générale que cette révélation est inutile sinon scélérate, pourtant, remarquons que tous les quotidiens français quasiment s’en sont fait l’écho, et encore plus les journaux anglo-saxons - Elena Ferrante connaît de grands succès en Angleterre ou aux Etats-Unis - ce qui ne fait qu’amplifier ce “beaucoup de bruit pour rien”, et surtout assurer la circulation de ladite information…

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Ce qui m’intéresse davantage, c’est la question que cela pose sur notre manière de lire. L’auteur du pseudo scoop Claudio Gatti prétend que ses recherches donnent une “meilleure compréhension des romans d’Elena Ferrante”. Le site spécialisé “Actualitté” qui publie force articles sur le monde de l’édition et de la littérature en général a réagi avec un papier intitulé “la véritable identité d’Elena Ferrante… les lecteurs s’en moquent en réalité”. De fait l’article ne relaie pas de réactions de lecteurs, et n’explique pas pourquoi les lecteurs s’en fichent. Il relaie cependant une déclaration de l’écrivain Erri de Luca que je cite: “Mais qui peut bien être intéressé à savoir qui est véritablement Elena Ferrante? Pour les lecteurs, pour moi, en tant que lecteur, l’identité d’un auteur n’a pas d’incidence sur l’oeuvre”. Mais est-ce vraiment vrai? Est-ce qu’on lit vraiment un roman de la même manière lorsqu’on connaît l’identité de l’auteur, lorsque c’est par exemple le nom d’une femme qui est écrit sur la couverture, le nom d’un homme, un nom à consonance étrangère etc. Même la consonance d’un nom oriente la lecture, c’est une première entrée, au même titre que la couleur ou la matière du livre ouvert. N’est pas une illusion que de croire que l’auteur n’importe pas? De ce point de vue l’anonymat est un choix profondément littéraire, il oriente la lecture, la fondant sur un mystère initial qui induit d’emblée un rapport de séduction. Alors vous: lirez-vous Elena Ferrante différemment?

Références

L'équipe

Lucile Commeaux
Production
Daniel Finot
Réalisation