Claude Régy en 2015
Claude Régy en 2015
Claude Régy en 2015 ©AFP - JOEL SAGET / AFP
Claude Régy en 2015 ©AFP - JOEL SAGET / AFP
Claude Régy en 2015 ©AFP - JOEL SAGET / AFP
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Résumé

Lorsqu'on va voir un spectacle de Claude Régy, on nous demande le silence complet bien avant que le spectacle ne commence. Qu'est-ce que ça dit de notre rapport au lieu théâtre et aux rituels qu'il impose?

avec :

Philippe Chevilley (Chef du service culture des Echos), René Solis (Journaliste à délibéré.fr).

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Quand on entre dans la salle pour assister à un spectacle de Claude Régy, on nous demande de faire silence. Lorsque j’avais vu son précédent spectacle “Intérieur” d’après Maeterlinck, c’était à la Maison du Japon, on nous avait fait attendre un temps qui m’avait paru fort long devant la salle, rangés contre le mur, comme des enfants qui s’apprêtent à entrer en classe, et on nous avait demandé de faire silence bien avant de même pénétrer dans la salle. Cette fois-ci à Nanterre Amandiers, la tactique des ouvreurs était différente: au moment d’entrer l’ouvreuse nous glisse: “le spectacle ne commencera pas tant que le silence ne sera pas complet”: autre forme, même effet, on n’est pas très loin de la consigne scolaire, mais version chantage… De fait tout le monde fait silence, et le public reste tranquille dans une pénombre quasi complète, jusqu’à ce que tous les spectateurs soient installés et que le spectacle commence. A ma connaissance Claude Régy est le seul metteur en scène qui exige une telle ascèse de son public. Cette entrée bouleverse profondément le rapport à l’oeuvre à laquelle on va assister, puisque le spectacle s’apparente alors à une sorte de cérémonie. Il y a un temps de dépouillement nécessaire avant le spectacle, qui procure une solennité rare à la salle, et instaure un rapport entre salle et scène particulier, du domaine du respect. Ça bouleverse également le statut même de la sortie théâtrale, et du lieu théâtre. Le théâtre est historiquement un lieu de sociabilité voire de mondanité, il suffit de lire des compte-rendus de spectacles ou des romans du 19ème siècle pour que le cliché éclate: le spectacle est aussi dans la salle. L’entrée au théâtre est un moment privilégié pour s’observer, se parler, intriguer, parler de la pièce à venir ou de tout autre chose, de ses voisins, de ceux qui ne sont pas venus. Les théâtres contemporains ont d’ailleurs intégré cette dimension à leur architecture. Au théâtre des Amandiers par exemple on peut boire un coup, manger un morceau avant d’entrer au spectacle, le restaurant est toujours plein et le hall plein de bruits. De nombreux metteurs en scène exploitent cette dimension profondément festive et bruyante de l’entrée en salle, que l’on pense à Vincent Macaigne, dont la musique du dernier spectacle se déversait jusque sur le trottoir, et si je me souviens bien, les comédiens venaient à la rencontre des spectateurs pour les inviter à entrer dans ce qui s’apparentait à une sorte de boîte de nuit où on dansait, parlait, restait longtemps debout. Tout l’inverse du dépouillement et de l’ascèse des spectacles de Claude Régy. Alors: dans quel état faut-il être pour entrer au spectacle?

Références

L'équipe

Lucile Commeaux
Production
Daniel Finot
Réalisation