La fresque anonyme Avenue du Parc à Saint Gilles le 22 septembre 2016
La fresque anonyme Avenue du Parc à Saint Gilles le 22 septembre 2016 ©AFP - ERIC LALMAND / BELGA MAG / BELGA
La fresque anonyme Avenue du Parc à Saint Gilles le 22 septembre 2016 ©AFP - ERIC LALMAND / BELGA MAG / BELGA
La fresque anonyme Avenue du Parc à Saint Gilles le 22 septembre 2016 ©AFP - ERIC LALMAND / BELGA MAG / BELGA
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Ces derniers mois de grands dessins érotiques apparaissent sur les murs de Bruxelles, et avec eux, les débats sur l'art de rue.

Avec
  • Yasmine Youssi Journaliste à Télérama
  • Anaël Pigeat Editor-at-large du mensuel The Art Newspaper édition française, critique d’art et journaliste à Paris Match, productrice de documentaires sur France-Culture, ancienne critique à La Dispute sur France Culture

Il y a une dizaine de jours, à Bruxelles, est apparu sur un mur une fresque d’environ cinq mètres sur deux, en hauteur, représentant un grand sexe masculin au repos, dans des tons gris rose sur fond noir. On ne peut vraiment pas la manquer, elle occupe un pan de mur entier dans le quartier très fréquenté de la Barrière Saint Gilles. Le dessin est réaliste, le trait fin, le dessin aurait été réalisé en une seule nuit, et n’a pas été revendiqué. Ce n’est pas la première fresque de ce type qui est apparue ces derniers mois dans la capitale belge, on peut toujours voir place Stéphanie une scène de masturbation féminine, et une scène de pénétration rue des Poissonniers, deux fresques qui sont appelées à rester.

La fresque rue des Poissonniers à Bruxelles le 22 septembre 2016
La fresque rue des Poissonniers à Bruxelles le 22 septembre 2016
© AFP - ERIC LALMAND / BELGA MAG / BELGA

Mais le pénis n’aura pas cette chance. Il va bel et bien disparaître, à l’initiative du collège communal de Saint Gilles, qui a statué après quelques jours de débats, et a décidé que la fresque devrait disparaître dans les semaines à venir. Ce contre l’avis de la municipalité de Bruxelles, et du gouvernement belge, qui ont déclaré que la fresque était une oeuvre d’art, et en tant que telle devait être respectée. Une pétition recueillant près de 2700 signatures réclame la sauvegarde du phallus géant de Saint Gilles. La ville de Bruxelles, qui par ailleurs fait nettoyer tous les jours des dizaines de dessins et de graffitis, avait ainsi décidé de sauver le dessin rue des Poissonniers au titre qu’elle se situe en hauteur, et que donc c’est une “fresque”, et non pas un graffiti. Étrange distinction, qui laisse entendre que le choix de conserver ou non une oeuvre illégalement peinte dans l’espace public dépend de la hauteur de sa réalisation. L’affaire du pénis de Bruxelles pose la question du street art - l'art de rue, et de son encadrement. Comme dans la plupart des villes européennes, il est interdit, mais en fait chaque cas donne lieu à des débats et des issues différentes. Par ailleurs de plus en plus de lieux sont dédiés, on pourrait dire cédés au street art, les artistes sont alors conviés à venir exprimer leurs talents légitimes sur des façades plus ou moins faites pour eux. Le collège Saint Gilles a d’ailleurs l’intention de réserver le pan de mur une fois nettoyé à un ou plusieurs street artists, en accord avec les propriétaires et les riverains Ce qui d’ailleurs pose question sur la démarche même de cet art dont l’éventuel intérêt repose sur son caractère buissonnier. La question de savoir si l’oeuvre a le droit de cité est totalement liée à la valeur artistique de l’oeuvre en question. Il est intéressant d’entendre que dans les micro-trottoirs réalisés à Saint Gilles par des journalistes, les passants ne se posaient absolument pas la question de la légalité ou même de la légitimité du dessin mais: est-ce qu’un sexe masculin au repos, représenté ainsi de manière ultra réaliste, c’est beau ou c’est pas beau?

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