Dans les rave parties comme à Ibiza ou en Afrique subsaharienne, les musiques dance et électroniques ont essaimé partout depuis leur émergence dans les années 1970. Bien plus que des motifs répétitifs, elle portent des revendications politiques, minoritaires, et des imaginaires fertiles.
- Vincent Chanson, docteur en philosophie, éditeur et critique musical, a dirigé l'ouvrage collectif "Technos & co. Chroniques de la culture dance électronique" (éd. Amsterdam, 2025).
Techno, house, rave... les musiques électroniques se sont imposées sur les dancefloors de Berlin à Shangaï en passant par les États Unis. Elles sont aujourd’hui des incontournables de la culture contemporaine. Pourtant, elles restent souvent méprisées, réduites à leur versant commercial et privées de l’imaginaire, de l’esthétique et des revendications politiques qu’elles véhiculent. Nous abordons la pensée critique des musiques électroniques, avec Vincent Chanson, docteur en philosophie, éditeur et critique musical. Il a récemment dirigé l'ouvrage collectif Technos & co. Chroniques de la culture dance électronique (éd. Amsterdam, 2025) qui tente de cartographier la culture dance.
Qu'est-ce que la culture dance et depuis quand existe-t-elle ? "On pourrait remonter aux années 1970, avec la ville de New York, le disco, et l'invention du clubbing moderne, avec David Mancuso et le Loft comme figures fondatrices. Parallèlement, un mouvement s'initie en Allemagne avec Kraftwerk. Au même moment, s'invente ce qu'on pourrait qualifier de pop électronique." Le mouvement continue ensuite de prendre de l'ampleur dans les années 1980 "avec trois villes : Chicago et la house, Detroit et la techno, New York et le garage, qui vont permettre de formaliser cette culture dance, électronique, et ce genre".
La culture dance explose ensuite auprès du grand public "en Europe avec l'Angleterre et les raves à la fin des années 80, mais aussi dans l'Europe du Nord, la Belgique, les Pays-Bas et évidemment l'Allemagne réunifiée avec la ville de Berlin comme capitale de la techno minimale." Aujourd'hui, la scène électronique se déploie sur une multitude de courants et de sous-courants. "Je pense que son centre de gravité n'est plus réellement l'Europe ou les États-Unis, mais plutôt le Sud global : l'Afrique subsaharienne, l'Afrique du Sud, l'Asie ou l'Amérique latine sont aujourd'hui des lieux majeurs de déploiement de cette culture dance."
À écouter
Ce mouvement compte de nombreuses ramifications qui existent depuis des décennies. Est-ce que celui-ci reste malgré tout impensé ? "C'est précisément cette perspective-là qu'on voulait aborder avec les auteurices du livre. Avec la volonté de tordre le cou à certains clichés sur la techno, qui serait une musique sans âme, purement abrutissante, soumise aux impératifs du fonctionnalisme dancefloor. Depuis son origine, elle est porteuse de phénomènes sociaux et politiques. C'est par exemple une puissance d'évocation fictionnelle ou imaginaire."
Quand on pense aux dancefloors, il y a toujours ce paradoxe apparent : à la fois un lieu marchandisé, récupéré par les grandes industries musicales, en même temps des lieux de revendications politiques. Est-ce que les deux cohabitent encore aujourd'hui ? "C'est vraiment le double axe qu'on a voulu investir. D'un côté, évidemment il y a le dancefloor, la dance, comme captés par les industries culturelles, par l'industrie de la nuit." Vincent Chanson prend l'exemple de ce qui est décrit dans le texte 'Techno-Gentrification' dans le livre, "qui interroge la manière dont la culture dance participe à la spatialisation du capital."
En parallèle et depuis ses origines, cette culture a toujours été porteuse de revendications communautaires. "C'est une musique qui à l'origine a été portée par les communautés queer, racisées, nord-américaines notamment, et qui avaient une manière de se constituer comme collectifs, comme subjectivités collectives, via une musique et une culture ou une subculture." La culture dance se retrouve donc sous forme marchandisée à Ibiza ou Las Vegas, mais continue de porter une "dimension utopique et émancipatrice."
Brèves du jour
- Le prix Birgit- Nilsson a été décerné au Festival d'Aix-en-Provence. Le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence est récompensé par la fondation suédoise pour "honorer sa réussite artistique exceptionnelle et sa volonté d’élaborer et de commander de nouvelles productions d’opéra." Le festival aixois devient ainsi la première institution culturelle à obtenir cette distinction que reçoivent habituellement des artistes de musique classique. Il va donc recevoir la somme de 1 million de dollars. La présidente du prix a par ailleurs rendu hommage à Pierre Audi, président du festival décédé subitement il y a peu. C’est Bernard Foccroulle, ancien directeur du Festival, qui accompagnera la 77e édition, qui démarre le 4 juillet prochain.
- L’édition victime d’une vague d’arrestations en Russie. L’Association internationale des éditeurs alerte sur l'arrestation récente de plus d’une dizaine de professionnels du livres. Parmi eux, trois ont été inculpés pour “participation aux activités d’une organisation extrémiste”. Cette vague de répression vise des livres accusés de faire de la “propagande LGBT”. La présidente de l’Association internationale des éditeurs a déclaré que “L’évolution des lois LGBT en Russie, constitue clairement une limitation de la liberté de publier”, ajoutant que “Les éditeurs doivent être attentifs à l’apparition de lois similaires dans leurs propres pays et y résister activement”.
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