De quoi la dette est-elle le nom ?
De quoi la dette est-elle le nom ? ©Getty - erhui1979
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Pourquoi la dette est-elle irréductible à sa seule acception financière ? Comment le polymorphisme de la dette modifie-t-il notre vision de la société ?

La dette est omniprésente dans les débats économiques mais cette dette qu’elle soit publique ou privée est toujours appréhendée dans sa dimension financière ce qui, implicitement, met l’accent sur l’obligation de la rembourser.
Cette conception restreinte de la dette traduit une vision de la société comme exclusivement constituée de rapport d’échanges et de marché. Or, la société n’est pas que cela et la dette non plus. La dette est polymorphe. Le reconnaître modifie notre vision de la société. 

"La dette structure les relations entre les êtres humains vivant en société"

David Graeber, anthropologue lumineux et trop précocement disparu en 2020, dans son ouvrage Dette, 5000 ans d’histoire (2011) illustre de manière foisonnante comment la dette structure les relations entre les êtres humains vivant en société. Selon David Graeber, une dette n’est rien d’autre qu’une promesse, une obligation morale faite entre deux personnes en lien l’une avec l’autre. C’est donc une relation sociale avant d'être un concept économique et financier.

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Les dettes marchandes et non marchandes

La dette peut être monétaire ou non monétaire, elle peut être individuelle ou collective. Ces acceptions sont multiples : dette de vie envers ses parents, dette historique vis-à-vis des peuples colonisés, dette écologique face aux générations futures, dette fiscale, dette d’honneur, dette financière…. Les dettes des uns sont les créances des autres et l’entrelacs de ces dettes multiples fait société. Il y a donc finalement deux sortes de dettes : marchandes et non marchandes.

Les dettes non marchandes recouvrent des obligations morales vis-à-vis de nos proches, de notre communauté, des générations futures ou de la préservation de la nature. Elles reposent sur la confiance et sur un sentiment d’appartenance. L’expression “être en dette” s’y réfère.
Les dettes marchandes quant à elles sont quantifiables, exprimées en monnaie et exigibles par des mécanismes qui peuvent être impersonnels. Elles sont transférables et l’identité du créancier n’a pas vraiment d’importance. L’expression “avoir une dette” s’y réfère. L’une des thèses centrales de David Graeber est que la dette, au sens de dette financière et quantifiable, est une construction sociale qui renvoie à l’inégalité entre les débiteurs et les créanciers car s’ils étaient égaux, s'ils se respectaient, lorsque la situation d’une des parties change, cela les amènerait à renégocier. Mais, dès que l'on considère le débiteur comme un inférieur, la dette devient une chose sacrée qui en toute circonstance doit être remboursée. (...) 

La chronique est à écouter dans son intégralité en cliquant sur le haut de la page. Histoire, économie, sciences, philosophie, histoire de l'art… Écoutez et abonnez-vous à la collection de podcasts "Le Pourquoi du comment" ; les meilleurs experts répondent à toutes les questions que vous n'osez poser.

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