Employés d'une usine de noix de cajou à l'heure de leur pause
Employés d'une usine de noix de cajou à l'heure de leur pause
Employés d'une usine de noix de cajou à l'heure de leur pause ©Getty - The Good Brigade
Employés d'une usine de noix de cajou à l'heure de leur pause ©Getty - The Good Brigade
Employés d'une usine de noix de cajou à l'heure de leur pause ©Getty - The Good Brigade
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Résumé

La non qualification progresse dans l’emploi, mais elle s’est largement recomposée, et la figure dominante de la non qualification aujourd’hui serait plutôt une femme.

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Pendant longtemps les emplois peu ou pas qualifiés étaient conjugués au masculin. Durant les années 1950-1980, ces emplois étaient majoritairement occupés par des ouvriers, des cols bleus qui travaillaient plutôt à temps complet et plutôt dans une grande entreprise industrielle. Ces ouvriers pouvaient compter sur des "marchés internes", c’est-à-dire sur une progression de carrière en entreprise, même si elle était parfois lente. Par ailleurs, ces cols bleus étaient plutôt rassemblés en collectifs, protégés par des syndicats qui défendaient leurs intérêts de classe. Les exemples paradigmatiques de cette organisation du travail sont légions, qu’on songe aux ouvriers en chaîne de la grande entreprise automobile, ou encore aux ouvriers de la métallurgie.

"Les ouvriers non qualifiés sont passés de 14% de l’emploi total à seulement 7% aujourd’hui. Est-ce à dire que les emplois non qualifiés ont presque disparu en France ?"

Depuis plusieurs décennies, on assiste à une très grande mutation de ces emplois. D’abord, les ouvriers sont passé de 30% de l’emploi total en 1982 à 20% en 2020. Cela signifie aussi une perte de 1,6 millions d’ouvriers en 2020, par rapport à 1982. Les ouvriers non qualifiés sont passés de 14% de l’emploi total à seulement 7% aujourd’hui. Est-ce à dire que les emplois non qualifiés ont presque disparu en France ? Non. Car sur cette même période, la non qualification s’est profondément recomposée du fait de la tertiarisation des économies. Ainsi, s’il y a 1,6 millions d’ouvriers en moins, il y a aussi 1,5 millions d’employés en plus en 2020, par rapport à 1982, selon l’Insee. Et les employés non qualifiés qui ne représentaient que 10% de l’emploi total en 1982 en représentent aujourd’hui 13%.

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Au total donc, la non qualification progresse dans l’emploi, mais elle s’est largement recomposée. La figure dominante de la non qualification aujourd’hui est plutôt une femme, travaillant à temps partiel, dans une organisation de service (hôtellerie, restaurant, aide ou service à domicile, ou encore entreprise de livraison). Les conditions de travail de ces employés non qualifiés sont bien singulières. Il est souvent attendu d’eux ou plutôt d’elles une grande disponibilité : elles sont souvent présentes tôt le matin et tard le soir selon les besoins des clients ou des usagers (dans les hôpitaux, dans le commerce, l’hôtellerie, ou encore la livraison). Les recherches montrent même que ces employées ont parfois le sentiment de "donner leur vie à leur travail" bien qu’étant souvent contractuellement à temps partiel - une recomposition de la non qualification réinterroge le concept même de "non qualification". (...)

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