De la diversité du métissage
De la diversité du métissage ©Getty - Jasmin Merdan
De la diversité du métissage ©Getty - Jasmin Merdan
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Quand, l’idée s'imposa que les enfants métis de père inconnu devaient être considérés comme français, s'ils pouvaient prouver leur appartenance à la "race française"

Pendant la colonisation, les relations entre colons français et femmes indigènes ont donné naissance à des dizaines de milliers d’enfants. Ceux qui n'ont pas été reconnus, puis qui ont été abandonnés par leur père, furent considérés comme des enfants illégitimes et perçus comme un danger parce que leur existence brouillait la frontière entre les "citoyens" et les "sujets", frontière qui était au fondement de l’ordre colonial. Néanmoins, ils furent traités de façon très variable dans les différentes colonies françaises. Invisible en Algérie, la "question métisse" suscita de nombreux commentaires à Madagascar, en Afrique sub-saharienne et en Nouvelle-Calédonie. Mais c'est en Indochine qu'elle fut placée au centre des préoccupations du pouvoir colonial.

Le "problème métis"

Avant la guerre de 14-18, les enfants métis faisaient déjà l'objet de nombreuses interrogations, mais celle-ci alimentaient alors ce qu'on appelait un "problème social et moral". Alors que jusque là, la question de l'identité civile des métis dans l'empire colonial n'avait pas vraiment préoccupé les juristes français, les polémiques suscitées par ce qu'on appelait alors les "reconnaissances frauduleuses" changèrent la donne au cours des années 1920. Dans toutes les thèses et travaux concernant le droit indigène, ou la nationalité dans les colonies, la discussion sur le "problème métis" devint un passage obligé.

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Le Code civil avait établi que c'est le père qui transmet la nationalité et la citoyenneté française à ses enfants. Voilà pourquoi les enfants nés d'une mère indigène et d'un père inconnu étaient exclus de la communauté française. Pour contourner cette disposition du droit colonial, un grand nombre de citoyens français affirmaient être le père de tel ou tel enfant métis, même quand ce n'était pas vrai, ce qui permettait à ce dernier d'être légalement français. Ces "reconnaissances frauduleuses" de paternité furent dénoncées par l'administration coloniale comme une atteinte à la souveraineté de l'Etat, car il était inadmissible que l'accès à la citoyenneté repose sur de fausses déclarations (...)

Bibliographie :

**Emmanuelle Saada, Les enfants de la colonie. Les métis de l'Empire français entre sujétion et citoyenneté, Paris, La Découverte, 2007.

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