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Start ©Getty - Sarayut Thaneerat
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Quoi de plus merveilleux, quoi de plus important qu'un commencement, le sentiment que quelque chose arrive qui n'existait pas jusque-là ?

Quoi de plus singulier que ce sentiment que quelque chose de nouveau, qui n'existait pas jusque-là, arrive de manière définitive et indubitable dans le réel ? C'est le début du printemps produisant sans cesse une exclamation d'émerveillement chez quelqu'un comme Vladimir Jankelevitch, ou le début d'un amour, une naissance ou une libération… Les commencements, c'est ce qui nous prouve la réalité, non pas des choses en général, mais de certaines choses singulières (qu'on a toujours tendance à mettre en doute), non pas la réalité de la vie en général, mais la réalité des vies dans leur singularité.

S'il n'y a pas de commencement, alors tout disparaît dans un monde indifférencié, sans cet avant et cet après qui, en réalité, change tout. C'est ce qui fait cet émerveillement du commencement même le plus petit - jusqu'à une chronique de philosophie qui doit bien commencer par son commencement - mais avec la philosophie, survient le doute, la question, l'interrogation sur le commencement.  

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Est-il vrai finalement que quelque chose de nouveau peut apparaître dans le monde, qu'il peut y avoir le commencement de quelque chose qui n'était pas là ?

Non. Les philosophes comme L'Ecclésiaste nous disent " rien de nouveau sous le soleil : ce que vous prenez pour du nouveau est de l'ancien qui se répète ". Ce sont des forces anonymes qui agissent en vous, comme le vouloir vivre ou la vie en général, selon Schopenhauer. Il y a une réalité indubitable du commencement, et qu'est-ce qui va nous la prouver ? C'est peut-être quelque chose de très paradoxal, quelque chose qu'on n'a presque jamais pris comme l'épreuve, la preuve, le critère de la réalité des commencements dans notre vie : cette preuve qu'il n'y a pas que des choses joyeuses qui commencent, mais aussi des choses terribles, redoutables, qui prouvent, elles aussi, la réalité des commencements. Il n'y a pas que les amours, il y a aussi les deuils qui vont changer notre vie pour toujours  - et même la mort du philosophe, Jean-Luc Nancy, tout récemment fin août 2021 ; les commencements des dictatures, des guerres sont tout aussi réels et inoubliables que ceux des révolutions ou des murs qui tombent… Le commencement n'est jamais un événement extérieur ni même une rencontre, c'est toujours une action, un acte : l'acte de s'engager.