Albert Einstein et Leo Szilard écrivent une lettre au président Franklin Roosevelt le 2 août 1939, l'avertissant des dangers posés par l'énergie nucléaire.
Albert Einstein et Leo Szilard écrivent une lettre au président Franklin Roosevelt le 2 août 1939, l'avertissant des dangers posés par l'énergie nucléaire. ©Getty - Universal History Archive
Albert Einstein et Leo Szilard écrivent une lettre au président Franklin Roosevelt le 2 août 1939, l'avertissant des dangers posés par l'énergie nucléaire. ©Getty - Universal History Archive
Albert Einstein et Leo Szilard écrivent une lettre au président Franklin Roosevelt le 2 août 1939, l'avertissant des dangers posés par l'énergie nucléaire. ©Getty - Universal History Archive
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Quelle a été l'influence du travail d'Einstein sur les connaissances concernant l'arme atomique ?

En juillet 1939, sachant Hitler capable de tout – surtout du pire –, Einstein voulut alerter le président des États-Unis du cataclysme que la fission de l’uranium et la réaction en chaîne pourraient causer. L’informer, aussi, sur les progrès des physiciens allemands dans le domaine de la physique nucléaire. C’est ainsi que le 2 août 1939 il signait une lettre rédigée par Leo Szilard et Eugene Wigner, à l’attention du président Franklin Roosevelt. Elle dit entre autres choses ceci :

"Il est devenu possible d’envisager une réaction nucléaire en chaîne dans une grande quantité d’uranium, laquelle permettrait de générer beaucoup d’énergie. Aujourd’hui, il est pratiquement certain que cela peut être obtenu dans un futur proche. Ce fait nouveau pourrait aussi conduire à la réalisation de bombes, et l’on peut concevoir – même si ici il y a moins de certitudes – que des bombes d’un genre nouveau et d’une extrême puissance pourraient être construites. Une seule bombe de ce type, transportée par un navire et explosant dans un port pourrait en détruire toutes les installations ainsi qu’une partie du territoire environnant."

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L'enclenchement du "projet Manhattan"

On connaît la suite de l’histoire : cette lettre contribua à la décision d’enclencher deux ans plus tard ce qui deviendrait le projet Manhattan. Ironie du sort, Einstein, en la signant, n’avait en tête que de parer à l’utilisation de la bombe atomique par les Allemands, au cas où ceux-ci parviendraient à la fabriquer. Le 6 août 1945, apprenant par la radio le largage de Little Boy sur Hiroshima, il ne put articuler que ces mots : "Pauvre de moi !". Profondément touché par le drame du Japon qu’il avait visité en 1921, il lui semblait avoir appuyé lui-même sur le bouton. C’est le suprême et terrible paradoxe de la bombe atomique : elle fut l’aboutissement ultime mais indirect de l’acte épistolaire d’un homme doux.

Une "découverte accidentelle" de la "réaction en chaîne"

Devenu vieux, Einstein confia qu’il aurait préféré être un homme dont le travail inoffensif eût consisté à réparer des robinets et des tuyauteries ou à bâtir des murs de brique. Mais on peut lire sous sa plume cette mise au point datant de novembre 1945 : "Je ne me considère pas moi-même comme le père de la libération de l’énergie atomique. Mon rôle en la matière a été tout à fait indirect. En fait, je n’ai pas prévu qu’elle serait libérée de mon vivant. Ce n’est devenu possible qu’à la suite de la découverte accidentelle de la réaction en chaîne, et ce n’est pas quelque chose que j’aurais pu prévoir"

Lent à appréhender les risques de la fission, Einstein comprit en revanche mieux et plus vite que beaucoup d’autres qu’Hiroshima et Nagasaki constituaient une bifurcation dans l’histoire de la pensée, une authentique disruption conceptuelle. D’un coup, presque d’un flash, la condition humaine s’était trouvée irrémédiablement aggravée. (...)

Bibliographie

  • Albert Einstein, “Atomic War or Peace”, Atlantic Monthly, novembre 1945

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