la Méthode scientifique Nicolas Martin
la Méthode scientifique Nicolas Martin ©Radio France - France Culture
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Pour répondre aux auditeurs, Nicolas Martin producteur de l'émission "la méthode scientifique"

Avec
  • Nicolas Martin Auteur, scénariste et réalisateur. Auteur de "Alien, la xénographie !"

L’association des journalistes scientifiques de la presse d’information a dévoilé le lauréat de son prix du journaliste scientifique 2021, c’est vous Nicolas Martin ! Bravo ! Le jury a apprécié la diversité de votre travail, l’ambition scientifique et vos qualités d’intervieweur comme de vulgarisateur. Au sujet de cette récompense une auditrice, qui est apicultrice, elle se reconnaîtra peut-être, vous écrit : « Je suis HYPER heureuse que vous ayez eu ce prix ! Je vous le remets pour chaque émission , je me régale ! C’est accessible, passionnant ! Je suis plutôt littéraire et une scientifique frustrée ! Vos émissions m’ont tout simplement ouvert la voie à la physique, et à l’espace avec des invités passionnants ! » Cette auditrice souligne un aspect essentiel de votre travail : le choix de vos invités scientifiques  Nicolas Martin, selon quels critères évaluez- vous la pertinence d’inviter un médecin, un scientifique, un chercheur dans votre émission ?

Nicolas Martin : Déjà merci pour ce message et pour vraiment les centaines, et je n’exagère pas, de messages que j’ai reçu de la part d’auditrices et d’auditeurs. Je dois dire que tout ça effectivement fait très plaisir parce qu’on se rend compte simplement qu’on parle aux gens, que ça marche et c’est une jolie reconnaissance. Et merci évidemment à l’AJSPI pour ce prix qui me qui me touche. Je dois dire vraiment, sincèrement, parce que c’est un prix collectif, je l’ai déjà dit, de toute la Méthode scientifique, de toute l’équipe qui m’accompagne, mais c’est vrai que c’est toujours agréable.  Pour répondre à cette question, c’est essentiel. Le choix des interlocuteurs dans mon équipe, c’est Eve Etienne, surtout, qui s’occupe de trouver, une fois qu’on a défini ensemble le sujet de l’émission avec le reste de l’équipe, de trouver les interlocuteurs adéquats. Et les critères sont assez simples. Les critères, ce sont les travaux scientifiques. C’est à dire que la plupart du temps, on va chercher en fonction du sujet, quelles sont les publications dans les revues à comité de lecture, dans les revues à fort facteur d’impact, éventuellement, dans un deuxième temps, les publications littéraires, les livres qui ont été écrits. Sinon, les thèmes de recherche. Simplement, ça peut être aussi les thèmes d’enseignement quand il s’agit d’enseignants chercheurs. Donc, on va vraiment juste choisir nos interlocuteurs en fonction du secteur sur lequel travaillent les personnes pour trouver les spécialistes au plus près de la question qu’on veut traiter.

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On poursuit avec une question sur les conflits d’intérêts, c’est une question très fréquente dans les courriels, je vous lis l’un d’entre eux. « Depuis la « crise du Covid  » nous entendons beaucoup de médecins parler or, vous ne citez jamais les liens d’intérêts que peuvent avoir vos intervenants avec les laboratoires pharmaceutiques. Pourtant ces liens d’intérêt modifient la partialité des intervenants : C’est fort dommage. Pourriez vous tenir compte de ma remarque et essayer de leur demander à l’avenir. Je crois que ce serait pertinent en ce moment. » Nicolas Martin, cette remarque vous parait-elle fondée ? Quelle est la différence entre liens d’intérêt et conflits d’intérêts ?

Nicolas Martin : Alors oui, cette remarque est totalement fondée parce que les conflits d’intérêts sont une gangrène en science comme ailleurs, comme dans d’autres disciplines, parce qu’évidemment, ils altèrent l’objectivité des propos qui peuvent être décernés. Mais il faut bien discerner plusieurs choses, c’est à dire que des liens d’intérêts, en l’occurrence, il y en a dans certains secteurs plus que dans d’autres. En l’occurrence, pour ce qui nous concerne, c’est plutôt dans le domaine médical. Et les liens d’intérêts, ils doivent être déclarés, donc ils sont publics et c’est la façon dont bien des scientifiques travaillent avec l’industrie. Or, pour un scientifique, travailler avec l’industrie, c’est normal, c’est naturel. L’Industrie a besoin des scientifiques, les scientifiques ont besoin de l’industrie et ce n’est pas forcément de la malversation. Les conflits d’intérêts, c’est typiquement lorsqu’un jugement qui concerne un intérêt public risque d’être influencé précisément par un intérêt privé. Donc, qu’est ce que ça veut dire ? Ça veut dire que les conflits d’intérêts, encore une fois, les liens d’intérêts sont rendus publics, donc, quand la question se pose de se dire qu’une personne qui est à mon micro pourrait d’un seul coup faire de la promotion pour un laboratoire, pour un médicament.  Évidemment que systématiquement, je pose la question à la personne en direct dans l’émission et nous mettons et nous publions en général sur le fil twitter de l’émission qu’on peut retrouver sur le site de l’émission après, un lien vers la page où tous les liens d’intérêts sont déclarés. Mais je voudrais préciser, je pense qu’on surestime, ou l’opinion publique surestime un peu ce que peuvent être les conflits d’intérêts, parce qu’évidemment, dans la science comme ailleurs, il y a des gens plus ou moins honnêtes. Il y a des gens très honnêtes, la majeure partie. Il y a quelques personnes malhonnêtes, comme partout ailleurs. Or, il semble évident que les conflits d’intérêts peuvent concerner le domaine biomédical, qu’on n’en trouve pas partout. Par exemple, en mathématiques, on voit mal où on pourrait trouver des conflits d’intérêts ou dans d’autres secteurs. En philosophie des sciences ou en épistémologie, bref, en tout cas, nous, on pose la question à chaque fois.   Moi, ce que je voudrais dire, c’est que plutôt que de voir ou de suspecter des conflits d’intérêts partout qui seraient dissimulés, alors qu’encore une fois la loi oblige à rendre les liens d’intérêt public, il y a des choses qui me surprennent, c’est de voir comment, par ailleurs, un autre fléau qui gangrène la science qui s’appelle la « mal science », avec des chercheuses et des chercheurs qui publient des études qui sont ni faites ni à faire et qui sont par ailleurs invités sur tous les plateaux télés ou les plateaux radio, ça ça pose moins de problèmes. On se rend compte qu’on donne aujourd’hui la parole à des gens qui produisent de la science de mauvaise qualité, qui accaparent une partie du discours médiatique et on interroge pas le problème de l’honnêteté, finalement, de ces chercheuses et de ces chercheurs qui sont minoritaires, mais qui néanmoins, et notamment cette dernière année, suivez mon regard, ont eu des temps d’antenne exorbitants au regard de la mauvaise pratique scientifique qui est la leur. Je donne un exemple classique : quelqu’un qui va faire et qui va produire, par exemple, 3000 études en 10 ans et s’en vanter, ça ne pose de problème à personne. 3000 études en 10 ans, Emmanuelle ont fait le calcul rapide, 300 études par an, cela veut dire une étude par jour et ça ne pose aucun problème à plusieurs médias de donner une tribune et de réinviter ces personnes là à leur micro. Donc, au lieu, d’envisager ou de surestimer la part des conflits d’intérêts, il y en a et il faut les dénoncer quand ils existent. Il faut aussi se poser la question de ce que sont ces scientifiques qui sont heureusement une poignée par rapport à l’écrasante majorité des chercheuses et des chercheurs qui, malgré tout, ont quand même bien leur rond de serviette et le micro ouvert dans un certain nombre de médias audiovisuels tel qu’il soit.

L'équipe

Emmanuelle Daviet
Production