Les archives sonores ("Lautarchiv") de l'Université Humboldt de Berlin. Département de Musicologie, novembre 2018 ©Radio France - Ludovic Piedtenu
Les archives sonores ("Lautarchiv") de l'Université Humboldt de Berlin. Département de Musicologie, novembre 2018 ©Radio France - Ludovic Piedtenu
Les archives sonores ("Lautarchiv") de l'Université Humboldt de Berlin. Département de Musicologie, novembre 2018 ©Radio France - Ludovic Piedtenu
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Résumé

Des archives sonores inédites nous arrivent de Berlin. Quelques-uns des 2 000 enregistrements de poilus de 14-18, soldats français faits prisonniers de guerre en Allemagne. 100 ans plus tard, ces voix s'échappent enfin des archives de l’Université Humboldt de Berlin où s’est rendu Ludovic Piedtenu.

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Tout juste un siècle après la fin de la Première guerre, des voix de poilus se font encore entendre. Des voix inconnues du grand public et gravées sur l’ancêtre du vinyle, un disque très épais en gomme-laque de 27 cm de diamètre. Ces paroles ou chants de soldats français faits prisonniers en Allemagne sont conservées aux Archives sonores de l'Université Humboldt de Berlin, les Lautarchiv (lien en anglais).

A l'origine : le projet d'une bibliothèque sonore mondiale

Pour connaître l’origine de ces archives sonores, il faut rencontrer, à Berlin, Britta Lange de l'Institut d'études culturelles (Institut für Kulturwissenschaft). Elle a écrit une thèse sur ces enregistrements de prisonniers de guerre. 

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L’idée était de construire des archives de langues, de chants et de musiques de différents peuples, une sorte de bibliothèque sonore.

Entre 1915 et 1918, sur une idée de Wilhelm Doegen (fiche Wikipedia en allemand), une équipe de linguistes, d’ethnologues et de musicologues allemands a ainsi réuni environ 250 langues et dialectes.

En pensant pouvoir utiliser ces enregistrements à des fins d'enseignements, l’autre objectif était de préserver un patrimoine, explique la chercheuse, Britta Lange.

Il y avait un esprit très fort de conservation, et de sauver les langues et les dialectes qui étaient sur le point d’être supprimés aussi.

La guerre mondiale est là. Elle permet à ces chercheurs allemands de constituer ce musée des voix et des langues du monde entier sans avoir à voyager. Leur travail est très scientifique, il est extrêmement rigoureux. Mais certains prisonniers ont pu s'en amuser un peu.

Les prisonniers pouvaient dire n’importe quoi. Je suis assez sûre qu’il y avait des relations assez ironiques dans ce processus qui paraît être très rigide. 

Un de ces enregistrements de prisonniers dans un camp allemand
Un de ces enregistrements de prisonniers dans un camp allemand
- Lautarchiv, Université de Berlin

Pour consulter ces archives, il faut se rendre au département de musicologie de l’Université Humboldt en face de l’île aux musées à Berlin. Une toute petite salle au premier étage. A peine plus large qu’un couloir. Et contre le mur, des grandes armoires sombres, des tiroirs que la responsable allemande des lieux, Céline Cousan, manipule avec précaution les mains toujours gantées. 

Avec chaque enregistrement, dans chaque pochette, on trouve une fiche personnelle, des informations sur le prisonnier de guerre. 

Une fiche de renseignement sur un des prisonniers français enregistrés
Une fiche de renseignement sur un des prisonniers français enregistrés
© Radio France - Ludovic Piedtenu

Des voix qui commencent à peine à sortir des tiroirs

Rencontre enfin avec Mona Guichard, l’attachée culturelle de l’Ambassade de France a entrepris de faire voyager ces voix de soldats français, hors les murs de ces archives.

C’est vrai qu’il y a le côté « boîtes à histoire » dans ces grandes boîtes pas très amusantes finalement et à l’intérieur c’est plein de vie et plein, peut-être, de restitutions  et d’histoires à transmettre à des descendants. 

Cet immense catalogue est consultable en ligne mais sans aucune possibilité d'écoute. On peut tenter d'y chercher un ancêtre !

Ces voix sortent progressivement des limbes, notamment grâce au documentaire « Même morts nous chantons ! » signée Marie Guérin, productrice à France Culture. Cette pièce radiophonique entame un tour des très nombreux instituts français d'Allemagne et sera jouée en France uniquement le vendredi 16 novembre à la maison de Radio France, à 20h30 (gratuit, réservation ici).

59 min
Références

L'équipe

Éric Chaverou
Collaboration
Nathalie Lopes
Collaboration
Ludovic Piedtenu
Journaliste