"5%, on ne demande pas la lune" : à Gravelines, avec les salariés de la centrale nucléaire en grève

Plusieurs centaines de salariés rassemblés, ce lundi 17 octobre, devant la centrale de Gravelines.
Plusieurs centaines de salariés rassemblés, ce lundi 17 octobre, devant la centrale de Gravelines. ©Radio France - Diane Berger
Plusieurs centaines de salariés rassemblés, ce lundi 17 octobre, devant la centrale de Gravelines. ©Radio France - Diane Berger
Plusieurs centaines de salariés rassemblés, ce lundi 17 octobre, devant la centrale de Gravelines. ©Radio France - Diane Berger
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À l'appel d'une intersyndicale, une partie des salariés bloquent les activités sur le site nucléaire de Gravelines, près de Dunkerque (Nord). Ils demandent une revalorisation de leurs salaires de 5%, pour compenser l'inflation.

Le mouvement est parti de la Vallée du Rhône : les appels à la grève ont secoué les centrales du Tricastin, Saint-Alban, Cruas… Puis il a essaimé : les syndicats ont recensé, ce mardi 17 octobre, 11 sites nucléaires touchés par la grève. Parmi eux, le plus important de France, la centrale de Gravelines, où s’est rendue France Culture.

Devant une assemblée de plusieurs centaines de salariés, devant l’entrée du site, Nicolas Dessertenne, le secrétaire de la CGT Gravelines, énumère les centrales touchées par le mouvement social. "Belleville, Bugey, Cattenom, Cruas, Dampierre, Saint-Laurent, Saint-Alban, Chooz, Chinon, et bien sûr, Gravelines, qui est en grève depuis jeudi 6h ! On peut s’en féliciter : le mouvement n’a pas lâché depuis ce week-end", clame-t-il, sous les applaudissements de la petite assemblée. "Le mouvement va encore s’amplifier, pour aller sur un même objectif : 5% d’augmentation pour tous !"

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L'Esprit public
35 min

Face à l’inflation, cette revendication est sur toutes les lèvres. "C’est un chiffre qui nous paraît atteignable, juste et légitime", explique Nicolas Cuvillier, le secrétaire adjoint de la CGT Gravelines. "On ne va pas sur des revendications qui ne pourraient pas aboutir, car notre but est de sortir vite de cette grève. Maintenant, nos employeurs doivent venir autour de la table pour y répondre." Des négociations sont justement prévues entre les syndicats d’EDF et leur direction ce mercredi 19 octobre. Fin de la grève ou poursuite de la mobilisation, de leur résultat dépend l’avenir du mouvement.

"On a perdu 15% de pouvoir d’achat"

D’après le dernier relevé réalisé par les syndicats mardi, 11 sites différents sont touchés par la grève. 17 réacteurs sont à l’arrêt, trois sont affectés par des baisses de charge. Sur le seul site de Gravelines, c’est la moitié des réacteurs dont le fonctionnement est perturbé. Le ras-le-bol contre l'inflation galvanise le mouvement, mais il part aussi d’une frustration plus profonde et ancienne.

"Cela fait quinze ans que l’on a, allez, 0,3 ou 0,5% d’augmentation de salaires, calcule Christophe Bouchart, délégué syndicat de la CFE Energie, quand on a une inflation d’1 ou 2% par an. On a perdu en gros 15% de pouvoir d’achat." La grille salariale stagne, les premiers salaires sont tassés au niveau du SMIC, le niveau de vie des travailleurs baisse, et cela pour des postes qui impliquent bien souvent des horaires décalés, des astreintes contraignantes pour la maintenance, du travail les jours fériés…

"On a besoin de la production d’électricité, on a besoin d’EDF, on nous met la pression pour que toutes les centrales tournent cet hiver, mais il n’y a pas de revalorisation salariale depuis une dizaine d’années", s’exaspère Jonathan Fievet, de Force Ouvrière. « On demande plein de choses à EDF, on doit faire plein de choses, nous n’avons aucun impact sur nos salaires. » Alors le syndicaliste insiste : "5%, on ne demande pas la lune ! Si on ne les a pas, on continuera des semaines et des semaines s’il le faut !"

Des potentielles conséquences lourdes sur le réseau

Si le mouvement de grève n’affecte pas spécialement pour l’instant le quotidien des Français, comment la situation peut-elle évoluer dans les semaines à venir ? Le réseau de transport d’électricité RTE s’inquiète : si le mouvement social devait se prolonger, il aurait des conséquences lourdes pendant l’hiver, en particulier lors du pic de froid, autour de janvier-février.

Devant la centrale de Gravelines, les différents syndicats assurent ne pas vouloir en arriver jusque-là. Mais ils renvoient la responsabilité de la suite aux dirigeants d’EDF. "On n’a jamais pris en défaut notre direction, on l’a prévenu que le mouvement de grogne monte et qu’il faut y répondre, affirme Frédéric Savéan, de Force Ouvrière. Il va falloir que très rapidement notre employeur réagisse pour éviter que ça n’aille trop loin. Mais ça, ça ne dépend plus de nous maintenant. Ça dépend de l’Etat, qui est l’actionnaire principal d’EDF, et de nos responsables d’entreprises."

A Gravelines, déjà, la maintenance obligatoire d'un des réacteurs a dû être décalée en raison de la grève. Or, si trop de réacteurs sont en réparation en même temps cet hiver, cela posera des difficultés sur le réseau électrique.

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