Dans les locaux de l'association La Cravate solidaire à Lille, des candidats à l'embauche trouvent de quoi s'habiller et se préparer aux entretiens.
Dans les locaux de l'association La Cravate solidaire à Lille, des candidats à l'embauche trouvent de quoi s'habiller et se préparer aux entretiens. ©Radio France - Lise Verbeke
Dans les locaux de l'association La Cravate solidaire à Lille, des candidats à l'embauche trouvent de quoi s'habiller et se préparer aux entretiens. ©Radio France - Lise Verbeke
Dans les locaux de l'association La Cravate solidaire à Lille, des candidats à l'embauche trouvent de quoi s'habiller et se préparer aux entretiens. ©Radio France - Lise Verbeke
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"L’habit ne fait pas le moine, mais il y contribue". C’est le slogan de l’association 'La Cravate solidaire', qui combat la discrimination à l’embauche liée à l’apparence. Elle habille les demandeurs d’emplois pour leurs entretiens, et les coache. Une aide précieuse en cette période de crise.

L’association ' La Cravate Solidaire' possède 12 antennes dans toute la France. Celle de Lille existe depuis 2016 et se trouve au pied d’une barre d’immeuble, à quelques stations de métro du centre-ville. Chaque semaine, entre trois et quatre ateliers ont lieu. Avec un programme bien précis.

Les bénéficiaires passent d’abord par le vestiaire, homme ou femme. Des dizaines et dizaines de vêtements sont ici accrochés en enfilade sur des cintres, comme un véritable magasin. Des robes, jupes, costumes, chemisiers, jeans, bijoux, chaussures etc. "Nous avons des dressings très remplis qui proviennent de dons de particuliers ou de fins de séries de magasins, détaille Vincent Berthault, le directeur, le but de l’association est de lutter contre les discriminations à l’embauche et l’une des premières causes, c’est malheureusement encore l’apparence aujourd’hui".

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Les candidats gagnent 3 cm

Dans les locaux de l'association La Cravate solidaire, un tableau présente les bénévoles présents pour accueillir les personnes.
Dans les locaux de l'association La Cravate solidaire, un tableau présente les bénévoles présents pour accueillir les personnes.
© Radio France - Lise Verbeke

Pendant une petite heure, chaque personne trouve donc la tenue adaptée à son futur entretien, en cohérence avec le secteur d’activité, aidés par des bénévoles en image. Ce jour-là, Lauryne, 22 ans, essaye une robe bleu nuit, que lui a tendue Barbara. Pourtant, la jeune femme a prévenu d’emblée, "Je ne mets que du noir et je ne porte jamais de robe, ni de jupe". "J’essaye de la bousculer un peu, chuchote la bénévole, pour qu’elle se voit autrement, pour lui montrer qu’elle peut être jolie dans un autre style". Et ça fonctionne, Lauryne ressort de la cabine d’essayage le sourire aux lèvres. Elle recherche du travail dans la garde d’enfants, depuis un an, "J’ai envoyé plus de 200 CV et lettres de motivation, j’avais décroché un contrat, mais le premier confinement est tombé et l’entreprise a mis la clé sous la porte". Elle vit à droite et à gauche, sans aucune ressource et n’a pas le permis, ce qui rend ses recherches encore plus compliquées, "Je perds espoir, mais le fait de venir ici, j’espère que ça va m’aider", confie la jeune femme, qui n’avait pas conscience de l’importance de sa tenue pour un entretien.

"Au-delà de la tenue, c’est aussi la confiance en soi que nous travaillons, explique Vincent Berthault. C’est vrai que le vêtement est un outil incroyable de ce point de vue-là. On dit souvent que les candidats qu’on reçoit, gagnent 3 centimètres entre le moment où ils arrivent et celui où ils repartent, parce qu’ils se redressent tout simplement et s’assument davantage".

Entretien en visio et exclusion numérique

La deuxième étape de l’atelier consiste en une simulation d’entretien, avec deux bénévoles de l’association, des professionnels du recrutement. "Ils ont reçu en amont le CV de la personne, et peuvent donc lui prodiguer des conseils sur mesure", ajoute Vincent Berthault. En ce moment, à cause du Covid, ces entretiens ont lieu en visio-conférence, avec l’ordinateur de l’association. Cela permet également de familiariser les candidats avec l’outil, car de plus en plus d’entretiens d’embauche ont lieu par ce biais dans le contexte actuel.

Ce qui rajoute une difficulté supplémentaire pour un public déjà précaire : la grande majorité des bénéficiaires de 'La Cravate solidaire' vivent avec moins de 1 000 euros par mois, avec des profils différents, des jeunes, des moins jeunes, des hommes et des femmes, des migrants, des repris de justice… Parmi eux, beaucoup sont en situation d’exclusion numérique, la première difficulté est déjà d’avoir accès et de savoir utiliser un ordinateur. "La deuxième problématique qu’on a, détaille Elora Durand, responsable des partenariats insertion à l’association, c’est que les personnes ne sont déjà pas à l’aise en entretien traditionnel, parce que c’est déstabilisant, et là en plus, on leur demande de le faire devant une caméra. Donc ça complexifie d’autant plus le processus de recrutement, alors ici, on essaye de les préparer à ça". Et cela fonctionne : 70% des personnes qui passent par la Cravate solidaire retrouvent un emploi ou une formation. Des résultats qui se maintiennent pendant cette période de Covid.

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