Régie agricole de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes)
Régie agricole de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) ©Radio France - Anne-Laure Chouin
Régie agricole de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) ©Radio France - Anne-Laure Chouin
Régie agricole de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) ©Radio France - Anne-Laure Chouin
Publicité

Cette commune des Alpes-Maritimes a mis en place voici dix ans une régie agricole qui fournit toutes ses cantines en légumes bio. Un projet alimentaire durable et ambitieux qui fait des émules.

Dans quelques jours à Glasgow, où se tient la COP26, sera officiellement présentée la " déclaration de Glasgow sur l'alimentation et le climat". Ce texte met en avant le rôle crucial des villes et des élus locaux dans la réduction des émissions de gaz à effets de serre. Comment ? En mettant en place, au niveau municipal ou territorial, des projets d'alimentation durable. Paris a été la première ville à signer cette déclaration. Suivie par Mouans-Sartoux, ville de 10 000 habitants coincée entre Grasse et Mougins, dans les Alpes-Maritimes. Une commune pionnière, la seule en France où toutes les cantines sont 100% bio et alimentées par une régie agricole communale.

Dix ans de bio dans les cantines

L'électrochoc, ce fut la crise de la vache folle. En 1998, alors que la plupart des cantines de France stoppaient leurs achats de bœuf, Mouans-Sartoux se convertissait au bœuf bio, nourri sans farines animales. Depuis, toute une réflexion autour de l'alimentation et de la façon de la produire s'est développée dans la ville autour du maire de l'époque, André Aschieri, et de son équipe municipale. 

Publicité

C'est Gilles Pérole, adjoint à l'enfance-éducation-alimentation, également coordonnateur d'un diplôme universitaire "alimentation durable" à l'université de Nice-Côte-d'Azur, qui nous explique ce projet :

"On va fêter les 10 ans du 100% bio dans nos cantines"

1 min

On a eu tellement d'alertes des scientifiques qu'on s'est dit que c'était à nous, élus des villes, de mettre en place des politiques locales qui prennent en compte ces risques. Dès 2008, on s'est dit qu'on allait faire du 100% bio. On y est arrivé plus facilement que prévu et sans que ça coûte plus cher. 

Lutte contre le gaspillage alimentaire

De la crèche aux trois écoles primaires de la ville, en passant par le collège de Mouans-Sartoux, toutes les cantines de la commune offrent donc des repas bio dont le coût de revient est estimé à 8,39 euros, contre 10 euros celui d'un repas en cantine pour la moyenne nationale. La clé, c'est le combat contre le gaspillage. Il faut savoir en effet qu'en moyenne 30% de la nourriture préparée atterrit à la poubelle. Si toute cette nourriture jetée n'est pas achetée, alors la collectivité peut se permettre d'acheter moins de produits, mais plus chers. 

Cantine de l'école l'Orée du bois à Mouans Sartoux
Cantine de l'école l'Orée du bois à Mouans Sartoux
© Radio France - Anne-Laure Chouin

Ainsi, au lieu de travailler en "grammage moyen par portion" comme le fait traditionnellement la restauration collective, les agents de la ville ont pris l'habitude de tout peser : les restes dans les assiettes, les restes à la cuisine, etc. Et d'adapter, à chaque fois, les quantités proposées. Un seul exemple : les pommes sont toujours proposées aux enfants en quartiers. Ce qui a permis de ne plus retrouver de restes de pommes à la poubelle. Quant au travail des agents en cuisine, à entendre Sandrine, responsable de l'une des écoles de la ville, il n'a rien à voir avec celui des cantines "traditionnelles".

Préparation du repas du jour dans une cantine de Mouans-Sartoux
Préparation du repas du jour dans une cantine de Mouans-Sartoux
© Radio France - Anne-Laure Chouin

"On travaill des produits frais, de saison, c'est le rêve"

1 min

La première régie municipale agricole de France

Cette culture de l'anti-gaspi s'est également accompagnée de la création en 2008 de la toute première régie municipale agricole de France. En 2005, la mairie a préempté un domaine agricole de 6 hectares dans lequel elle a installé les cultures lui permettant d'alimenter ses cantines en légumes : frais, de saison, et parfois même récoltés par les enfants qui viennent régulièrement dans le domaine apprendre à cultiver et à cuisiner les fruits et légumes qu'ils mangeront ensuite. Une éducation alimentaire indispensable, selon Gilles Pérole. Le reste de la nourriture est acheté à des producteurs locaux, en bio également. Quant aux "légumes municipaux", ce sont des agents de la mairie qui les cultivent : des "agriculteurs fonctionnaires" parfois aidés de leurs collègues des espaces verts. 

Ecoutez Frédéric Rebuffell, le directeur des espaces verts de Mouans-Sartoux :

Gilles Pérole et Frédéric Rebuffel, dans la régie agricole de Mouans-Sartoux (06), Octobre 2021
Gilles Pérole et Frédéric Rebuffel, dans la régie agricole de Mouans-Sartoux (06), Octobre 2021
© Radio France - Anne-Laure Chouin

"Il a fallu faire coller nos productions aux besoins de la cantine, aujourd'hui ça roule"

3 min

La régie a pu produire l'année dernière 200 litres d'huile d'olive de ses oliviers. Elle est visitée -tout comme les cantines - par des dizaines d'élus de France et d'ailleurs qui souhaitent répliquer ce système dans leurs propres communes. Car Mouans-Sartoux peut se targuer désormais d'une dizaine d'années d'expérience en la matière. 

Le projet alimentaire de la ville n'a pas fini de se décliner : il y a quelques mois se sont mis en place les premiers jardins partagés du projet "Citoyen qui nourrit la ville". Vous pouvez en découvrir le concept expliqué par les habitants ci dessous :

Projet du "citoyen qui nourrit la ville"

6 min

Jardins partagés à Mouans-Sartoux, Alpes-Maritimes, octobre 2021
Jardins partagés à Mouans-Sartoux, Alpes-Maritimes, octobre 2021
© Radio France - Anne-Laure Chouin

Le plan local d'urbanisme prévoit par ailleurs de multiplier les surfaces agricoles dans la commune, sans rêver pourtant d'une auto-suffisance alimentaire, impossible étant donné l'urbanisation de cette partie de la côte. 

Îlot écologiste dans un département très à droite, Mouans-Sartoux a su proposer une politique alimentaire répondant aux besoins à la fois de sa population et de l'environnement. Un exemple qui a fait tache d'huile, la ville est devenue un centre de ressource et de formation incontournable pour les élus soucieux de développement durable.