Des jeunes du "collectif de mobilisation des élèves et artistes émergent.e.s " de Toulouse, dans le hall occupé du Théâtre de la Cité, le 22 mars 2021.  ©Radio France - Benoît Grossin
Des jeunes du "collectif de mobilisation des élèves et artistes émergent.e.s " de Toulouse, dans le hall occupé du Théâtre de la Cité, le 22 mars 2021. ©Radio France - Benoît Grossin
Des jeunes du "collectif de mobilisation des élèves et artistes émergent.e.s " de Toulouse, dans le hall occupé du Théâtre de la Cité, le 22 mars 2021. ©Radio France - Benoît Grossin
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Résumé

C’est un théâtre fermé aux spectateurs mais qui n’a jamais cessé de travailler depuis un an : le CDN de Toulouse, occupé depuis le 11 mars, est un lieu d’expérimentation pour les jeunes et de réflexion par les jeunes sur une réinvention de la création et de la rencontre avec le public.

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Comme des dizaines de lieux culturels en France, trois semaines après la première occupation, le 4 mars à Paris du théâtre de l’Odéon, le Théâtre de la Cité, centre dramatique national de Toulouse, continue à être investi nuit et jour par des intermittents du spectacle, comédiens, musiciens, chanteurs, techniciens… en concertation et en bonne entente avec la direction. 

Ces acteurs du monde culturel participent à la lutte engagée pour une prolongation de "l’année blanche" au-delà du 31 août, pour l’annulation de la réforme de l’assurance chômage et pour une renégociation de leurs droits sociaux. 

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Et alors que des jeunes étudiants et "artistes émergent.e.s" sont également mobilisés pour leur avenir et celui du spectacle vivant, il est aussi question dans le théâtre de réinventer la création, sa mission principale, en temps de pandémie. 

"On est obligé de réinventer notre lien avec le public" : Galin Stoev, directeur du Théâtre de la Cité

4 min

Pour le metteur en scène et directeur du centre dramatique national de Toulouse, Galin Stoev, le nouveau rapport avec le public passe par la création d’objets audiovisuels liés au spectacle vivant.
Pour le metteur en scène et directeur du centre dramatique national de Toulouse, Galin Stoev, le nouveau rapport avec le public passe par la création d’objets audiovisuels liés au spectacle vivant.
© Radio France - Benoît Grossin

"Un lieu pour échanger sur ce qui nous fait vibrer"

Lundi 22 mars, à la mi-journée, dans le hall d'entrée occupé du Théâtre de la Cité, un groupe de jeunes improvise un atelier de création d’affiches, avec des feutres et des papiers de couleur. 

La culture est la bouche par laquelle toutes les différences s’embrassent, cette citation de l’auteur Stéphane Théri vient d’être écrite par Léa, 19 ans, inscrite au conservatoire de théâtre de Toulouse et membre active d’un collectif de mobilisation d’élèves et "artistes émergent.e.s" : 

Pour la plupart, nous sommes encore étudiants, mais il y en a aussi qui viennent de finir l’école. Ils sont en train d’essayer de créer leur compagnie, de diffuser leur spectacle et tout est bouché. Ils ont donc besoin de crier pour qu’on leur fasse une place ! C’est vrai que nous sommes de plus en plus isolés et avoir donc un lieu pour se retrouver, pour échanger sur ce qui nous fait vibrer, c’est hyper important ! 

“C’est en incluant le plus de monde possible dans notre combat de la culture pour tous, qu’on arrivera à faire bouger les choses” : Léa, élève du conservatoire de théâtre de Toulouse

2 min

 Inscrite au conservatoire de théâtre de Toulouse, Léa est aussi membre active du “collectif de mobilisation des élèves et artistes émergent.e.s”.
Inscrite au conservatoire de théâtre de Toulouse, Léa est aussi membre active du “collectif de mobilisation des élèves et artistes émergent.e.s”.
© Radio France - Benoît Grossin

Il n’y a pas plus de trente places pour dormir au premier étage du théâtre. Les plus jeunes occupants y passent la nuit à tour de rôle. une expérience très enrichissante pour Juan, 22 ans, en master d’écriture dramatique, à l’université Jean-Jaurès de Toulouse :  

C’est une expérience de travail et de joie parce que finalement il y a de vraies choses entre individus au-delà du collectif qui peuvent se créer. C’est un espace politique et je trouve cela très inspirant.

"Avec ce mouvement au Théâtre de la Cité, je commence à pouvoir créer un réseau avec d’autres élèves et d’autres artistes" : Juan, étudiant en master d’écriture dramatique

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Passer la nuit au Théâtre de la Cité est “une expérience de travail et de joie” pour Juan, en marge de sa formation à l’université Jean Jaurès de Toulouse.
Passer la nuit au Théâtre de la Cité est “une expérience de travail et de joie” pour Juan, en marge de sa formation à l’université Jean Jaurès de Toulouse.
© Radio France - Benoît Grossin

"Réinventer une expérience de théâtre vivant"

Pour respecter les règles sanitaires, une barrière au fond du hall a été installée pour que les équipes du théâtre et les occupants ne se croisent pas. 

Au troisième étage, le directeur du CDN de Toulouse, le metteur en scène bulgare Galin Stoev, travaille au montage d’une série de six épisodes de quinze minutes, créée à partir de la pièce Insoutenables longues étreintes du russe Ivan Viripaev : 

Là, par exemple, on utilise les techniques de ce qu'on appelle "split screen". Il y a deux écrans dans un seul écran, des techniques de télévision, je dirais, pour réinventer une expérience de théâtre vivant. Ce n'est pas du cinéma et ce n'est pas du théâtre filmé non plus. Les comédiens, au lieu de s'adresser à une salle pleine, doivent jouer d'une manière assez intimiste avec la caméra. Moi, au lieu d'imaginer comment trois cents personnes peuvent regarder en même temps une forme, je devais réfléchir autrement alors, cesser de faire mon metteur en scène et essayer de devenir réalisateur. Tout ça était aussi un pas de côté pour chacun, mais aussi une possibilité d'une rencontre différente. On s'adresse à un public de jeunes surtout, par des cadres qu'ils connaissent déjà.

“Moi qui ai pu voir la pièce à plusieurs reprises, c’est un autre objet” : Axel, jeune diplômé de l’ENSAV, école supérieure d’audiovisuel de Toulouse, est chargé du montage de la série “Insoutenables longues étreintes”

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Le metteur en scène Galin Stoev, dans la peau d’un réalisateur travaille au montage de la série créée à partir d’une expérience de spectacle vivant, avec l’appui d’Axel, jeune diplômé de l’ENSAV, école supérieure d’audiovisuel de Toulouse.
Le metteur en scène Galin Stoev, dans la peau d’un réalisateur travaille au montage de la série créée à partir d’une expérience de spectacle vivant, avec l’appui d’Axel, jeune diplômé de l’ENSAV, école supérieure d’audiovisuel de Toulouse.
© Radio France - Benoît Grossin

"D'autres formes de rencontres avec le public"

Huit jeunes artistes embauchés pendant un an et demi par le CDN de Toulouse et à son initiative dans le dispositif Atelier Cité, entament de leur côté à quelques centaines de mètres du Théâtre de la Cité, la lecture d'un texte de Tristan Choisel. Une séance dans la salle du Théâtre Sorano, animée par son directeur Sébastien Bournac, en vue de représentations hors les murs : 

Faire une lecture, mettre en espace des textes, cela offre beaucoup plus de souplesse. On peut imaginer d'aller à la rencontre de nouveaux spectateurs , spectatrices, auditeurs et auditrices, dans des lieux non dédiés. On est obligé de se réinventer dans le rapport avec le public et d'inventer de nouveaux espaces de rencontres.  

 Sur la scène du Théâtre Sorano, son directeur Sébastien Bournac, casquette sur la tête, anime une séance de lecture de textes par la troupe éphémère de l'"Atelier Cité", en vue de représentations hors les murs.
Sur la scène du Théâtre Sorano, son directeur Sébastien Bournac, casquette sur la tête, anime une séance de lecture de textes par la troupe éphémère de l'"Atelier Cité", en vue de représentations hors les murs.
© Radio France - Benoît Grossin

Marie, 30 ans, sortante de l'ERACM, l'École régionale d'acteurs de Cannes et Marseille, s'interroge sur sa chance de participer à l'aventure : 

La chance de pouvoir encore travailler. Pour autant, on crée, mais dans quel but ? On n'a pas de public nécessairement, on ne rencontre pas tous les artistes qu'on aurait pu rencontrer, on ne profite pas d'un CDN vivant, plein et joyeux. Peut-être qu'il va falloir se réinventer et inventer d'autres formes de rencontres avec le public, d'autres formes d'art, rester alerte et engagé politiquement.

Dans cette troupe éphémère, Simon, 27 ans, le seul metteur en scène qui sort de l'école du Théâtre national de Strasbourg, exprime aussi des revendications pour les jeunes dans le théâtre public. 

On est bloqué intellectuellement, on est bloqué émotionnellement. On ne va pas jusqu'au bout d'une action, donc c'est juste continuer à se former entre nous. Peut-être que la sortie la plus intelligente de cette crise sanitaire serait de trouver une vraie place pour la jeunesse, d'arrêter de nous foutre dans des cases d'émergence et de nous dire comment on irradie un petit peu plus les plateaux. Pour faire revenir un public dans les salles aussi, cela aide d'être un petit peu courageux à cet endroit-là.  

Et pour le Théâtre de la Cité, il faudra sans doute attendre. Quelle que soit la situation sanitaire, à la fin du mois de juin et jusqu’à la mi-septembre, le centre dramatique national de Toulouse sera fermé, pour travaux. 

Le Théâtre de la Cité, centre dramatique national de Toulouse, occupé depuis le 11 mars par des intermittents du spectacle et par des jeunes étudiants et artistes émergents.
Le Théâtre de la Cité, centre dramatique national de Toulouse, occupé depuis le 11 mars par des intermittents du spectacle et par des jeunes étudiants et artistes émergents.
© Radio France - Benoît Grossin