Les tours de Wuhan et son marché aux fruits de mer de Huanan qui reste fermé.
Les tours de Wuhan et son marché aux fruits de mer de Huanan qui reste fermé.
Les tours de Wuhan et son marché aux fruits de mer de Huanan qui reste fermé. ©Radio France - Sébastien Berriot
Les tours de Wuhan et son marché aux fruits de mer de Huanan qui reste fermé. ©Radio France - Sébastien Berriot
Les tours de Wuhan et son marché aux fruits de mer de Huanan qui reste fermé. ©Radio France - Sébastien Berriot
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Résumé

L’annonce officielle du tout premier mort du Covid-19 remonte à il y a tout juste deux ans, en Chine, à Wuhan : le 11 janvier 2020. La ville et ses 11 millions d'habitants ont-ils tourné la page de cette période difficile, alors que la Chine est maintenant elle aussi menacée par le variant Omicron ?

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La vie à Wuhan est redevenue normale. L’activité a repris pleinement depuis deux ans. L’épidémie semble loin. Dans la rue, de nombreux habitants ont perdu l’habitude de porter le masque. Il n’est pas obligatoire en extérieur. On se promène le soir, comme avant, sur les bords du fleuve Yangzi. Il y a même des touristes, des centaines de visiteurs qui  viennent chaque jour de toute la Chine pour admirer la célèbre tour millénaire de la grue jaune, emblème de la ville.

Au centre : la tour de la Grue jaune, considérée comme une merveille architecturale du pays, est un symbole de Wuhan. A son plus haut étage, on peut découvrir une fabuleuse vue panoramique sur la ville et le fleuve.
Au centre : la tour de la Grue jaune, considérée comme une merveille architecturale du pays, est un symbole de Wuhan. A son plus haut étage, on peut découvrir une fabuleuse vue panoramique sur la ville et le fleuve.
© Radio France - Dominique André

"La vie est de nouveau sur les rails, sauf le masque"

Deux ans après, il y a comme un soulagement pour Lin, la quarantaine :

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Deux ans après l'épidémie, je suis vraiment contente. Du fond du coeur. C'est presque normal ici. Le travail, le quotidien, l'éducation, les études de ma fille. Sauf qu'il faut porter un masque dans les centres commerciaux et les supermarchés. La vie est de nouveau sur les rails. Et cette vie, je la chéris. Surtout en tant que Wuhanaise qui a vécu le confinement pendant plus de trois mois sans bouger de chez moi.

Une vie normale mais Wuhan conserve toujours les cicatrices visibles de 2020. Le fameux marché aux fruits de mer a été caché par des panneaux mais il est toujours là. Quant à l'énorme hôpital construit en dix jours au plus fort de l'épidémie, il a été fermé, entouré de murs, mais lui aussi existe toujours, prêt à fonctionner à nouveau.

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Encore un traumatisme dans les esprits mais des discours de fierté nationaliste

En fait, maintenant, je n'ai pas particulièrement envie de me souvenir de cette période, qui est à marquer en gris. Dernièrement, je suis allé à Shenzen pour un échange professionnel et mes collègues m'ont demandé de partager certains sentiments que j'ai éprouvé ici pendant l'épidémie. J'avais envie de pleurer en parlant, c'était très dur.

Ce traumatisme n'empêche pas la fierté des habitants de Wuhan. Fierté de dire que l'épreuve a pu être surmontée, malgré le contexte dramatique de l'époque. Ainsi, une femme affirme :

Quand Wuhan a été fermée, tout le monde a été terrifié. Si l'on regarde cela deux ans plus tard, je pense que la politique du gouvernement a été très bonne et rapide. La Chine est forte et je fais confiance en mon pays. Nous n'avons plus peur de l'épidémie, nous pouvons la surmonter de manière totale.

Et un homme d'ajouter :

L'épidémie de Wuhan est bien géré par le gouvernement. Il n'y a plus de cas maintenant. Vous voyez que la Chine contrôle bien le Covid. Les gens vivent et travaillent dans la paix. Dans la rue, la vie est normale. Les habitants préparent la fête du Nouvel an chinois, c'est une ambiance paisible.

Wuhan de nuit.
Wuhan de nuit.
© Radio France - Sébastien Berriot

Quelques rares critiques parviennent à déjouer les filtres du régime

Les autorités font tout pour ne pas marquer ce deuxième anniversaire, mais certaines voix dissidentes profitent de l’occasion pour s’exprimer et dénoncer la gestion de la crise et demander des comptes.

Peu après la mort de mon père à Wuhan, j'ai poursuivi en justice le gouvernement provincial, la municipalité locale et l'hôpital. Mais à ce jour, je n'ai aucune nouvelle. Que ce soit des tribunaux de Wuhan jusqu'à la Cour suprême du peuple. Deux ans après, l'attention portée par le public sur ce sujet a décru et les autorités en profitent pour prendre des mesures de rétorsion contre nous. On m'empêche de sortir, je suis surveillé. L'une de mes revendications les plus importantes est que le gouvernement présente des excuses aux victimes. Maintenant, je suis le seul qui demande un procès. Les autres familles ont été soumises à une forte pression. Et je les comprends. Ils forcent les familles de ceux qui ont osé s'exprimer à quitter Wuhan pour éviter des interviews avec les médias étrangers. Quand je rentre à Wuhan, ils sont super stressés parce qu'ils savent que je dis la vérité. Je n'arrive pas à m'exprimer à l'intérieur de la Chine, je sais qu'ils surveillent mon portable et mon WeChat.

Wuhan suit avec beaucoup d'attention et une certaine peur l'arrivée du variant Omicron en Chine. Pour le moment, aucun cas n'a été officiellement signalé dans la ville ni dans l'ensemble de sa province.

Références

L'équipe

Éric Chaverou
Collaboration
Sébastien Berriot
Sébastien Berriot
Sébastien Berriot
Journaliste